La dame de fer. Tour de Maggie.

Faut-il aller voir La dame de fer ?

Margaret Thatcher est une vieille grand-mère un peu dingue qui plie les costumes de son mari mort en parlant aux murs. Dans son appartement vide, cette vieille dame de fer à repasser repense à l’époque punk. Dans les années 80 la rue salissait son nom tandis qu’elle libéralisait à toute berzingue. A cet époque là, elle avait des couilles.

Si le paragraphe précédent vous paraît confus, le film ne vous aidera pas à y voir plus clair. Comme d’habitude, dans les biopics (genre pourri par excellence pour scénaristes sans créativité et autres producteurs vénaux) on survole. Mais cette fois, on survole en Concorde.

Le soulèvement de l’Angleterre, les tensions avec l’Europe, la libéralisation galopante et la guerre contre les syndicats… Tout est avalé sans vergogne par un film qui n’a de politique que le nom. Comme un parti pris assumé, la réalisatrice préfère nous abrutir de scènes rigolotes ou la vieille Thatcher parle toute seule en digressant sur l’époque moderne et les briques de lait.

Sans aucune cohérence, la personnalité de Thatcher est dessiné à la hâte sans jamais être rattachée à des faits concrets. Tour à tour, la réalisatrice fait passer Maggie pour une féministe avant l’heure, une jeune vierge effarouchée ou une despote frigide, sans jamais tenter d’expliquer ses revirements.

Pour toute analyse, on aura le droit à quelques plans de manifs, trois images d’archives sur les Malouines et une explosion en images de synthèses. Sinon, on est vraiment dans ce qui se fait de plus moche au cinéma (mais il faut reconnaître que c’est dur de filmer l’Angleterre).

Dommage quand même, parce qu’au milieu de ce gloubi-boulga soporifique, il y a la présence éblouissante et éternelle de l’une des plus grandes actrices vivantes.

En Bref : Il ne faut pas aller voir La dame de fer. Sauf si vous étudiez au Cour Florent. Car le talent de Meryl est gâché par l’inventivité négative du scénario et la relative platitude de la réalisation. Dommage, car il y avait quelques scènes plutôt marrantes.

Mais c’est pas une raison pour faire passer Thatcher pour une vielle bonne femme sympathique, le mineur Ecossais qui est en moi ne peut pas l’accepter. Debout sur un tonneau, il crie :

« I want my money back ! »

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Bullhead. Vache qui crie.

Faut-il aller voir Bullhead ?

Jacky est un Flamand rosse. Un gros Belge méchant, avec des muscles et l’oeil torve. Dans sa ferme, il y a des vaches et lui, mais personne ne fait la différence. Et tout le monde s’en fout, car Jacky est un ours. Jacky est un boeuf. Au sens propre du terme.

L’intérêt du film réside dans le secret de son personnage principal, alors je ne vous gâcherai pas la surprise. Mais pour résumer, on peut dire que l’histoire dépeint les dessous du trafic d’hormones de croissance, que les hommes les plus virils cachent tous une part de faiblesse et que les flamands se laissent volontiers pousser la moustache.

D’entrée de jeu, on comprend que l’on est assis devant un film viscéralement différent. Un film d’horreur sans massacre, qui sent les ténèbres et la barbaque. A juste, titre, on peut en sortir avec la nausée, le souffle coupé ou avec des convictions végétariennes, mais en aucun cas, Bullhead ne laisse indifférent.

Poignantes et hyper-travaillées, les images alternent entre la beauté pure et la violence extrême. Méticuleux, le réalisateur préfère les plans-séquences aux bains de sang, et pourtant la tension ne quitte jamais les images. On pense aux thrillers malsains d’Haneke et aux images hypnotisantes de Winding Refn, à l’époque où il se la racontait pas encore trop.

Bien-sûr, on pourra critiquer certains artifices psychologiques un peu lourds, une enquête policière inutilement complexe et un rythme inégal. Mais on ne pourra jamais dire qu’on avait déjà vu un truc pareil au cinéma.

Et en plus c’est un premier film.

En Bref : Il faut aller voir Bullhead. Si on se demande ce qui se cache à l’intérieur des mâles, si on sait voir le désespoir dans l’oeil du rhinocéros et si on pense qu’il y a de la tendresse sur les terrains de rugby.

