La Marge Raconter la vie des autres, de ceux mis a l'index. Parce que dans la marge, on ecrit toujours en rouge.

2mai/110

Quand des mal-loges defient Bertrand Delanoe

par Juliette Droz 

Vendredi dernier, Le Centre de formation des journalistes accueillait Bertrand Delanoë pour répondre aux questions des étudiants. Invité-surprise, le collectif des Mal-Logés en Colère a tenté d'intercepter le maire de Paris.

Une cinquantaine de militants a tenté de pénétrer dans l'établissement. (Photo Jean-Charles Barès)

Un mégaphone dans une main, un gamin dans l’autre, une femme en boubou beige lance la première salve : « Police partout, logement nulle part. On veut Delanoë, libérez les mal-logés ». Autour d’elle, une cinquantaine de voix résonnent en écho. Les mains claquent en rythme. Dans le cortège, ni étendards ni banderoles, mais des poussettes et des enfants en bas-âge. 

Sur le perron du Centre de formation des journalistes, situé rue du Louvre, le collectif des Mal-Logés en Colère fait entendre sa voix. Ce midi, Bertrand Delanoë vient répondre aux questions des étudiants en journalisme. « Notre collectif n’a jamais été reçu ni écouté par le maire, depuis sept ans que nous en faisons la demande, précise le tract qui circule de main en main. Pour une rencontre avec son cabinet, il nous faut mener une dizaine de manifestations. »

25avr/110

Ils squattent un ancien centre aere et revent d’autogestion

par Juliette Droz (envoyée spéciale en Dordogne)

Depuis un mois un collectif occupe un centre de loisirs inoccupé depuis 2005. Le tribunal de Périgueux vient de confirmer leur expulsion, mais les squatteurs tiennent bon.

Photo Jean-Christophe Sounalet (Sud-Ouest).

«Nous, collectif informel du village Kon'kret, avons occupé l'ancien centre aéré de La Daudie, propriété de la mairie de Périgueux, depuis le 25 mars.» Refusant de décliner leur identité, deux individus ont remis un communiqué à la presse locale vendredi 16 avril en fin d'après-midi. La veille, ils comparaissaient devant le tribunal de grande instance, pour répondre d'une procédure d'expulsion lancée par la mairie. Le jugement a confirmé l'expulsion, mais les squatteurs s'accrochent.

Pour eux, pas question de quitter les locaux de l'ancien centre de loisirs. "Nous voulons créer un squat politique marquant un certain refus de la société. Nous sommes tous en situation précaire et avons envie de construire quelque chose", ont-ils déclaré. Discrets, ils ont refusé de dire combien de personnes occupent actuellement les locaux de l'ancien centre de loisirs.  Ce n'est pas la première fois que la Daudie est occupée de manière ponctuelle, mais cette initiative est la première qui se veut politique, et résiste sur la durée.

Sur le domaine de 23 hectares inoccupé depuis 2005, le collectif rêve d'un village autogéré. D'une  maison dans la prairie où ils vivraient éloignés du monde. Tout ce qu'ils veulent, c'est cultiver des patates et qu'on leur fiche la paix. "La liberté ne se mendie pas, elle se prend", avance un des membres du collectif. Si l'initiative prend racine, Village Kon'kret a des idées pour la Daudie : créer un lieu de rencontre pour les personnes itinérantes et pour ceux qui chercent un mode de vie alternatif.

Malgré l'acharnement du collectif, ces projets pourraient bien être tués dans l'oeuf. Le site de la Daudie, situé sur les hauteurs de Saint-Laurent-sur-Manoire semble avoir trouvé preneur. A ce jour, la discrétion entoure le dossier, mais le projet envisagé est à vocation touristique. Maisons dans les arbres et sur pilotis, services de restauration, golf à  9 trous avec club-house...Adieu veau, vache, cochon, couvée. Après 5 années de mise en jachère du site, la mairie est partie pour faire une pierre deux coups. Déloger les indésirables et rendre la région attractive. Mais pour l'heure, la petite maison dans la prairie est toujours là et ses habitants se cramponnent aux portes.

31mar/110

Musulmans et Homosexuels

Par Valentine Pasquesoone

Ils parlent d’une “double discrimination”. Samy, Nelson, Assia et Djamel sont membres de l’association HM2F, Homosexuels Musulmans de France. Gay, musulman: deux identités fièrement revendiquées mais encore difficiles à accepter. Et surtout, à faire accepter. Dans leurs environnements familiaux comme au sein de la communauté gay, peu, aujourd’hui, pensent l’islam et l’homosexualité comme pleinement compatibles. Face au rejet, ils voient désormais leur foi comme un cheminement personnel. Une relation unique “entre Dieu et moi”, quoiqu’en disent les autres. Rencontre.

