Minuit à Paris. Mauvais Allen.

Cotillons

Faut-il aller voir Minuit à Paris ?

Attention, je vais révéler des trucs sur l’histoire, mais ne vous en faites pas, d’ici la fin de cette critique, vous aurez plus envie d’y aller.

Gil est un américain moyen. Ennuyeux, ennuyé et fiancé avec une connasse vénale élevée par des éléphants, il regarde sa vie passer, en essayant d’écrire un livre. Gil ne se marre pas souvent, mais il se marie bientôt. Lors d’un voyage pré-nuptial, il se perd dans les rues de Paris. Chaque nuit, il y emprunte une carriole spatio-temporelle qui le ramène dans les années 20. Il y taille des crayons avec Picasso, fume des pipes avec Dali et tombe amoureux de Marion Cotillard. Au fil de ses pérégrinations dans le passé, il se rend compte qu’il est en train de rater sa vie présente.

Le film entier est pompé sur une nouvelle écrite par Woody Allen dans le merveilleux « Pour en finir une fois pour toute avec la culture ». Le recueil date de 1971 c’est dire si le cinéaste New-Yorkais se renouvelle… Sauf que là, on ne rigole pas souvent et c’est plus long.

D’un bout à l’autre, Minuit à Paris est cheap. Owen Wilson promène son manque de charisme dans des cadrages moches, la mise en scène est bâclée et les images ressemblent à des cartes postales surexposées. Pire que tout, Carla Bruni arrive à bégayer dans chacune de ses trois petites répliques. Même le fond de l’histoire -qui se moque gentiment des romantiques- est beaucoup trop lourd pour élever le reste. Au final, derrière des atours un peu originaux, Allen livre une bluette sympathique que l’on oublie tout de suite en sortant de la salle.

On peut s’en satisfaire. On peut aussi attendre mieux du réalisateur d’Annie Hall. D’un film à l’autre, Woody Allen régresse depuis une dizaine d’années (à quelques exceptions près). Talentueux, mais brouillon, le binoclard neurasthénique le plus drôle du monde se borne à faire un film par an, en jouant de la clarinette entre les tournages. Forcément, sa livraison annuelle laisse un arrière-goût d’inachevé, comme les articles d’un bon journaliste qui refuse de se relire.

Pour revenir au film, comme l’écrivait justement Kichou, on reste un peu gêné devant cette peinture idyllique de la ville lumière. Forcément, lorsqu’on prend un taxi pour aller du George V au Pont-neuf, on ne prend pas la ligne 13. Et franchement, l’accordéon, y’en a marre.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Minuit à Paris. On n’y passe pas un moment désagréable, mais le tout manque de travail et de précision. Dommage, si le cinéaste passait une année sur deux à travailler ses scénarii, il pondrait encore des chefs-oeuvre.

A la fin, Gil découvre que dans le passé aussi, on trouvait que « c’était mieux avant » et il décide de vivre au présent. Malheureusement, le film ne parvient pas à imposer sa morale et on finit persuadés du contraire : Woody Allen, c’était bien mieux avant.

2 réflexions au sujet de « Minuit à Paris. Mauvais Allen. »

  1. Encore une fois, un « critique » qui prétend comprendre Woody Allen mieux que lui-même. Comme s’il y avait un Woody génie caché derrière un générateur compulsif de navets. « D’un film à l’autre, Woody Allen régresse depuis une dizaine d’années ». C’est strictement faux. Sans attendre un chef d’oeuvre à chaque nouvelle livraison, chaque film de Woody Allen conserve une force qui fait la continuité de son oeuvre.
    Non, il n’y a pas d’âge d’or d’Allen. Dès ses débuts, le « binoclard neurasthénique le plus drôle du monde » (là je suis d’accord) a alterné des films plus légers (Woody et les robots, 1973) et des bijoux du 7e art (Annie Hall, 1977).
    Mais d’un film à l’autre s’exprime le même rapport au monde, entre angoisse et légèreté. Le rapport à la femme, à la mort. A travers la comédie potache ou le mélodrame, Allen joue des codes pour dessiner sa lecture du monde et ses angoisses, film après film. Tout cela, on le retrouve dans ses films les plus récents. Quand aujourd’hui il film la vision romantique de Paris, Woody Allen filmait autrefois la vision romancée de Manhattan. Il s’est tourné vers Scarlett Johansson, mais que dire de son obsession pour Diane Keaton ? En se moquant des romantiques dans Minuit à Paris, Woody Allen se moque d’ailleurs encore une fois de lui-même.