Outre un regard dont on entendra parler à nouveau, on pourra aussi découvrir un numéro d’acteur qui aurait mérité bien plus d’Oscars qu’un numéro de claquettes.

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Detachment. Dandy vérole.


Faut-il aller voir Detachment ?

Henry Barthes est prof remplaçant et dépressif à plein-temps. Un jour, il se retrouve dans un lycée pourri. Il y découvre que dans les quartiers difficiles les gosses sont tous des brutes, les filles sont toutes des putes, les moches sont toutes suicidaires, les profs sont tous en décomposition, les pères violent tous leurs filles, qui deviennent toutes alcooliques. Mais Henry s’en fout, il lit Camus.

La banlieue est effrayante, quand on la regarde par la baie-vitrée d’un duplex de Central Park. C’est un peu le thème d’un film qui oscille entre bien-pensance molle et pessimisme naïf. Dans la zone du film, tout est sombre, caricatural et désespéré. Sans aucune nuance, l’image d’Epinal du lycée de ZEP en guerre civile est martelé par un scénario lourdingue : tous les profs prennent des pilules, la directrice s’effondre sur la moquette et les jeunes filles se prostituent pour manger.

Evidemment, on me répondra que le réalisateur caricature pour mieux dénoncer. Quedalle. Comme cette gauche proprette qui se repaît de son « insoumission » en dénonçant des évidences, Tony Kaye érige le catastrophisme en humanisme pour se donner bonne conscience. Au final, sous des allures de film combattant, on regarde au mieux un mélo violoneux, et au pire, une nouvelle caricature stigmatisante.

Car au bout du compte, Detachment n’est pas humaniste, mais profondément misanthrope. Le vrai engagement serait de montrer qu’il y a de l’espoir, de l’énergie créative et de la fureur dans les barres d’immeubles. Je pense à L’Esquive évidemment, mais aussi Entre les murs ou la formidable saison 4 de The Wire. Dans les trois cas, les réalisateurs sont issus des quartiers dont ils parlent quand Tony Kaye semble avoir découvert la banlieue dans le 20h de TF1.

Au milieu de ce tableau noir, Adrian Body traîne son spleen en chemise de lin. Charismatique, cynique et rimbaldien, il lâche des phrases bien senties sur l’éducation, la vie et la jeunesse en prenant des poses de dandy. Le réalisateur ne prend jamais le soin de nous montrer une véritable scène de cours, mais comme Brody est cool, les élèves finissent par le respecter, surtout lorsqu’il leur balance que la pub leur ment. Comme si la pédagogie se résumait à dire des trucs consensuels en s’asseyant à l’envers sur une chaise.

Pour emballer le tout, Tony Kaye a le narcissisme de vouloir cadrer lui-même son film, sans vraiment savoir utiliser une caméra. Le résultat ressemble à ce qu’aurait filmé les frères Dardenne si on leur avait filé du speed : l’image est tremblante et les zooms intempestifs se succèdent aux images floues.

Merde.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Detachment. Racoleur, prétentieux et putassier, le film irrite sans jamais atteindre la vérité. Mais derrière cette montagne de pathos, il y avait pourtant de bonnes choses à dire sur la solitude des profs et la difficulté d’éduquer. Dans deux ou trois scènes, on sent même poindre un certain talent d’écriture et un propos intéressant.

Mais dans la même veine qu’American History X, son plus gros succès, aussi prétentieux et honteusement surestimé que le dernier, Tony Kaye préfère les images chocs aux propos intelligents. Et tant pis, si on ne retient rien. Heureusement qu’il n’est pas devenu prof.

Une fois n’est pas coutume, en zonant sur internet, j’ai lu cette critique bien vénère. Et ça m’a fait du bien.

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Tucker & Dale. Quiproquo latéral.

Faut-il aller voir Tucker & Dale fightent le mal ?

C’est l’Amérique. Des post-adolescents stupides vont dans la forêt avec des blondes. Dans la forêt, il y a aussi deux pèquenots avec des têtes bizarres, des tronçonneuses et des scies à métaux. Jusqu’ici tout va bien, à un détail près : les deux bûcherons ne sont pas des serial-killers…

Forcément, les malentendus s’imbriquent et chaque partie se retrouve persuadée que celle d’en face veut la tuer. Résultat tout le monde s’élimine dans la joie et la bonne humeur.

