Les combattants. L’important c’est l’armée.

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Faut-il aller voir Les combattants ?

Arnaud a les yeux bleus et l’air idiot. Madeleine a les lèvres pincées et le coup de boule facile. Il ne leur reste plus qu’à faire l’armée. Ou l’amour.

Si on schématisait le cinéma français, on pourrait dire qu’il y’en a deux : le cinéma « qui pense et qui parle » (Resnais, Desplechin, Larrieu, Huppert, Denis, Fontaine, Ozon… Les casse-burne en gros) et le cinéma « qui pète et qui rigole » (Boon, Garcia, Poelvoorde, Foresti, Lamy… Les andouilles en gros).

Pour son premier film, Thomas Cailley invente un nouveau genre : le cinéma qui court dans la forêt.

Ici, personne ne disserte sur le sens de son action et la symbolique des couleurs. Jamais le réalisateur n’essaie de parler à travers la bouche de ses acteurs pour nous faire part de sa vision du monde (coucou Lars Von Trier). Tout est filmé à la hauteur des personnages, sans prétention, sans grandiloquence, mais avec une sensibilité discrète et poignante.

Le cinéma qui court dans la forêt est existentialiste. Pas pour faire le malin avec un concept casse-couille, mais parce que les personnages se définissent par ce qu’ils font, et non par ce qu’ils disent ou par ce qu’on leur demande d’être. Derrière ses airs naïfs et tendre, Arnaud peut se dépasser lui-même pour devenir un héros. A l’inverse, cachée derrière son air de mule psycho-rigide, Madeleine a de la tendresse qui bouillonne, et des fragilités enfouies sous des kilos de tuiles.

Au fond, sans discours ni trombone, Les combattants dit un truc simple au spectateur : « Tu peux changer. Et tu peux être qui tu veux ». C’est cool. Pour paraphraser Adèle Haenel, on peut même dire que c’est la définition du cinéma. Pendant une heure et demie, tout nu dans la forêt, tu peux être un léopard.

Pas de panique, aucune leçon de morale à l’horizon, le film dit tout cela sur l’air des lampions : les vannes fusent, la musique déboite et le système martial prend un joli petit coup dans les narines.

Et puis voilà. Sans révolutionner le cinéma, cette jolie comédie réussit pourtant à faire souffler une bourrasque de soleil et de fraicheur sur cet été particulièrement liquide. On en sort comme d’une partie de jambe en l’air. Léger, béat et plein de courbatures.

En Bref : Il faut aller voir Les combattants. C’est le film de l’été, faussement simple, profondément original et mené par des personnages qui se définissent en agissant. L’antithèse parfaite de Winter Sleep.

Sinon j’ai parié avec un pote que je placerai le mot « philistin » dans une critique. Ben voilà. J’ai gagné.

Winter Sleep. Cappadoce rebelle.

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Faut-il aller voir Winter Sleep ?

Evidemment qu’on est méfiants ! La Palme d’Or, des Turcs intellos et toute la critique qui hurle au chef d’oeuvre, comme une jolie meute pavlovienne. Mais justement, que nous dit-elle ?

« Modification Dostoïevskienne », « Huis-clos mélancolique Antonionien », « Tchekhov et Bergman réunis »… Comme si tous les gros relous de la presse française s’étaient battus pour défendre ce très long-métrage. Et quand leurs articles sont aussi imbitables, ce n’est pas uniquement parce qu’ils écrivent en frottant leurs claviers avec une brosse à dent. Non, souvent, c’est parce qu’ils ont dormi pendant le film.

En langage de critique cinéma, ça se traduit vite : c’est chiant. Ou, comme le dit plus finement l’Humanité, le film utilise « les nouvelles techniques au service de l’approfondissement du rendu à l’image de paysages mentaux face au non-sens de l’existence ». Chiant. C’est chiant.

Winter Sleep dresse le portrait aride d’un vieux con au crépuscule de sa vie. Ce faisant, l’auteur nous impose une bonne dizaine de discussions interminables sur le mal, le bien, l’amour et les chevals. C’est tellement long que l’on se surprend parfois à cesser de lire les sous-titres pour se laisser bercer par la jolie mélodie de la langue turque.

Et ça discute. Et tout le monde gigote sur des canap’. On finit par se demander si on ne regarde pas la version anatolienne d’Un jour, un destin : un joli plan, une lampe derrière, et un mec qui parle. Mais nous on a jamais eu la Palme d’Or.

