Paris ! Paris ! On t’enfume !

Minuit à Paris

Mensonge éhonté de Woody Allen , avec Owen Wilson, Rachel McAdams, Marion Cotillard, Carla Bruni...

Sortie le 11 mai 2011.

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2 minutes 02 de : Elle est où Carla elle est où ? Dans ton …

Aujourd’hui, je décide d’aller me balader dans Paris. Mais pas dans n’importe quel Paris : le Paris de Woody. Celui fait de lumières scintillantes, de bateaux mouches romantiques et de petites rues poétiques.

Ni une ni deux, je me rends dans un hôtel des Champs-Elysées pour y établir mon camp de base. Sur place, un portier aux allures de proxénète, engoncé dans les habits de Spirou, me signifie gentiment mais fermement que je n’ai pas la tenue adéquate pour mettre les pieds dans son hôtel. Pas démotivé, je décide de me rendre dans le magasin Dior le plus proche, car comme dans le film, je veux pouvoir me balader avec mon sac Dior au bout du bras. Dans la rue, je suis surpris : les bâtiments sont fades, ternes. Rien à voir avec le film de Woody, où la saturation excessive des couleurs donne l’impression de se promener dans un magasin de bonbons.

Au détour d’une rue, je rencontre un joueur d’accordéon. Comme dans le film de Woody ! Mais ce que Woody ne dit pas, c’est que le pauvre homme est à la rue et dort dans un empilement de carton. La vie d’accordéoniste à Paris semble plus dure que prévu.

Au pied de la Tour Eiffel, je m’attends à être assailli par un océan d’amour et de tendresse, à zigzaguer entre les couples venus s’embrasser sous les jambes de la dame de fer. A la place, une dizaine de vendeurs à la sauvette me tombe dessus, exigeant que j’achète l’une de leurs breloques clinquantes en métal. Face à mon refus affolé, ils se mettent à me poursuivre, jetant dans mes yeux ébahis des petites tours Eiffel pointues comme des dards.

Je tente de héler un bateau mouche qui passe sur la Seine en contrebas pour m’échapper, mais le capitaine feint de m’ignorer, se contentant de m’adresser un signe incompréhensible, levant son poing dans ma direction et dressant son majeur. Dépité, je suis obligé de me rabattre sur un autre moyen de transport, qui n’existe pas dans le film de Woody. Cela s’appelle le métro. Un endroit sombre, sale, malodorant, où coexistent des gens étranges, qu’on ne voit jamais dans les film de Woody : Ici, ils ne sont pas tous blonds aux yeux bleus avec un sourire ultrabright. Beaucoup sont mal coiffés, mal rasés, blafards, et même pire… ils ont des couleurs de peau différentes !

Je m’imbrique façon Tetris dans une rame surchargée, troquant mon excursion en bateau mouche contre une expédition en wagon sardine. Je me penche alors vers mon voisin le plus proche, si proche d’ailleurs que je peux déduire son repas du midi rien qu’à sentir son haleine. Une chose est sûre : il n’a pas mangé au Fouquet’s, la cantine des héros de Woody.

« Cher monsieur, je suis amoureux de Paris ! » déclarai-je, à l’instar du héros du film, à ce charmant voisin. « Et moi de ta mère, alors vas te faire enculer connard » me répond t-il, masquant probablement son humour derrière une mine patibulaire. Sur ses conseils, je lui cède ma montre et mon téléphone portable, et finit par quitter la rame pour remonter à l’air libre et frais de Paris.

Quelques quintes de toux plus tard, je décide de m’asseoir à la terrasse d’un café pour apprécier cette après-midi presque ensoleillée. Je dis presque, car il pleut. Comme 171 jours par an en moyenne à Paris. Un persistant nuage de pollution nous préserve le reste du temps des aléas climatiques. Détrempé, je profite de mon coca-cola payé 8 euros, noyé par la pluie dans un océan de glaçons. Enfin, pas longtemps, puisque le serveur, aussi rieur qu’un président russe, me propose cordialement d’aller voir ailleurs s’il y est. Deux heures d’errance et de marelle entre les crottes de chien plus tard, je dois me rendre à l’évidence : il n’y est point.

Soudain, un dernier espoir surgit devant moi : belle, majestueuse, arachnéeeeeene, je vois Carla Bruni descendre d’une voiture juste sous mon nez. Sensuel agent immobilier chez Woody, je me dis que, peut-être, elle pourra m’emmener avec elle dans ce Paris idyllique que je cherche depuis si longtemps. Je m’approche d’elle et tapote sur son épaule, un grand sourire sur les lèvres. En une seconde, je me retrouve plaqué au sol par une équipe du Swat, un fusil entre les omoplates, une grenade fumigène dans la bouche. Je finis ma soirée dans une cellule nauséabonde, où fouilles corporelles et interrogatoires musclés vont rythmer ma garde à vue. Heureusement, mon collègue de cellule, Frédéric B., m’apprend qu’il est un habitué des lieux. Je l’interroge sur ce mystérieux Paris de Woody, impossible à trouver. Il me tend alors une petite poignée de poudre blanche : « La voilà, le clé du Paris de Woody ».

Soyons franc : Woody m’a menti. Paris, c’est pas magique.

Alors, ce film, on ira le voir ? Non. Autant, lorsque Woody Allen sublime Londres ou New-York, on est prêt à y croire. Fatalement, Paris, on n’y croit tout de suite moins. Du coup, Minuit à Paris, c’est comme le Père Noël : tant qu’on y croit, ça va. Mais une fois qu’on a découvert le pot-aux-roses, on a juste l’impression de se faire prendre pour un con.

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