Batman & Tobin Taxer les transactions financieres en Europe

6mai/110

Taxer la finance sans la faire fuire

La bouuuuurse

L’Europe peut-elle être le chevalier blanc de la finance morale dans un monde très libéral ? En taxant les transactions financières, l’Union cherche à montrer l’exemple, au risque de faire fuir les capitaux.

Limiter la spéculation, contrôler les flux financiers et faire payer la finance. En temps de crise, difficile d’être contre la taxe Tobin. A l’heure où les traders et les banques sont cloués au pilori pour leur absence de morale, la proposition leur demanderait de financer l’humanitaire européen. Dans les médias, on l’appelle la « taxe Robin des bois ». Dans les banques, ont craint de se tirer une flèche dans le pied.

Sur les 17 pays que compte la zone euro, tout le monde est pour la taxe, à l’exception des Pays-Bas. Ou plutôt, personne n’est contre. Nicolas Sarkozy chante les louanges de Tobin dans chaque réunion du G20 et même le très libéral Royaume-Uni n’y est pas formellement opposé. Officiellement, refuser de taxer la finance fait mauvaise figure. Pourtant, lorsqu’il s’agit de mettre la taxe en place tout le monde se dandine d’un pied sur l’autre.

Toi d’abord !

« Nous ne somme pas contre, clame Kirsty Bouret, une représentante de l’ambassade Britannique. Bien au contraire, nous sommes vraiment pour l’instauration d’une telle taxe. » Pourtant, le pays et les lobbys bancaires freinent des quatre fers. « Il faudrait que ce soit fait à un niveau global, plaide la diplomate. Ce n’est pas à nous de montrer l’exemple. »

En clair, tout le monde attend que les autres y aillent, personne ne se lance et le débat piétine. Votée en mars par le Parlement européen, la mesure est discutée en ce moment par la Commission. Pour le porte-parole du commissaire à la fiscalité, David Boublil, les timides ont des arguments. « Le risque principal, c’est la volatilité des valeurs financières, affirme-t-il. Une transaction a lieu en Europe, mais il est très simple de dire qu’elle a eu lieu à Singapour ou sur la Lune ».

Crainte de tous, l’exemple Suédois est pointé par les détracteurs de la taxe : dans les années 90, le pays a instauré un impôt similaire sur son marché financier. Résultat, la place suédoise a été désertée par les marchés et les sommes levées ont été dérisoires.

La peur ou l’idéologie

Pour l’eurodéputé d’Europe-Ecologie Pascal Canfin, la finance internationale n’est pas prête de faire ses valises. « En quittant l’Europe, vous perdez une immense influence politique et économique, assure-t-il. Dire ça, c’est comme affirmer que les riches vont quitter le pays si on créé des impôts. C’était le discours en France il y a un siècle et demi. » Selon lui, la véritable raison de l’opposition britannique est « idéologique », car il n’y a pas de raison de s’inquiéter pour le soutien des autres puissances financières.

« Au niveau mondial, tout le monde est d’accord pour le faire, mais personne n’ose se lancer, plaide l’eurodéputé. Je suis persuadé que si on met cette mesure en place en Europe, ça va faire réfléchir aux Etats-Unis. » Dans le pire des cas, il assure qu’un retour est possible si Londres et Paris perdent leur vitalité financière : « une taxe est aussi facile à faire qu’à défaire ».

Pour David Boublil, une telle politique n’est pas envisageable, tout comme l’idée d’une taxe à la carte. « La commission n’est pas favorable à une approche restreinte, déclare-t-il. Une proposition sera faite pour toute l’Europe. » Le but avoué : donner l’exemple. Pour l’instant, la proposition est donc entre les mains des commissaires. Malgré le puissant lobby bancaire, le projet devrait connaître une suite, selon David Boublil : « On ne peut pas ne pas faire de proposition ».

Corentin Chrétien

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