Classique finalement, on prend un énorme cliché, et on l’inverse. Au départ, on se demande si le film ne risque pas d’être aussi prévisible que les bouses dont il se veut le négatif (fiou…). Les ados sortent droit d’une fraterie alpha-truc et ils sont cons comme des opinels, les filles sont en plastique et les dialogues en carton.

Mais c’est drôle.

Les malentendus sont tellement tirés par les cheveux que le concept marche sans s’essouffler si on accepte la stupidité générale. Quelque part, il y a même une profonde tendresse qui émane des deux losers-titre. Volontariste, le scénario réussit même à défendre des idées pas trop bêtes sur le manque de dialogue et la loi des apparences.

Malheureusement, ces bons sentiments ne s’appliquent pas à l’intégralité du genre humain : si un gros type moche et timide peut se faire accepter à condition qu’il ait confiance en lui, la fille moche est toujours la plus stupide et à la fin, c’est toujours la plus jolie qui sera la moins morte.

Mais merde, on est venu là pour manger du pop-corn.

En Bref : Il faut aller voir Tucker & Dale fightent le mal. Parce que c’est le film débile le plus intelligents que vous verrez cette année, parce que c’est un divertissement mille fois mieux troussé que Sherlock Holmes, et parce que ça faisait un moment qu’on n’avait pas rigolé autant au cinéma.

Après, si vous vous sentez coupable, vous pourrez toujours allez vous emmerder devant Les nouveaux chiens de garde.

Aussi : Désolé pour la pause, je travaille en Angleterre, avec pas trop de temps libre et un accès l’imité aux réseaux des internets. En plus, il y a des double decker bus.

Mais je poste des news (et dorénavant les chansons, pour ceux que ça intéresse) sur la page facebook du blog. Venez faire un tour si ça vous tente, quand vous serez mille, je mettrai des pubs et on fera un apéro géant (à Bonn, probablement).

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Sherlock Holmes 2. Chère Loque.

Gnagnagna

Faut-il aller voir Sherlock Holmes 2 : jeu d’ombres ?

Ceux qui viennent ici depuis le début connaissent mon aversion profonde pour Guy Ritchie. Honteusement surestimé depuis qu’il a pondu Snatch, l’anglais épileptique pense qu’il a du style. En l’occurrence : une accumulation de gros plans d’une seconde et des mouvements de caméras intempestifs font office de rythme, une version démo de photoshop s’occupe des lumières et le vide s’attelle au scénario.

J’avais déjà collé son tarif à un premier épisode à peine passable. Sherlock Holmes 2 récidive en bien pire. Le détective au feutre mou titube au milieu de chaque scène comme une pâle copie de Jack Sparrow en tweed. La plupart de ses élucubrations sont incohérentes et même l’excellent Robert Downey Jr. ne semble pas comprendre le sens de ce qu’il raconte.

Les sous-entendus homosexuels entre les deux personnages principaux perdent le côté naturel et sous-jacent qui faisait l’intérêt du premier épisode. A croire que Guy Ritchie a découvert leur existence dans les critiques alors qu’il n’avait pas fait exprès la première fois. Ici, il surligne lourdement la relation, allant jusqu’à déguiser Sherlock en femme dans une scène aussi grotesque que le reste du film.

De la même manière, les rares qualités du premier sont noyées dans la surrecnhère : même les combats au ralenti perdent leur style, parce que complètements foutraques et même pas esthétiques. Dans cet océan de médiocrité, les saynettes sont mises bout à bout grâce à un scénario imbitable qui sert de prétexte aux scènes d’actions.

Malgré tout, il y a deux trois trucs à sauver : le jeu des acteurs, qui se battent pour faire tenir des rôles sans consistance, l’humour omniprésent qui nous arrache régulièrement un petit sourire et des jolis plans au ralenti vers la fin. Voilà.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Sherlock Holmes 2. C’est nul, c’est creux et c’est con. Guy Ritchie a transformé le détective en pitre ridicule pour amuser ses spectateurs, mais à part une auto-critique de son propre cinéma, je ne vois pas l’intérêt.