    Avec ses films « les plus récents » (disons depuis 5 à 6 ans), il n’a fait qu’enrichir son répertoire de codes. Tout en gardant ses obsessions, donc son intérêt et son charme, Woody Allen se renouvelle.

    Mais pour comprendre tout cela, encore faut-il avoir un minimum de sens de l’ironie. Encore faut-il comprendre son sens de l’humour. On a le droit de ne pas aimer Woody Allen. Ne pas être sensible à ses angoisses. Mais on ne peut pas parler d’un mauvais Woody Allen. Minuit à Paris est même un plutôt bon cru.

    Marion Cotillard est resplendissante. Owen Wilson très drôle et attachant. Les personnages secondaires ont une présence remarquable, à l’image d’Adrian Brody en Dali baroque et hilarant. A l’exception peut-être d’une Carla Bruni, qui ne brille pas par sa prestation, mais qui heureusement n’apparait que quelques minutes. On rit beaucoup. Et dans la salle où j’ai visionné le film, ce rire était largement partagé. Cette lumière de « carte postale surexposée », c’est ici qu’il faut lire l’ironie. La puissance de l’auto-dérision. Celle-là même que souvent Allen introduit par la voix off. Quant à la remarque sur la « ligne 13″, Woody Allen n’est pas Ken Loach. Il a toujours eu des interrogations bourgeoises. Il va falloir s’y faire.

    D’une critique à l’autre, Le règne de l’arbitraire régresse depuis sa création.

    • Si je suis un peu honnête, je dois reconnaître que vous avez parfois raison (à l’exception de vos attaques en dessous de la ceinture, qui sont pourries, mais passons).

      Allen pondait déjà des bouzes au début, il continue de le faire et il le fera toujours. C’est vrai. Dernièrement, Vicky Cristina Barcelona était plutôt chouette, Whatever Works était original et même Minuit à Paris sort un peu du carcan habituel. Dans Manhattan, Hannah et ses soeurs ou Annie Hall, il me semble que le binoclard se dépassait, mais bon, je reconnais que mon jugement manquait un peu de mesure.
      Quant à l’humour Allenien, je crois le comprendre Dieu, Shakespeare et moi ou Pour en finir une bonne fois pour toute avec la culture m’ont littéralement fait pleurer de rire. Et c’est ça qui me manque.

      Ok, même dans ma salle, on rigolait un peu et personne n’est sorti avant la fin. Minuit à Paris est assurément un film sympa et vous avez l’air content d’y être allé. Moi j’en attends plus. Owen Wilson est mou et chiant, la mise en scène est laborieuse (sans dec’ les rencontres avec la petite blonde qui parle de Cole Porter…) les cadrages manquent désespérément d’inventivité et même les dialogues sont lourds, ce qui est rarissime chez Allen. Brody est bon, Hemingway est marrant, mais Cotillard est toujours aussi plate. Au final, le film n’est pas un navet, mais il est très moyen et il respire la dilettante.
      Alors voilà, je sais qu’Allen vaut mieux. Libre à vous de l’accepter comme tel. Mais votre argument comme quoi « il a déjà fait des films pas terribles donc il a le droit d’en faire d’autres » ne sert à rien, sinon à valider le fait que le dernier n’est pas bon. Allen, c’est comme un bon ami qui déconne : c’est parce qu’on l’aime qu’on ne tolère pas sa médiocrité.

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