Qui n’aime pas voir défiler la garde républicaine le 14 juillet sur les Champs-Élysées ? De beaux cavaliers qui paradent glorieusement en uniforme, soignant leur allure et celle de leur monture, le regard droit et fier, ah cela fait bien! Il va sans dire…

Demandez aux Parisiens s’ils ont apprécié leur long cortège du 1er mars à travers la capitale en l’honneur de la visite de Jacob Zuma, le président sud-africain.

Moi qui me trouvais place de la Concorde au moment de leur passage, je les ai observés pour voir la direction qu’ils prenaient et savoir quel chemin emprunter pour me rendre à mon lieu de rendez-vous: la place de la Bastille.

Le plus court, ou peut-être le plus simple en des temps plus cléments, c’est-à-dire au milieu de la foule quotidienne mais habituelle d’un mardi soir à 19h00, ce sont clairement les quais.

J’observe donc les merveilleux symboles ambulants de la République bien gardée, et je vois que le convoi va justement pour prendre mon chemin de prédilection.

Dépitée d’abord, je réfléchis un court instant à l’itinéraire bis intelligent que je pourrais suivre. Trente secondes de fulgurance aboutissent à la conclusion pas moins brillante qu’il me faut prendre des petits chemins de traverse, fureter avec les embouteillages des grands axes et récupérer les quais plus loin avant que la malédiction hippomobile ne s’abatte définitivement sur ma route.

Fière de ce subterfuge parfait je pars sur les chapeaux de roues, conseillant à mon passager de s’accrocher pour éviter que la conduite sportive que je lui prépare ne le fasse virevolter. Mes beaux espoirs sont vite ternis par la réalité d’une circulation monstrueuse, que dis-je, une absence totale de circulation. Des voitures à l’arrêt, partout, n’importe comment, un fatras sans nom de véhicules bloqués.

Paris en pire que d’habitude! Un Paris dans un tel état que je n’ai jamais autant prononcé ma phrase favorite quand je suis aux commandes: « Mais regardez-moi ce c…!!!!! » Mugissant des insultes à n’en plus pouvoir trouver de nouvelles pour me renouveler, j’ai fini, exténuée, par rejoindre mes fameux quais tant recherchés au niveau de Saint-Germain l’Auxerrois.

Et là, que vois-je? Ébahissement, pour ne pas dire crise d’apoplexie en suspens; devant moi la garde républicaine.

Nouvelle crise de langage et échauffement cérébral.

Je remonte la file des voitures au ralenti moteur pour me retrouver dans la meute des deux-roues impatients, collant au plus près le gendarme à moto qui ferme la marche officielle du défilé.

Impossible de doubler ces lenteurs chevaleresques: nous sommes condamnés à suivre, au rythme effréné de 5km/h, la cohorte chevaline.

Nous avons dû faire une pause de 5 minutes (une éternité dans pareille situation). J’en profite alors pour demander à un gendarme le pourquoi de ce cauchemar citadin. « C’est pour le président africain » me répond le bonhomme bleu.

J’avais envie de lui demander lequel, mais face à son air concentré et sûr de lui j’ai renoncé. J’ai pris un air entendu et me suis abstenue de lui faire remarquer que l’Afrique n’était pas encore un État mais un continent. Et que lorsque l’on dit « le président africain » ce n’est pas comme quand on dit » le président américain », mais plutôt comme si on disait « le président asiatique ».

Bref, nous avons poursuivi notre route. Trente minutes, au pas, entre les crottins de cheval, les piétons hilares, les deux-roues malhabiles à petite vitesse et une crampe que je sentais venir dans ma main gauche (celle de l’embrayage, mis à trop rude épreuve dans cette situation extrême…).

Lorsque je l’ai ai vu qui ne poursuivait pas sur les quais mais tournait boulevard Henri IV, à savoir le boulevard qui mène à la Bastille, je n’ai pas m’empêcher de crier à la conspiration.

A bout de patience, j’ai tourné la tête à gauche, et bifurqué d’un coup d’accélérateur sur le trottoir d’en-face que j’ai consciencieusement remonté, me foutant royalement des regards désapprobateurs des piétons, outrés que je me permette tant d’incivilité, et prête à dégainer à la moindre remarque désobligeante d’un passant mécontent ou, mieux encore, d’un représentant du (dés)ordre en faction. Déception, personne n’a osé.

Arrivée devant la centaine des cavaliers flâneurs, la voie était libre jusqu’au génie et un bon coup de gaz pour ébrouer ma moto trop longtemps frustrée d’avoir eu à ronger son frein m’a permis d’arriver comme une fleur sur la place, vide…

Moralité:

Quand le président africain vient voir Paris, on met 1h00 pour faire 4 km !

Pour info: Concorde-Bastille = 4,3 km (de quais), soit 11 minutes de trajet en temps normal parisien…

LPM.

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