Au milieu de tout ça, il y a des plans sublimes. C’est vrai. Et une discussion d’une intensité folle entre un couple déchiré, qui nous renverra tous à nos propres démons intérieurs. Mais le réalisateur ne va jamais jusqu’au bout. Il touche à tout : la morale, l’égoïsme, l’idéalisme, un peu de religion. Et il laisse tout cela flotter en l’air. Content de lui.

Mais que veut-il nous dire au juste ? Que la vieillesse est un naufrage ? Que le cynisme est une tare ? Que les acteurs sont prétentieux ? Que parfois il neige en Turquie et qu’à ce moment-là il fait froid ?

Nous voilà convaincus. Autre chose ?

En Bref : Il ne faut pas aller voir Winter Sleep. C’est poseur, froid et un peu vain. On dirait un film d’Asghar Farhadi, sans le souffle, ni l’intensité, ni la force morale.

Oui, il y a de la beauté, de la vérité et des plans magnifiques dans ce film. Mais ils sont noyés dans une brume misanthrope et une réthorique prétentieuse.

Le cinéma, c’est des corps qui bougent. Pas des mecs qui parlent.

La Planète des singes : l’affrontement. Singing in the rain.

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Faut-il aller voir La planète des singes ?

C’est des singes, ils sont dans la forêt. Hop hop, ils se balancent aux arbres, c’est les kings. Quand soudain, ils rencontrent des humains qui ont survécu à la grande catastrophe du premier film. Et les singes ils ont pas kiffé ce truc d’être enfermés dans des cages pendant plus de 20 siècles.

Normalement dans les films américains c’est plutôt simple : il y a les humains, ils sont cools, ils sont beaux, ils sont américains et ils mâchent du chouimgome. Le héros, dents blanches, cheveu sage, est un père de famille dans la tourmente qui va se révéler très héroïque en sauvant sa femme, cette greluche et ses deux petits enfants mignons, dont les dialogues se limitent souvent à hurler « Daddy ! ».

Face à cette gentille famille, qui pourrait être la tienne, si ton oncle n’était pas schizophrène, il y a les méchants. Les méchants sont faciles à reconnaître parce qu’ils sont toujours moches : dans un film américain, la personnalité d’un personnage va rarement plus loin que son apparence physique. Et donc les méchants, c’est les russes, les chinois, les extra-terrestres, les zombies etc. Quand c’est les extra-terrestres c’est quand même plus simple parce que ça permet aux scénaristes de finir le film sur une extermination de la totalité des méchants, sans trop avoir l’air de faire la promotion du génocide.

La Planète des singes numéro 15 respecte une grande partie de ces préceptes : mieux, elle met en scène deux pères de famille dans la tourmente, avec deux femmes fragiles (c’est tout le temps malade les femmes, et dés que les balles commencent à siffler, ça crie) et une palanquée de petits mômes mignons. Mais là où le scénario innove quasi-radicalement, c’est que les deux familles sont réparties dans les deux camps.

Exit donc, la solution consistant à décréter que « les velus c’est des enculés, la preuve y sont moches ». Bien plus proche de la réalité, le film s’efforce d’éviter tout manichéisme racial, montrant au contraire que les peuples aspirent à vivre en paix, mais qu’il suffit d’une poignée de va-t-en guerre pour les jeter les uns contre les autres. L’analyse est pertinente, si ce n’est d’actualité (…).

Malgré tout, il n’y a pas de quoi envahir la Pologne : tous les autres clichés sont encore là. Même au sein des deux peuples, les méchants sont clairement reconnaissables, parfaitement mauvais, sans beaucoup de nuances et avec la gueule pleine de cicatrices. Le final, classique, n’apporte pas beaucoup de surprise : on finit quand même par des belles gerbes de violence, tandis que le discours général frise les bons sentiments neuneus. Grandiloquent, le scénario semble émerveillé par sa propre intelligence.

Mais ce n’est pas parce qu’on est moins con que les autres qu’on est brillant, sinon Hugo Lloris serait astrophysicien.

En Bref : Il faut aller voir La Planète des singes. Il faut y aller tranquillement, à son rythme, pour voir un blockbuster sans folie, mais plutôt bien troussé et nettement moins stupide que la moyenne.

