American Airlines : les conseils pour décoller

Check Raise se penche cette semaine sur la paire d’As. Cette fameuse main dont tout le monde rêve, mais qui peut s’avérer délicate à jouer.

La paire d'As, une main qui vend du rêve.

American Airlines, Rolls ou encore Rockets. Les surnoms donnés à la paire d’As sont nombreux. Les chances de l’avoir dans les mains, beaucoup moins. A peine 0,45%, soit une fois toutes les 220 mains. D’où l’intérêt de savoir pleinement en profiter quand celle-ci se présente sous vos yeux.

Un mot d’ordre si le croupier vous fait cette offrande face à plus de trois adversaires : attaquer ! Car si la probabilité de gagner le coup avec une paire d’As en tête-à-tête est de 85%, elle descend à 64% à quatre et passe même sous la barre des 50% au-delà de six joueurs. Une relance impressionnante pré-flop est donc indispensable pour écarter le plus de concurrents et réduire le risque de bad beat. Trois fois la grosse blind est un minimum pour à terme, se retrouver face à un ou deux adversaires. Et si vous êtes short-stack, aucune hésitation n’est permise.

Savoir jeter sa main

La paire d’As peut parfois être slow played, mais cela doit rester une exception. Ce sera notamment le cas lorsque vous êtes petite ou grosse blind et que la majeure partie des joueurs qui parlent avant vous se sont déjà couchés. Vous pouvez alors simplement caller ou checker pour tromper votre adversaire. Parfois, une toute petite relance peut aussi être considérée comme un vol de blind et peut donner envie aux plus téméraires d’aller vous chercher.

Si l’AA peut être une arme de destruction massive, il ne faut pas oublier qu’elle n’est pas invincible. 85% de chance de l’emporter veut aussi dire 15% de chance de perdre. Aussi difficile à jeter soit-elle, il faut savoir s’en débarrasser, peu importe l’argent qui a déjà été investi. Faites particulièrement attention aux flops qui peuvent amener des quintes ou des couleurs.

Enfin, règle principale quand vous avec la chance d’embarquer à bord du vol American Airlines, rester impassible, garder sa poker face. Recevoir une paire d’As procure souvent une très grande excitation et parvenir à la garder pour soi est déjà une petite victoire.

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Joe Hachem, ou l’ascenseur émotionnel

L’évènement : Five Diamonds World Poker Classic 2006

Le Bellagio accueille en cette soirée de décembre 2006, le Five Diamonds World Poker Classic, l’une des plus prestigieuses épreuves du World Poker Tour. Après avoir payé un droit d’entrée de 15 000$, quelques uns des meilleurs joueurs du circuit s’affrontent pendant une semaine pour tenter de remporter le million et demi de dollars promis au vainqueur, ainsi qu’un ticket pour le Main Event, finale du World Poker Tour.

Les joueurs : Joe Hachem VS David Redlin

Du beau monde se trouve autour de la table finale du Bellagio, notamment Daniel Negreanu et Mads Andersen. Mais concentrons nous sur les deux protagonistes du coup, en commençant par Joe Hachem : « Pass the sugar ». Trois mots qui ont fait la réputation du champion australien et qu’il a l’habitude de prononcer après un coup rondement mené. Une formule que ses adversaires ont pu entendre à foison. Né au Liban en 1966, Hachem est arrivé à Melbourne en 1972, où il est devenu chiropracteur. Atteint d’une maladie du sang, il abandonne son métier pour se consacrer au poker. Bien lui en a pris, puisqu’il comptabilise à ce jour plus de 10 000 000$ de gains en tournoi. Champion du monde en 2005, ce joueur qui possède une impressionnante faculté à déceler les faiblesses chez ses adversaires est l’un des rares à détenir un titre du Main Event des WSOP et du WPT.

Son adversaire du soir, David Redlin, 26 ans aujourd’hui, est bien loin de posséder la même renommée. Originaire du Michigan, il choisi de quitter « The Wolverine State » dès sa majorité pour rejoindre Vegas, et devenir joueur de poker professionnel… à sa manière. Redlin se consacre en effet quasi-exclusivement aux petits tournois, dont le droit d’entrée n’excède pas la centaine de dollars. Il compte sur ces satellites pour gagner sa place aux événements de plus grande envergure. C’est de cette façon qu’il s’est qualifié pour le Five Diamonds World Poker Classic de 2006. Avec un gain total de 364 489$ en tournoi, dont près de 255 000$ rien que pour le Five Diamonds de 2006, il est encore bien loin des plus grands.

Le coup :

