Expo « Peurs sur la ville » à la Monnaie de Paris

La guerre à Paris…

Jusqu’au 17 avril, la Monnaie de Paris présente une très bonne expo sur la violence urbaine à travers des photos historiques, réelles et imaginaires.

Trois « raconteurs de guerres » (Paris Match, Michael Wolf et Patrick Chauvel), nous invitent à nous interroger sur la violence à Paris, quelle soit psychologique ou réelle. On découvre Paris sous les bombes, envahie par des chars. Les images choquent et c’est volontaire. Le visiteur est interpellé, ses repères sont bousculés. La guerre s’invite chez lui. En regardant ces photos, il se sent concerné et tente de comprendre une guerre d’habitude si lointaine.

Trois parties :

Au début, on découvre des photos d’archives de Paris Match. L’occasion de revivre les grands moments de l’histoire où la violence s’est déchainée dans Paris : images de la Libération, manifestations lors de la guerre d’Algérie, affrontements en Mai 68, attentats dans les années 70 et 80 (célèbre attentat de la rue des rosiers ou de la Poste) ou encore les émeutes urbaines de 2005. J’ai apprécié redécouvrir ces moments historiques à travers ces images d’archives. On oublie parfois la violence des attentats qui frappaient Paris il y a une trentaine d’années. J’ai beaucoup aimé le cliché d’une cour d’immeuble, transformée en hôpital improvisé après un attentat.

La seconde partie de l’expo est consacrée à la série Paris Street View de Michael Wolf. L’artiste nous présente une dizaine de « photographies

pixélisées », réalisées à partir de captures d’écran de Google Street View. Les images sont floues, mais on distingue un couple qui s’embrasse, une passante sur un pont ou encore un homme qui se rhabille. A travers ses clichés, Michael Wolf veut nous montrer que la caméra s’immisce dans notre vie privée et constitue une nouvelle forme de violence urbaine. La démarche est originale, son regard est intéressant. J’ai quand même  regretté qu’il n’y ait aucun titre ou remarque de l’auteur pour accompagner les  œuvres. Le visiteur reste avec ses questions, ne saisissant pas toujours ce que Wolf à chercher à nous montrer.

Et enfin, la dernière et la plus intéressante partie de l’expo : la série « Guerre ici » du célèbre reporter de guerre Patrick Chauvel. Cette partie fait toute l’originalité de l’expo (c’est ce qui m’a poussé à y aller…), un mélange de réel et de fiction.

A travers une série de photos-montages, Chauvel a voulu montrer à quoi ressemblerait Paris en temps de guerre. Pour cela, il s’est servi d’images des plus beaux monuments de la capitale et y a inséré ses clichés pris lors de ses nombreux reportages de guerre. Et Chavel a de la matière. Pendant 35 ans, celui que l’on surnomme « le photographe le plus fou de la planète » a couvert les plus grands conflits mondiaux: le Liban, le Salvador, l’Afghanistan, la Tchétchénie, Israël, la Palestine… Chauvel a voulu interpeller, nous forcer à essayer de comprendre. Pour une fois, la guerre est sous nos yeux, elle nous concerne. Sur l’esplanade du Trocadéro gisent les corps déchiquetés de soldats tchétchènes, des milices libanaises s’affrontent sur la butte Montmartre devant le Sacré Cœur, la Samaritaine brûle sous les flammes de Panama city… Et curieusement, ces clichés (bien que fictifs) sont frappants de réalisme. Chauvel nous invite à la vigilance , « la guerre n’est jamais loin ».  Derrière les clichés, un message : « pour apprécier la paix,  il faut être très conscient de la guerre ».

Le « raconteur », Patrick Chauvel s’explique sur BFM TV :

Dans cet extrait d’un documentaire d’Anna Pitoun, il raconte comment il s’y est pris pour réaliser l’expo « Guerre ici » :

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Rien que pour découvrir les photos-montages de Chauvel, l’expo vaut le détour. Les clichés sont de grande qualité, et j’ai été séduite par ce concept original et surprenant. Chauvel a réussi à choquer sans tomber dans la vulgarité. J’ai apprécié qu’il expose, en dessous de la photo montage, le vrai cliché pris lors d’un conflit. Car si l’image est une fiction à Paris, elle ne l’est pas dans d’autres pays. Parce que ça fonctionne trop bien, on pourra regretter qu’il n’y en ait pas assez. Deux salles et c’est déjà fini. On aurait aimé en avoir d’autres. Un conseil, évitez de vous y rendre le weekend. Il y a la queue à l’entrée, à l’intérieur les salles sont bondées et vous n’aurez pas forcément la place pour admirer les clichés. Autre bémol : il manque vraiment d’explications. On aimerait en savoir plus sur les images, sur la démarche des « trois raconteurs », sur ce qu’ils ont voulu nous montrer.

Infos pratiques :

« Peurs sur la ville »
Du 21 janvier au 17 avril 2011
Tous les jours de 11h à 18h, sauf le lundi
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h30
Tarifs : 6 € ; réduit : 4 €

La Monnaie de Paris, métro Pont Neuf

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