On peut aussi y aller pour les scènes muettes entre les singes, qui ne manquent pas de poésie : pour la première fois depuis Golum, des personnages créent par ordinateur ont de l’intensité dans le regard (peut-être parce que le même acteur se cache derrière).

Quant à l’intensité du scénario, elle ne devrait pas déraciner votre siège : le mois dernier The edge of tomorrow était moins intelligent sur le fond, mais le blockbuster avec Tom Cruise était beaucoup plus malin. On s’en rappellera plus longtemps.

Ugly. Ordures et ménagères.

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Faut-il aller voir Ugly ?

Salut c’est le Règne de l’Arbitraire ! Tu sais, le blog qui publiait une fois par semaine dans les années 90 ? Et ben je reviens, pour un dernier tour de piste avant d’aller vivre en banlieue avec Hélène et les garçons et le créateur des sweats Waïkiki et les mini-keums, oh-oh !

Respire.

Le film n’étant plus à l’affiche, rien ne sert de courir. Mais puisque vous ne l’avez sûrement pas vu, il est tout de même important de savoir ce que vous avez raté.

C’est l’histoire des enculés. On y apprend qu’ils sont nombreux, protéiformes, omniprésents et vraiment dégueulasses. Noir jusqu’aux racines de la moustache, Ugly nous plonge dans un monde où les mamans biberonnent, les amis trahissent et les amantes michetonnent sur des pavés qui glissent. Guère mieux que les autres, les pères se perdent, les flics filoutent et les pédophiles filent. C’est très compliqué.

Moins que Gangs of Wasseypur quand même. Le précédent film du réalisateur avait beau raconter les gangs indiens avec élégance, il était quand même dominé par l’ennui et la confusion. Ugly n’échappe pas à l’intrigue un peu complexe, et on finit par en avoir un peu marre de trouver des tiroirs dans les tiroirs.

Mais on s’en fout un peu. Le premier but du film, c’est de frapper fort, avec la pointe du pied, en visant les couilles. Et ça fait super mal. Parce qu’il y a un truc fondamentalement affreux dans le fond de cette histoire, mais surtout parce que la mise en scène nous pète les genoux d’entrée de jeu : une femme blafarde, un verre vide… BAM du Death Metal.

Saturé d’idées, de style et d’audace, le film prouve ce qu’on commençait à voir venir de l’Est : lorsque Bollywood arrête de danser, il ne reste pas que de la poussière en suspension, mais le potentiel pour faire un putain de cinéma.

Sur cette métaphore graisseuse, je vous salue bien bas et je vais m’enfoncer la tête dans le mur.

En Bref : Il faut aller voir Ugly. Enfin, il aurait fallu le voir il y a trois semaines, avant qu’il quitte les salles pour toujours. Parce que c’est puissant, barré et signé par un réalisateur debout sur son tabouret.

Bien-sûr, vous ne sortirez pas du film en dansant la carmagnole. Mais peut-on vraiment être heureux, dans un monde ou l’Allemagne gagne au Brésil ?

The two faces of january. Chapeau rond, tête de con.

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Faut-il aller voir The two faces of january ?

« Par le scénariste de Drive », vantent les affiches. A croire que c’est une qualité.

Je ne vois pas bien quel crédit je devrais donner à l’auteur de cette histoire de vengeance qui sent l’essence, les clichés et la violence gratuite. Bien-sûr, je sais qu’une cohorte de jeunes cinéphiles branchés défendent Drive comme si c’était Citizen Kane. Mais lorsque le débat s’ouvre, ils ne mettent pas 15 secondes à parler de la BO. C’est dire si le reste est à l’avenant.

Mais puisque les inconditionnels du « scénariste de Drive » persistent toujours dans les commentaires, je tiens à leur rappeler qu’il a aussi écrit les synopsis de Blanche-Neige et le chasseur47 Ronins et, au hasard, Killshot. De belles soirées dvd en perspective.

L’autre tête d’affiche, c’est Oscar Isaac. Lui aussi, encensé à loisir par nos copains les critiques, parce qu’il a réussi à faire la gueule pendant toute la durée d’Inside Leewyn Davis. Que ses fans se réjouissent, The two faces of january lui permet à nouveau de faire éclater son talent à base de sourcils froncés, de dos vouté et d’absence de charisme.