Placé juste à gauche de la grosse blind (60 000 en jetons), David Redlin est le premier à parler. Avec son As/Dame dépareillé il n’hésite pas à relancer à 180 000 pour faire monter le pot à 320 000. Derrière, Andersen se couche. Idem pour Negreanu et Hanna. Hachem va lui toucher une paire de Dame. Après un rapide coup d’œil au tapis de son adversaire, il relance à 680 000. De quoi faire réfléchir un Redlin qui ne cesse de tripoter ses jetons. Mais après une vingtaine de secondes de réflexion, il décide d’envoyer son tapis, soit 1 405 000 en jetons, sous les acclamations du public. Hachem grimace, mais suit pourtant immédiatement. Inquiet, bien que sa main soit favorite, il demande à plusieurs reprises aux autres joueurs s’ils ont jeté un As. Comme à son habitude, il se cache – à moitié – les yeux en voyant le flop arriver. Deux 4 et un 7, qui ne changent rien à l’histoire. Ce qui n’est pas le cas du turn : Alors que l’Australien appelle une Dame, c’est bel et bien un As qu’il voit arriver sur la table. Si Redlin reste bras croisés, impassible, Hachem a lui toutes les peines du monde à garder son calme. Brusquement, il se lève de la table, scrute de nouveau la carte, comme pour être sûr qu’il n’a pas rêvé, puis regagne son siège, l’air dépité. A ce moment, il n’a que 3% de chance de remporter ce coup. Autant dire aucune. Et pourtant… Venue de nulle part, une Dame de carreau. Il bondit de sa chaise, serre les poings et va prendre dans ses bras l’un de ses amis. Abattu et quasiment battu quelques secondes auparavant, il s’offre un full lui permettant de sortir David Redlin. Un peu plus tard, il gagnera le tournoi. Du beau boulot.

L’avis de l’expert :

C’est un coup bien cruel que vient de subir le jeune David Redlin. Et pourtant, il aurait certainement pu l’éviter. Certes, une relance à 180 000 avec son As/Dame était bien vue. Mais il a sans doute été trop gourmand par la suite. Lorsqu’il est relancé par Hachem, qui plus est, à 680 000, il semble évident que l’Australien vient de toucher une – grosse – paire servie. A ce moment là, Redlin avait engagé moins de 10% de son tapis et aurait pu quitter le coup sans grand regret. Il est bien sûr tout proche de remporter le coup par la suite, mais cela n’est plus qu’anecdotique.

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Le « Kid » piégé comme un enfant

L’évènement : High Stakes Poker – Saison 2

Nous sommes en 2007, lors de la deuxième saison de High Stakes Poker. Dans cette émission diffusée sur la chaine câblée américaine GSN, les plus grands joueurs de Texas Hold’em s’affrontent en cash game avec leur propre argent. Si le buy in minimum est de 100 000$, il n’est pas rare de voir des joueurs entrer avec un tapis supérieur à 1.000.000$. Les participants, payés tout de même 1250$ de l’heure, prennent tous les risques en s’envoyant leurs liasses de billets, dans une atmosphère dont raffolent les téléspectateurs américains.

Les joueurs : Gus Hansen VS Daniel Negreanu

A coup extraordinaire, joueurs extraordinaires. Ici, Daniel Negreanu et Gus Hansen s’affrontent pour ce qui sera le plus gros pot de l’histoire de l’émission : 575.000$.

Le premier, après une arrivée difficile dans la « Ville du péché » en provenance de Toronto, a véritablement pris son envol en 1997 après deux victoires lors de tournois WPT. Un an plus tard, il devient le plus jeune joueur à remporter un bracelet des WSOP. Derrière son sourire et sa bonne humeur permanente qui lui valent l’admiration de nombreux fans, « Kid Poker » est réputé pour sa capacité impressionnante à lire le jeu de ses adversaires.

En face, le Danois n’est pas en reste. Professionnel depuis 1997, cet ancien champion de Backgammon a remporté trois tournois du WPT, et a également sept tables finales à son actif. Réputé pour ses prises de risques parfois insensées, il a aussi une capacité hors normes pour calculer les probabilités. En septembre 2010, « The Great Dane » remporte enfin son premier bracelet WSOP.

Le coup

Premier servi, Gus Hansen touche une paire de 5. Il mise immédiatement 2100$, et est tout de suite relancé de 2900$ par Daniel Negreanu qui reçoit une paire de six. Les autres joueurs jettent leurs cartes les uns après les autres, à l’exception du Danois qui call. Le flop donne des sueurs froides : 9, 6, 5, les deux champions trouvent un brelan. Hansen la joue slow play et check. Negreanu en profite et envoie 8000$. Une mise immédiatement suivie d’une relance de l’homme au crane rasé : 26 000$, payé sans hésitation par Negreanu. Et ce qui devait arriver arriva : Hansen, lâchant un rictus à peine perceptible, touche un autre 5. Avec son carré, il sent qu’il ne peut pas être battu. En face, avec son full, le Canadien aussi se sent fort. Après quelques secondes d’hésitation, il suit son adversaire sur une mise de 24 000$. Le pot monte et en est déjà à 111 700$. La river, un 8, ne change rien. « The Great Dane » veut attirer son adversaire dans un piège en checkant. C’est le moment que choisi Negreanu pour miser 65 000$. Une aubaine pour Hansen qui n’en demandait pas tant. Il lance immédiatement un « all in » qui fait bondir le Nord-américain de sa chaise. S’en suit près de deux minutes de mal de crâne, avant que ce dernier ne décide de le suivre. Sourire aux lèvres, Hansen montre ses cartes. Il vient de remporter  575 000 $. Debout, appuyé sur la table, « Kid Poker » ne peut que constater les dégâts. That’s Poker.

L’avis de l’expert

Negreanu aurait difficilement pu jouer autrement. Avec un full, sa décision de suivre le tapis de son adversaire est fort logique. D’autant plus qu’il avait déjà investi énormément d’argent auparavant. La seule critique qui pourrait lui être faite concerne plutôt la facilité avec laquelle il est tombé dans le piège du check raise tendu par Hansen.

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