Pour le reste, Arthur Conan Doyle a déjà fait tellement de pirouettes dans sa tombe qu’il est probablement impassif. (Oui, ce mot n’existe pas, mais qui êtes-vous pour mieux voir que moi ce qu’il se passe dans la tombe d’Arthur ?)

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Millenium. Cold Craig.

Grand nord Faut-il aller voir Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes ?

Un journaliste joue les inspecteurs pour un vieux capitaine d’industrie. Une blonde a disparue il y a 20 ans. Une brune avec plein de tatouages conduit une moto. C’est la Suède.

Après les trois livres, les films suédois et la série, voici le remake américain. Pas facile d’être objectif sur Millenium : l’histoire de la trilogie à succès a tellement fait le tour du monde dans tous les sens qu’il est devenu impossible de surprendre avec. Et sans surprise, David Fincher ne surprend pas.

Tout cela est très compliqué, mais l’histoire aussi. A tel point que l’on peut se demander pourquoi tous les réalisateurs en manque d’inspiration se battent pour l’adapter à l’écran. Pendant les trois quarts du film, les héros enquêtent en observant des photos, des vieilles coupures de journaux et des documents administratifs dans des bibliothèques boisées. Sans guère d’action pour pimenter le tout, on a parfois l’impression de regarder Arte à 4 heures du matin. Et c’est long.

Pourtant, comme toujours chez David Fincher, les plans sont soignés à la perfection et la mise en scène ne manque pas de dynamisme. Les rares scènes un peu agités sont percutantes et le réalisateur retrouve la noirceur malsaine qu’il avait un peu laissé de côté depuis Seven. Encore une fois, le film s’appuie sur la musique viscérale de Trent Reznor, et c’est tant mieux.

Autre bon point, le jeu des acteurs est plutôt convaincant : Rooney Mara a l’air aussi bizarre que son personnage et Daniel Craig prouve qu’on a eu tort de le prendre pour un con juste parce qu’il avait des muscles. En revanche, Millenium perd sa crédibilité dés que les seconds rôles ouvrent la bouche : l’histoire est censée mettre en scène des suédois, mais tout le monde parle en anglais avec un accent du nord, sauf les acteurs principaux fraîchement importés d’Angleterre ou des Etats-Unis… Bof.

Mitigé donc, jusqu’à la fin, interminable, où le réalisateur se fourvoie dans une deuxième intrigue traitée par-dessus la jambe, pendant que les spectateurs se dandinent sur leur siège. Dommage, car il y a des chouettes trucs dans cette histoire, comme l’apparition d’un héroïne qui ne passe pas son temps à courir derrière le héros en hurlant de peur.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Millenium. L’intrigue n’est pas très cinématographique, trop complexe et trop longue pour conserver notre attention pendant les 2h38 de pellicule. Malgré tout, Fincher se débrouille tant bien que mal pour clarifier le tout et pondre de jolies images.

Mais de la part du réalisateur de Fight Club, on attendait mille fois mieux.

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Trust. Antisocial (tu perds ton sang froid).

tu perd ton sang froid

Faut-il aller voir Trust ?

Annie a 14 ans. Avec ses copines, elle aime se déguiser en femme, matter les garçons et chatter sur internet. Dans son ordinateur, il y a Charlie, un beau lycéen de 16 ans, amoureux presque imaginaire, puisqu’il vit en Californie. Mais un jour Charlie vient la voir. Il a 40 ans, un sourire carnassier et des yeux trop bleus pour être vrais.

Pour son deuxième film en tant que réalisateur, David Schwimmer (oui, Ross dans la série Friends) ne choisit pas la facilité. Dans tous les cas, un film sur la pédophilie est entouré d’écueils en -isme qu’il est difficile d’éviter : voyeurisme, angélisme, moralisme ou nihilisme… Avec un vrai talent d’écriture, le film réalise l’exploit de ne jamais perdre l’équilibre.

Ici, ce n’est pas l’acte qui est analysé, mais ses conséquences sur une famille parfaite. Sans juger ses personnages, Schwimmer montre avec pudeur comment leurs attitudes naturelles enveniment la situation. Ce faisant, le film soulève de nombreuses questions autour de l’amour, de l’adolescence et de la confiance parentale qui poursuivent le spectateur longtemps après la séance.