Quoi d’autre ? Aragorn sous un panama, une odeur de polar des années 60 et Kirsten Dunst. Voyons voir…

Kirsten est sympathique. Mais elle n’aurait pas dû jouer dans ce film : son rôle est celui d’une femme fatale en robe Chanel, directement calqué sur une Ingrid Bergman dont elle n’a certainement pas l’ampleur. Seul Mortensen s’en sort, entre père protecteur et fauve inquiétant. Dommage que son rôle se limite à maugréer des conneries en mordillant un cigare.

Malgré tout, le film ne rate pas tout à fait son entrée en matière : ambiance film noir joliment rétro, musique coolos et personnages à double-fond. On lève un sourcil (mais pas Oscar Isaac). Et puis tout le monde part en Crète, le scénario s’enlise et on s’emmerde. Aragorn sue comme une bête en enchaînant les bourbons, Kirsten glousse et Oscar joue « le doute » avec l’intensité d’un élève de quatrième devant une asymptote oblique.

Parakalo ? Un scénario s’il vous plaît.

Ça dure. Il fait chaud et on y croit pas. Kirsten glisse sur une peau de banane. Et alors que l’on avait perdu tout espoir, le réal orchestre deux très grandes scènes, à base de musique, de valise en cuir et de chapeau de feutre. A croire que tout le reste y menait.

Pas de quoi sauver le film malheureusement, mais de quoi garder espoir : même quand tout est perdu, il y a toujours une lueur dans la nuit. Sauf, peut-être, si on est espagnol.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The two faces of january. C’est mou, ça donne chaud et c’est fade comme un concert de Christophe Maé.

Dommage, parce qu’il y avait de quoi faire un bel hommage à cette époque élégante, où même les truands ne sortaient jamais sans une chemise repassée.

Dommage surtout, parce qu’après cet article, c’est probablement la dernière fois que je suis invité à une avant-première.

Les poings contre les murs. Papa est en voyage de fer.

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Faut-il aller voir Les poings contre les murs ?

Eric est un meurtrier socioopathe, ultra-violent et complètement barge. A tel point qu’il quitte rapidement la deuxième division de la prison pour mineurs et se retrouve chez les vrais cramés, dans un quartier de haute-sécurité. Heureusement, il peut enfin y retrouver son père, un meurtrier sociopathe, ultra-violent et complètement barge.

Si Sigmund Freud avait été scénariste, il n’aurait sans doute pas écrit ce film. Mais il l’aurait probablement trouvé « Sehr sehr interessant ! » Sans déborder de finesse dans son analyse, le film tente de réfléchir sur l’héritage de la violence, les relations père-fils et le coup de la savonnette. C’est pas idiot. Certainement moins que la deuxième saison de Prison Break en tout cas.

Mais ce n’est pas le coeur du film. Et d’ailleurs, on se demande s’il en a un. Car l’histoire est glaciale comme une nuit avec Michèle Alliot-Marie. On avait quitté David MacKenzie en pleine love-story apocalyptique, c’était joli, croquinou, un poil trop cheesy même. Entre temps, David a dû se faire larguer.

Dés les premières minutes, Les poings contre les murs est bestial. Complètement siphonné, le héros est tellement violent qu’on sursaute quand il cligne de l’oeil, terrorisés à l’idée qu’il puisse sortir de l’écran pour nous déglinguer. C’est peut-être ça, le coeur du film : la violence.

Hypnotisant, le jeune acteur déploie une énergie tellement folle que tout le casting en résonne. En sa présence, chaque discussion vire au carnage, chaque manche cache un couteau et chaque sourire peut mordre à tout moment. Cette tension de tout instant, d’une noirceur effrayante, justifie à elle-seule d’aller voir le film.

Mais au-delà de cet uppercut abdominal, il semblerait que le scénariste n’ait pas grand chose d’autre à nous dire. Ça tombe bien, on n’entend plus rien.

En bref : Il faut aller voir Les poings contre les murs, malgré la traduction minable de son titre. Il ne faut pas y aller pour la justesse de ses dialogues, l’inventivité de sa mise en scène ou la profondeur de son scénario, il faut y aller pour en prendre plein la gueule.

Comme une version hardcore carcérale de La Zizanie, où les romains auraient des tatouages, le crâne rasé et une forte envie de mordre Astérix dans les sesterces.

Edge of Tomorrow. Le jour le plus long.

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Faut-il aller voir Edge of Tomorrow ?

Bill est un blaireau. Mais un blaireau gradé. Envoyé au front par erreur, il débarque en Normandie, la fleur au fusil et la bite à la main, pour se faire déboîter par des aliens. Selon toute probabilité, Bill va mourir.