22mar/110

Salaries francais, mais pas citoyens…

Par Eric Kuoch

A La fin 2010, les travailleurs sans-papiers ont décidé d'occuper la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration, à la Porte Dorée, à Paris. La France représentait une terre d'abondance pour eux. Maintenant, ils se battent pour se faire régulariser. Maciré Tandia fait partie de ces travailleurs anonymes à la marge de la République.

crédit : Cité de l'Histoire de l'Immigration/Eric Kuoch

Il avait 21 ans quand il a "débarqué Terminal D" à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Rien que le nom du général avait un goût de France. Un goût qui lui a pourtant laissé un sentiment d'amertume.

Il est sorti de l'avion par l'avant. Un symbole. Il avait "un passeport et un visa d'entrée valides". Et pourtant. Le flot des passagers, revenus de vacances, s'est déversé vers la sortie du contrôle des douanes. Lui, le "campagnard ", venu de la région de Kaï, au Mali, sans les artifices des citadins de Bamako, s'est fait arrêter. "Asseyez-vous là monsieur, restez tranquille dans le coin", lui a lancé le douanier, impassible. Il a attendu une demi-heure. Puis on l'a emmené dans le local réservé à "ceux qui ne sont pas en règle". Pour finir, un policier a observé ses papiers avant de lâcher "Si tu veux y aller, c'est bon". Il était 2 heures du matin. C'est ainsi qu'il a découvert pour la première fois Paris.

>> Lire la Suite de l'article sur le site de l'Ecole de Journalisme de Sciences Po Paris >>

13mar/112

David, SDF : « Je meurs si je ne suis pas rase de pres »

Par Judith Duportail

Depuis dix ans. 133 000 personnes se demandent tous les jours comment manger, où dormir, comment se laver. Etre digne, quand on a ni travail ni logement. Quand la vie se résume à trois lettres : SDF. David est l’un d’entre eux. Nous l’avons suivi dans son combat pour ne pas sombrer.

crédit : Flickr/CC/Ludo29880

David change de chaussettes deux fois par jour. «Je marche toute la journée, je ne veux pas puer des pieds», explique-t-il en posant sur un radiateur la première paire de la journée qu’il a lavée à la main. Il s’assoit sur une chaise à proximité sans quitter ni son chapeau ni son manteau. «Je me lave tous les jours, je meurs si je suis pas rasé de près. Ma hantise, c’est d’être sale». Alors il se débrouille, entre les douches, les lavabos et les machines à laver des centres d’accueil, comme ici, à La maison dans la rue dans le 12ème arrondissement de la capitale. «Je m’achète dès que je peux du gel douche antibactérien en pharmacie, poursuit David, ça coûte 10 euros, tant pis si je ne fume pas pendant plusieurs jours. Je ne veux pas attraper des puces, vous imaginez, des puces...comme un chien.»

20fév/110

Man on the run

By Agnes Bun

Souhalito Timité - crédit : Agnès Bun

Souhalito Timité does not walk, he runs. Especially this morning, as he is late for his soccer practice. At the stadium, the game has not started yet. The other players are shivering. Timité only wears a light jacket, but he does not feel the cold. He lights a cigarette, kicks imaginary balls, and asks for the time, twice.

In soccer, Timité is a striker. But in life, he is a runner, who spent most of his existence running away. First from the Ivory Coast rebel army, who enlisted him as a child soldier. “My life was in danger,” he says. Then from the French police. Timité may be a political refugee, but according to the French law, he is an illegal immigrant.

14fév/110

Elsa, femme de taulard

par Eric Kuoch

Elsa (1) se bat pour un homme condamné à 15 ans de prison ferme pour viol et inceste. Entre rejet, solitude, et incompréhension, elle vit la prison de l'extérieur. Cette exclusion sociale, elle en a fait son cheval de bataille.

Prison de Seodaemun à Seoul Corée du Sud - crédit : Flickr/CC/Dar

Elle est assise sur le muret et personne ne pourra l’en déloger. Elle a raison et va le prouver. À la maison d’arrêt de Fresnes, personne n'a le droit de s’asseoir ou sauter par dessus « la murette » qui sépare détenus et visiteurs. Mais Elsa, 41 ans, n’est pas du genre à se laisser impressionner. Lorsque les matons lui ordonnent de descendre, elle brandit la copie d’une loi de 1983 qui interdit toute « séparation au parloir ». Elle l’avait glissée dans une de ses poches. « Vous n’avez pas honte ? Vous en prendre à une femme d’à peine 1,58m! » leur lance-t-elle, furieuse. Le directeur, prévenu de l’incident, intervient. Il lui donne raison. Victoire.