D’un bout à l’autre, la mise en scène comme les images sont d’un classicisme absolu. Mais les acteurs sont suffisamment habités pour donner au film un rythme soutenu. Parmi eux, l’adolescente qui tient le rôle de l’héroïne est d’une justesse implacable. Face à elle, Clive Owen confirme qu’il est l’acteur idéal pour jouer les hommes tiraillés entre la douceur et la brutalité. Dans un monologue final, il est absolument bouleversant.

En Bref : Il faut aller voir Trust. Même si visuellement, on dirait une série américaine sans saveur. Le fond est à l’opposé de la forme : complexe, jamais manichéen et toujours juste.

Exactement l’inverse du film précédent, en fait.

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L’amour dure trois ans. Roman-toc.

Faut-il aller voir L’amour dure trois ans ?

Marc Marronnier n’a pas de problème. C’est bien son problème. Entre deux critiques de bouquins, il se déglingue les cervicales dans des boîtes branchées en collant son nez pointu dans le corsage de mannequins russes. Marc Marronnier connait tellement de monde qu’il ne paie jamais ses verres. Mais quand il dessaoule, il déprime. Après son premier divorce, Marc décide que l’amour est mort. Mais comme il a très envie de sauter sa belle sœur, il tente de se convaincre qu’il l’aime. Dilemme.

Que Frédéric Beigbeider se rassure, l’amour qu’il porte à sa propre personne semble inaltérable. Dans cette autobiopic narcissique, l’écrivain raconte sa vie sans pudeur, en poussant le vice jusqu’à modifier la physionomie de l’acteur principal pour augmenter leur ressemblance. Bien-sur, le portrait dressé est largement critique, mais en amour, on aime aussi les défauts.

Finalement, on retrouve mot pour mot la causticité, la futilité et l’ironie des bouquins de l’auteur. La plupart du temps, Gaspard Proust récite des passages du livre face caméra, quand ils ne sont pas carrément écrits sur l’image. Le procédé ne fonctionne jamais mais il souligne l’incapacité de Beigbeider à transposer son livre au cinéma.

Comme d’habitude, ça marche quand même : on rigole quelques fois et Beigbeider continue de raconter la même historie en boucle avec un style enlevé. Les héros évoluent dans des soirées privées où des édiles VIP se roulent dans l’hédonisme pendant que les provinciaux font la queue dehors.

En revanche, comme d’habitude, il évite soigneusement d’effleurer le fond. Comme dans Shame ou le dernier Cronenberg, le réalisateur se demande comment créer une relation stable dans un monde où la poursuite aveugle du plaisir occupe toutes les affiches publicitaires. Sa réponse sonne aussi faux que le jeu de Louise Bourgouin, encore plus horripilante que dans le Grand Journal.

Je suis trop jeune pour jouer les experts, mais on dirait que Beigbeder n’a rien compris à l’amour. Il geint. Les yeux tellement plantés dans son nombril, qu’il est incapable de voir que la solution serait peut-être de s’intéresser au monde qui l’entoure.

En Bref : Il ne faut pas aller voir L’amour dure trois ans. Quelques bonnes vannes, un discours réchauffé et une forme un peu faiblarde, c’est tout. Beigbeder nous livre son film en filmant son livre. C’est rigolo deux minutes, et on oublie tout dés le générique.

Avec ses éternelles histoires éculées d’hédonistes cyniques et branchés qui se champagnent la gueule dans des boîtes à la mode, il est arrivé un truc incroyable à Frédéric Beigbeder : il est devenu has-been.

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J. Edgar. Hoover rated.

Faut-il aller voir J. Edgar ?

A 77 ans, John Edgar Hoover porte toujours des cravates. Patron, promoteur et père fondateur du FBI, le vieil homme regarde en arrière. Debout dans son bureau, il a vu défiler huit présidents et 48 années de service. Mais pendant toutes ces années, il n’a jamais pensé à installer un putain d’éclairage correct dans son bureau.

Mais qu’est-il arrivé au chef opérateur qui a tourné ce film ? Pendant 2 heures et 15 minutes, le personnage principal évolue dans le pénombre quasi-constante de bureaux affreusement laids. Au départ, on se demande si l’image est volontairement vieillie, mais non, la qualité infâme ne s’améliore jamais et même les mouvements de caméra semblent aussi hasardeux qu’un reportage des années 90 sur les Hackers.

