Une matinée comme une autre, un parcours sans embûche, un trafic assez calme, aucune raison d’énervement particulière. Repérage du parking où ma moto devrait gentiment m’attendre jusqu’au soir, petit coup d’oeil dans le rétro, mise en marche du clignotant gauche, amorçage de la bifurcation vers le trottoir et là un motard qui me double à fond. Je peste intérieurement : « pouvait pas passer à droite ! » Je continue mon chemin, lent vers le trottoir quand j’entends derrière moi un : »ahahahaha ! » et boom ! Je sens un impact à l’arrière de ma moto. Quelques secondes plus tard, me voilà debout, la moto par terre, entre mes jambes.

Coup de sang. Ma moto toute neuve qui vient de terminer son rodage de jeune fille, qui sort à peine la veille au soir de sa première visite chez le docteur Yamaha qui l’a trouvée en pleine forme, ma moto toute jolie, gît par terre…

La colère me fait voir rouge. Je retire mon casque, tournant mes regards assassins vers le propriétaire du « ahahahah » qui a précédé le choc. Je lui lance, oubliant toute forme de politesse : « Mais ça ne va pas, non ? Qu’est-ce que tu fous, bordel ? » Je vois alors un petit jeune homme à côté de son vespa 50 cm3 me baragouiner des mots que je n’entends même pas. Je continue dans ma fureur : « ça va pas de doubler quelqu’un qui tourne à gauche !! »

Le petit bonhomme ne se démonte pas : « Mais vous n’avez pas mis votre clignotant ! » Là, prise d’un doute d’une demi-seconde, je regarde mon gisant, qui clignote encore. « Tu te fous de moi ! Regarde, elle clignote encore ! »

Voyant cela, le vespiste me rétorque : « Bah, euh.. oui mais tu l’as mis trop tard… »

Non mais là je ne tiens plus, il se fiche de moi. Je ne sais plus ce que je lui réponds mais je n’ai jamais tant crié sur un inconnu.

Deux agents de police chargés de mettre des PV aux inconvenants, arrivent. L’un d’eux me proposent ses services pour redresser ma triste moto. Je la remet d’aplomb. Comble d’énervement, le rétro-viseur droit a rendu l’âme dans la chute.

Le petit bonhomme en vespa s’approche, me demande si je n’ai rien. Non je n’ai rien, mais j’ai un rétro en moins et ça ça m’agace. Je lui demande si lui n’a rien, pour la forme. « Un peu mal au pied mais ça va ». Je n’ai qu’une seule envie; lui répondre que je me fous de son pied comme de l’an 40. Et le scooter ? « Oh ça je m’en fiche. Du moment qu’on n’a rien ni vous ni moi, c’est l’essentiel ».

Oui c’est sûr, il est mignon. Forcément, lui son scooter, il est tout vieux, tout pourri, il s’en fout d’avoir un rayure en dessous. Moi non.

Je ne réponds rien. Je prends sur moi, mon rétro dans la main.

« On fait quoi ? Un constat ? »

Sur le coup de l’émotion, de l’énervement, je fais l’erreur de dire non. Je me dis que pour un rétro, ça n’est pas forcément indispensable. Et puis, j’ai surtout envie qu’il s’en aille ce petit crétin.

Il me laisse son nom, son numéro : « Au cas où, s’il y a le moindre truc, vous m’appelez ». Je lui donne mes coordonnées en échange.

Quand j’enfourche ma moto un peu plus tard je me rends compte que mon guidon s’est tordu en tombant. Je m’énerve à nouveau. J’appelle mon bonhomme. Nous nous fixons rendez-vous pour un constat le soir. Il me dit qu’il viendra avec son papa. Mon petit bonhomme est plus jeune que croyais…

J’emmène ma mère avec moi. Je ne veux pas être seule contre deux. Finalement, ils sont trois. Un jeune barbu en survêtement et casquette les accompagne.

Après m’avoir expliqué pendant trois quart d’heure que j’étais en tort, que je n’avais pas mis mon clignotant, que je n’avais pas regardé dans mon rétro et que je lui avais coupé la route tout d’un coup alors que le pauvre garçon roulait sagement sur sa petite file, le scooteriste de mauvaise foi conclut en disant : « Chacun sa version, moi j’ai vécu les choses comme ça ». Il l’écrit sur le constat.

Mais c’est parfait mon grand ! Sans avoir manqué de lui faire remarquer que ça ne m’amusait que modérément de me déplacer pour rien et que si c’était pour raconter n’importe quoi, il n’était pas nécessaire de me fixer un rendez-vous mais qu’il eut été plus simple de me dire que c’était trop tard et que le constat aurait dû être fait sur le moment, ce qui est bien vrai (et il aurait eu raison de m’envoyer promener), je lui demande avant de partir : « Es-tu conscient, au moins, que sur un constat, qui est papier officiel en quelque sorte, tu as écrit un mensonge ? » Dans les yeux, il répond : « Oui ». Moi : »Tant mieux ! Bonne soirée !  »

Le lendemain, c’était son anniversaire. 19 ans. Une belle vie l’attend ce jeune homme.

Et pour moi, 70 euros de rétro, et un tube de guidon en commande.

LPM.

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One Response to Et un rétro, un !

  1. blumi dit :

    Je te reconnais bien là !

    Mais même si ce petit moment a été plus que désagréable pour toi, cela a été un moment très agréable de lecture pour moi.
    Non pas que je me sois réjouis de la perte de ton rétroviseur et de la chute de ta nouvelle moto ( très belle) , mais cet article m’a fait beaucoup rire. T’imaginer gueuler sur ce vespariste !

    Bon courage pour les réparations et à bientôt

    la bise

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