Et selon toute probabilité, on va s’emmerder comme des rats morts. Comme d’habitude, Tom Cruise va faire des roulades en tirant dans tous les sens, les extra-terrestres vont exploser dans des gerbes verdâtres, l’héroïne va lui jeter des regards éperdus d’amour, pendant qu’il lui sauvera la vie toutes les deux minutes. D’une manière ou d’une autre, nos pop-corns auront le même goût que la dernière fois : le goût de la poussière et de l’ennui.

Les premières minutes du film confirment ces prédictions. Mal écrite, mal gaulée et pas hyper crédible, l’ouverture semble être un gros prétexte pour envoyer Tom Cruise faire le con sur une plage. On s’installe au fond du siège, près à avaler notre Xanax du jeudi.

Mais on ne l’avale pas.

J’aime beaucoup taper sur le ciné-fric, le systématisme du système et le néant créatif d’Hollywood. Mais derrière ses faux-airs de nanard estival, Edge of tomorrow est tout ce qu’X-Men n’était pas.

Parce qu’après 15 minutes très convenues, on comprend que les scénaristes ont une idée. Contrairement à la bande-annonce et 95% de mes confrères, je ne vous la révélerai pas. Parce que j’ai eu la chance de la découvrir en salle, et parce qu’elle est d’autant plus géniale.

Jouant sur le temps, les paradoxes et tous les clichés du genre, le réalisateur réinvente le blockbuster sans trahir ses codes. Ne t’inquiète pas Jérémy, ça veut dire qu’il y aura bien des douilles qui font « gling-gling », des aliens qui font « FtftFtftftf » et Tom Cruise qui plisse les yeux dans le lointain. Mais pas que.

Il y aussi un héros infoutu de trouver la sécurité de son arme, une héroïne charismatique de la mort, et une troupe de personnages secondaires nettement moins plats que la moyenne. Même, un joli moment de tendresse autour d’une tasse de café dans une maison en ruine. Ce n’est pas aussi brillant et stylé que Looper mais c’est plus marrant, très malin et largement moins con qu’une interview de Godard.

Sans prévenir, sans qu’on l’ait vu venir ni qu’on parvienne à y croire vraiment, Tom Cruise a joué dans un bon film. Peut-être même le meilleur de l’été.

En Bref : Il faut aller voir Edge of Tomorrow. Parce que c’est un blockbuster haut-de-gamme, bien foutu et hyper malin. Sans sortir des codes bien polissés d’Hollywood, Doug Liman prouve que l’on peut réussir à faire du bon divertissement sans prendre les spectateurs pour des brebis.

On en regretterai presque le manque d’ambition finale : l’idée ouvre tellement de pistes intéressantes que, pour une fois, on a presque envie de demander à Hollywood de faire une suite.

Comme quoi, le Syndicat des petits moguls rigolos a été entendu.

The Rover. Dumb and driver.

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Faut-il aller voir The Rover ?

Eric fait la gueule dans le désert. Ça fait dix ans que c’est l’apocalypse. La vie n’a plus de sens, il y a des chinois partout et en plus on a volé sa Rover. Eric a les nerfs. A mon avis il va défoncer le prochain tocard qui lui adresse la parole. Surtout s’il ressemble à Robert Pattinson.

Ça commence dans la sueur et la poussière. Les moteurs vrombissent, les pneus crissent et les barbes frémissent. Le silence fait office de punchline. Le héros n’a pas de nom mais une gueule de tueur. Il n’y a ni chapeau ni cache-poussière, mais Sergio Leone est là, sur son cheval, dans le lointain.

Puis le western tourne au road-movie. Pat’s arrive. Crâne rasé, dents pourries. Il sait que c’est son grand rôle, que tout le monde regarde. Le vampire pour adolescentes veut devenir un homme, pas le moment de glisser sur une peau de banane. Mais Pat’s a le soleil dans les yeux. Et surtout, Pat’s a un rôle de merde.

Bardé de cliché, dirigé comme Rain Man, le rôle du gentil débile consiste surtout à répéter les phrases plusieurs fois, a avaler une cuillère de soupe imaginaire et à regarder Guy Pearce de traviole. L’acteur fait le job, mais le personnage n’a aucun intérêt. Pire il tue tout ce qui fait le sel du démarrage.