Pas grave, entre les ralentis d’Invictus et les navettes de Space Cowboys, on a eu le temps de se rendre compte que les qualités esthétiques n’étaient pas la priorité de Clint Eastwood. Mais le fond, l’émotion et l’histoire sont-ils là ?

La réponse est oui, mille fois oui. Mille fois trop surtout. En deux petites heures, Clint essaye de nous raconter l’histoire de l’Amérique vu par  en dessous de la ceinture. Toutes les trois minutes, on change de président, en survolant les évènement forts à la volée. « Allô, JFK est mort », « Non monsieur Nixon, vous n’aurez pas mes documents secrets », « Nous allons faire tomber Al Capone », Bim Bam Boum… Au final, un patchwork d’histoires politiques mal foutues où on n’apprend pas grand chose et dont on sort frustrés.

Pour ne rien arranger on passe en permanence du passé au présent, avec une régularité fatigante. Les acteurs ont beau être justes et convaincants, c’est pas facile de jouer dans le noir avec un faux bide et deux kilos de maquillage sur la tronche. Et puis un moment, on en a marre de voir ces deux vieux tremblotants qui tournent en rond.

Alors que reste-il ? Une histoire d’amour touchante entre deux hommes au pays des réacs. Assurément, les scènes les plus intéressantes du film. Mais pas de quoi sauver le navire.

En Bref : Il ne faut pas aller voir J. Edgar. Clint Eastwood est meilleur dans les fables intimistes que dans les fresques historiques. Faute d’avoir un vrai point de vue, il empile les moments forts sans leur donner corps et on s’emmerde pas mal devant ce foutoir indigeste.

Et les oscars à venir me feront pas changer d’avis.

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Take Shelter. Parano, père, para-tonnerre.

Flip flop

Faut-il aller voir Take Shelter ?

Curtis LaForche pense qu’il va bientôt pleuvoir beaucoup. Chaque nuit, il rêve qu’un liquide jaunâtre transperce le ciel pour s’abattre sur sa famille, détruire sa ville et tâcher sa chemise. Alors il commence à creuser un trou pour cacher les siens. Mais pourtant, il fait beau.

Enfin, un film différent. Dés les premières images, le réalisateur affirme son indépendance. Ici, les codes, les genres et les familles sont embrouillés dans un scénario qui ne ressemble à rien d’autre. Les cauchemars de Curtis sont flippants comme des films d’horreurs, mais ils sont entrecoupés de longues scènes contemplatives et calmes, elles-même parsemées d’incursions dans le drame psychologique que traverse le héros.

Film catastrophe ? Film d’horreur ? Drame shakespearien ? Ce mélange des genres permet au cinéaste de multiplier les fausses pistes, sans jamais être prévisible. Mais avant tout autre chose, Take Shelter est un film d’auteur à forte personnalité. Après le brillantissime Shotgun Stories injustement snobé par le public, le jeune réalisateur Jeff Nichols continue d’assoir son regard unique, à la fois sobre et sombre. Un peu comme Terrence Mallick, sans les animaux et les monologues.

Malgré tout, on s’ennuie parfois un petit peu devant les silences pénétrés du héros. Sudiste taiseux jusqu’au bout des boots, Curtis LaForche n’est pas vraiment rayonnant. Mais qu’importe, l’interprétation de Michael Shannon suffit à donner de l’intensité à son mutisme. En face de lui, Jessica Chastain confirme que les rousses sont des actrices formidables quand elles ne sont pas Sandrine Kiberlain.

Et après un deuxième tiers un peu ramollo, le final arrive en douceur. Percutant comme un 36 tonnes à 140 kilomètres/heures sur le périph’ et d’une beauté renversante.

En Bref : Il faut aller voir Take Shelter. Parce que depuis que Clint Eastwood fait des films d’histoire casse-couilles, Martin Scorsesse des films pour enfants et Steven Spielberg des films de merde, il ne reste plus que Jeff Nichols pour faire des trucs différents.

Et très franchement, c’est pas du snobisme, mais un film s’apprécie beaucoup mieux dans une salle à moitié vide.

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  • Ni snob, ni beauf, le blog expéditif d'un mordu de cinoche. Ne me demandez pas d'être objectif, j'ai choisi d'être arbitraire.