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15mar/110

Mobilisation contre la reforme de la psychiatrie

Par Baptiste Condominas

Suite à l'appel du collectif des 39, plusieurs centaines de personnes se sont mobilisées mardi 15 mars contre un projet de loi jugé sécuritaire et liberticide, à quelques heures de l'ouverture des débats au Parlement.

Rassemblement place Herriot, le 15 mars, crédit : La Marge

Devant l'Assemblée nationale, une foule colorée assiste à un étrange spectacle. Un médecin administre des injections avec une seringue géante, insensible aux plaintes de ses patients. Il hurle, gesticule, s'en prend à tout ce qui lui semble anormal. « Les médicaments, il n'y a que ça de vrai, après on fera des tests par ordinateur » clame-t-il, avant de lancer « L'accueil chaleureux, ce n'est pas scientifique ! ». Mais au-delà du rire, c'est l'inquiétude de voir une psychiatrie à visage humain disparaître.

Adopté en Conseil des ministres le 26 janvier le « projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l'objet de soins pyschiatriques et aux modalités de leur prise en charge » doit être débattu dés le 15 mars au Parlement. Hospitalisation et soins sans consentement, surveillance renforcée, fichage des patients...autant de mesures qui rendent cette « loi indigne d'une démocratie » selon Antoine Machto, psychologue et membre du collectif. Derrières ses lunettes et sa moustache, il est catégorique, « cette loi annonce la destruction du soin psychique ». « Le soin, c'est la relation humaine et thérapeutique. C'est le soin au quotidien sur la longue durée » poursuit le jeune homme. « C'est un projet de déresponsabilisation, qui base tout sur les médicaments... ».

La pétition du collectif des 39 a déjà rassemblé 21 000 signatures, dont celles d'Edgar Morin et de Stéphane Hessel. Avec le soutien de certains politiques, comme la députée verte Anny Poursinoff ou les socialistes Catherine Lemorton et Marylise Lebranchu, le collectif des 39 entend « barrer la route à ce projet de loi, avec son retrait total, non discutable. » insiste Antoine Machto. L'initiative a été largement suivi dans le milieu, autant par les syndicats que par les associations.

C'est le cas des Temps Mêlés, qui organise régulièrement des ateliers artistiques avec des malades de l'Essonne. Encadré par deux musiciens aux allures de clown, Denis Reynaud, médiateur de l'association, considère que cette loi « s'en prend à une catégorie de personnes déjà souffrantes, elle les stigmatise et les marginalise. Elle associe la maladie mentale à la délinquance... ». « Il n'y a pas d'argent, mais ils ont débloqué un budget pour la sécurité, des caméras, des grillages. Rien pour les soins humains et les formations... » déplore-t-il. Un virage sécuritaire entamé en 2008, suite au meurtre d'un étudiant par un schizophrène à Grenoble. Le président avait alors promis un traitement sécuritaire des malades mentaux en relançant une réforme retirée en 2007.

Face à la politique du gouvernement, les banderoles répliquent : « Non à la Sarkopsy », « Un pour tous, tous contraints » ou « liberté je t'aime à la FOLIE ». Autour d'un bureau de consultation improvisé, les intervenants et des petits spectacles se succèdent. Médecins, spécialistes, patients et parents témoignent. On joue une scène de Monsieur de Pourceaugnac dans des déguisements sommaires. Au milieu de la foule, un sac de grain abandonné trône sur une chaise de jardin. On peut y lire « grains de folie ». Probablement pour en semer quelques uns dans l'Assemblée nationale.

Le "bureau des consultations" du collectif des 39, crédit : la Marge

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