Plus de silence, plus de mystère, plus de guerrier solitaire. Guy Pearce est un oncle râleur qui fond progressivement face à son neveu autiste. Leurs dialogues patauds et poussifs drainent le scénario de toute sa saveur. Car il est bien maigre, le scénar’. Derrière le héros sombre, il n’y a pas beaucoup plus qu’un héros sombre. Et dans l’oeil de l’idiot, il n’y a rien à voir, à part sa nuque.

Dans un final gratuit, l’histoire vire au grand n’importe quoi. Tout le monde tire dans tous les sens, mais il y a bien longtemps que l’on a perdu toute sympathie pour ces deux ramollos et leur Rover à la con.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The Rover. C’est bien posé, parfois bien écrit, et très bien mis en scène. Mais on ne retrouve jamais la finesse d’Animal Kingdom, premier film brillant du réalisateur David Michôd.

A la place, un grand sophisme vide de sens, saturé de violence inutile. En forme de morale explicite, la révélation finale du film se voudrait percutante. Elle me rappelle surtout les rédactions de philo de mon pote Séraphin, qui avait toujours 4 sur 20 et qui vit tout seul dans une boîte au lettre.

Pauvre Séraphin. J’espère qu’il va bien.

X-Men Days of Future Past. Retour vers le retour.

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Faut-il aller voir X-Men Days of Future Past ?

Ce qui est certain, c’est qu’il faut se méfier d’un film qui a « futur », « passé » et plein d’autres mots dans son titre. Il faut aussi se méfier d’un film dont le principal argument est de présenter la moitié des stars hollywoodiennes, séries comprises, dans son casting. Mais avant tout cela, il faut d’abord se méfier des licences.

Je ne vais pas les paraphraser : des gens intelligents ont écrit des articles sur la mort progressive de l’imagination à Hollywood, sous le poids des investissements de plus en plus dantesques, qui amènent une obligation de rentabilité, et se retrouvent forcément consensuels et, au final, nuls à chier. D’autres gens ont probablement souligné le fait qu’une phrase avec trop de virgule et de COD devient rapidement incompréhensible.

Ils ont tous raison. Mais ce que je voulais dire, c’est qu’on en a marre. J’aimerai créer un groupe, une sorte de club de cinéphiles, qui s’appellerait « Le syndicat des petits moguls rigolos ». Et notre profession de foi dirait ceci :

« Chers producteurs, on en a rien à foutre que les héros sautent partout aux ralentis dans des flammes vertes sur la lune, on en a rien à foutre d’avoir tous les acteurs les plus chers d’Hollywood dans le casting (coucou Omar Sy, ça va ta conjonctivite ?), on en a rien à foutre que vous ayez claqué la moitié du budget dans le rachat de droits d’une bd (dont vous ne rendez certainement pas l’esprit), faute d’avoir su fédérer autour de votre propre créativité.

Nous, chers producteurs, on aimerait juste une chose : que grâce aux économies réalisées grâce aux propositions sus-cités, vous puissiez vous payer des scénaristes. Et vous leurs dites un truc qui devrait les surprendre avant de leur faire du bien, comme la lumière du soleil après 20 ans de cabane. Vous allez leur dire d’inventer une histoire. Pas de droits, pas de licences, pas de préquel, pas de mes couilles dans le passé sur ton nez du futur. Une histoire. Une histoire bien.

On appellera ça : « le cinéma ». Ça va être super. Et peut-être même qu’à un moment, tous les mecs qui ont du talent reviendront de Breaking Bad, The Wire, True Detective et de partout où vos vieilles combines vénales les avaient fait fuir. Ça s’appellera : « Le nouvel-nouvel âge d’or d’Hollywood ». C’est ça, où vous allez crever. Oui Harvey, toi aussi. Valar Morghulis. »

C’est bon j’ai fini. Je serai bref sur le film : après la courte, et excellente participation de Matthew Vaughn à l’univers X-Men, c’est le retour du taulier : l’éternellement décevant Bryan Singer, dont on va finir par croire qu’il était bourré quand il réalisait l’incroyable Usual Suspect, tant le reste de sa carrière ressemble à un champ de betteraves (dont la plus rose est le très ringard Superman Returns).

Ça commence pas mal, ça sautille dans tous les sens, l’action est fluide et punchy et l’histoire vaut ce qu’elle vaut. Puis on file dans les années 70, une scène de ralenti nous allonge des barres de rire et puis il nous reste une heure et demie pour digérer.

Tout le reste est à l’avenant : une pâle copie des débats qui animent le précédent film, en plus lourdingues (Magnéto est il méchant ? Faut-il tuer les humains ? Mystic va-t-elle partir en live ?), Hugh Jackman fait le même air viril-ironique de Wolverine, Halle Berry continue de regarder au loin avec les yeux blancs et Patrick Suart fronce les sourcils devant la pauvreté de ses dialogues. C’est nul, long, mais surtout, c’est un film des années 90. Alors que nous sommes en 2014.

Comme quoi, ça marche vraiment les voyages dans le temps.

En Bref :  Il ne faut pas aller voir X-Men Days of Future Past. C’est mou du gland, ça n’apporte rien, ça n’invente rien, ça ne dit rien. C’est sympatoche par moment, mollement distrayant avant de devenir carrément emmerdant. Mais c’est aussi conforme et polissé qu’un yaourt zéro pour cent dans une cuisine Ikea.

Si les machines à remonter le temps existaient vraiment, j’aimerais peut-être en prendre une pour aller voir le Bryan Singer de 1995, juste après la sortie de son chef d’oeuvre. Juste pour lui dire ça : « refuse l’argent Bryan, t’es jamais aussi brillant que lorsque tu réalises les films en trente jours ».

Peut-être qu’aujourd’hui, il serait le parrain du Syndicat des petits moguls rigolos. Le monde serait moins laid.

Maps to the stars. Happy Fous.

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Faut-il aller voir Maps to the stars ?

C’est l’histoire d’une famille dysfonctionnelle qui s’appelle Hollywood. C’est l’histoire des enfants fous, de l’argent roi et la même chose dans l’autre sens. C’est l’histoire d’un inceste, d’un incendie, de la violence et de la folie. C’est l’histoire de nous, puissance mille. C’est l’histoire des happy few, les dessous des tapis rouges et les coulisses des siphonés du trombonne.

Youhou, je peux écrire n’importe quoi, parce que de toute façon c’est n’importe quoi. Ces derniers temps, Cronenberg avait disséqué la violence, étudié un peu de russe et lu pas mal de psychologie, alors il en a eu marre, et il a décidé de faire une comédie punk sur le star-system.

Et ça a beau être aussi barré, expérimental et radical que d’habitude, c’est bien la première fois qu’on comprend le message sans faire d’effort. Probablement parce qu’il est un peu naïf, voir ultra-convenu : « le système d’holywood c’est des cons wesh, et les stars c’est des égocentriques ». Sans dec’ David ? Toi aussi t’as vu Celebrity, Sunset Bouelvard ou l’un des quarante-cinq autres films sur le sujet ?

Dans des scènes un peu répétitives, Julianne Moore se couvre de ridicule en jouant une actrice pathétique. C’est bien joué et vaguement drôle, mais derrière le format intello, il n’y a guère plus que les grosses ficelles d’une comédie facile et grassouillette. Il en va de même pour le personnage de John Cusack, gourou vénal et obsessionnel qui rappelle un peu le Tom Cruise de Magnolia en mille fois moins bien.

Donc c’est pourri ? Cronenberg a mangé Jude Appatow ?

Non, heureusement. Il l’a digéré. Le film est sauvé par les deux personnages les plus jeunes. Complètement flingués par le système, il leur reste pourtant encore assez d’humanité pour se rendre compte qu’ils sont cintrés. Dans le rôle principal, Mia Warsikowska impose une véritable douceur à son personnage, schizophrène imprévisible, qui tente de sauver le monde en faisant cramer ses proches.

Aux deux tiers, il y a presque de la tendresse, et donc de l’émotion, entre le frère et sa soeur. Mais David a décidé qu’il ne sauverait personne, donc le film part en fumée, dans un final trop grandiloquent pour être honnête.

En Bref : Il faut aller voir Maps to the stars. Parce qu’il y a de la force, des sacrés acteurs et parce que le plus mauvais film de Cronenberg est toujours plus intéressants que le meilleur de Guy Ritchie. L’humour y est allègrement grinçant et la folie plutôt douce.

Mais tout de même, à force de nous dire que ses personnages sont tous des psychopathes, sans vraiment chercher à les sauver, le réalisateur prend le risque de perdre son spectateur : « Puisqu’ils sont tous abjects, qu’ils brûlent ».

On en a pas grand chose à foutre.