Le point sur le réchauffement climatique

(source : www.maxisciences.com)

Le problème, avec les esprits sceptiques par principe, c’est que leur logique de doute perpétuel éteint toute velléité d’action et de décision.
Aucune vérité n’est absolue et toute connaissance, que ce soit en science, en politique ou dans n’importe quel aspect de notre vie, est toujours susceptible d’être remise en cause. Partant de ce constat, il faut bien accepter la part d’incertitude entourant chacune des données sur lesquelles s’appuient nos réflexions. A défaut de quoi nous serions tous condamnés à devenir des larves léthargiques terrorisées à l’idée de prendre la moindre décision.

Ce danger guette notamment les climato-sceptiques.

Parce que leurs critiques incessantes menacent d’immobilisme la lutte nécessaire contre le réchauffement climatique, voici un petit récapitulatif des raisons pour lesquelles il est urgent de ne plus les écouter.

Le globe brûle-t-il ?

La température moyenne de la Terre a augmenté de 0,6°C au XXe siècle. Elle a plus précisément augmenté de 0,8°C (avec 0,2°C de marge d’erreur) depuis 1870. En France, la température moyenne au XXe siècle a augmenté de 0,9°C.

Ce constat est partagé par de nombreuses organisations scientifiques à travers le monde. Les données de la NASA, celles du NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) ou pour la France celles du CNES (Centre national d’études spatiales), de Météo-France, du CNRS, du CEA et de nombreux autres organismes de recherches dont les recherches sont synthétisés ici, confirment toutes la même évolution climatique.
Ce constat est également étayé par les données de nombreux autres centres de recherche à travers le monde, dont beaucoup alimentent les rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

La multitude des sources scientifiques sérieuses, renommées, et indépendantes les unes des autres concluant à un réchauffement notable de la planète devrait suffire à rendre leur analyse digne de confiance. Certes, des erreurs ponctuelles peuvent exister. Des personnes climato-sceptiques s’en servent régulièrement pour crier à la conspiration et alimenter leur théorie du complot. Mais la convergence d’études aussi diverses que sérieuses rend difficilement soutenable la thèse d’une manipulation volontaire des données, qui serait le fruit d’un complot planétaire monumental, coordonné par de méchants scientifiques et dont on ne comprend d’ailleurs pas très bien quelle serait la finalité…

Le réchauffement est en partie dû à l’homme

L’effet de serre est un processus par lequel une matière piège une partie de l’énergie des rayons solaires, entrainant un réchauffement de l’atmosphère. Certains gaz émis massivement par l’homme, comme le CO2 ou le méthane, sont connus comme de puissants gaz à effet de serre (GES). De ces deux assertions découle une conséquence logique : plus l’homme émet de GES, plus la température de l’atmosphère tend à augmenter.

Ce phénomène est confirmé empiriquement par l’analyse de données établissant une corrélation entre la quantité de CO2 et l’évolution des températures dans l’atmosphère. Le réchauffement climatique actuel coïncide avec l’explosion de la quantité de CO2 relâchée dans l’atmosphère depuis la révolution industrielle du XIXe siècle. (Rappelons qu’au-delà de ces corrélations, le lien établi entre GES et réchauffement de l’atmosphère s’appuie sur un long travail d’analyses scientifiques, notamment en spectrophotométrie).

(source : NOAA)

Pour prendre la mesure des bouleversements potentiellement engendrés par l’homme, certains chiffres sont éloquents : depuis 400.000 ans, la concentration en CO2 de l’atmosphère varie entre environ 180 et 280 ppm (parties par million). Depuis dix mille ans, le niveau de CO2 est resté extrêmement stable, se situant entre 270 et 280 ppm. En un peu plus d’un siècle, l’homme a fait passer cette concentration à 380 ppm, un niveau jamais atteint depuis 800.000 ans.

Les arguments fallacieux des climato-sceptiques

On comprend sans peine comment la concentration de GES dans l’atmosphère influe sur la température du globe. D’autres facteurs jouent toutefois un rôle primordial dans les changements climatiques que subit notre planète.

L’activité solaire, par ces nombreux cycles, l’inclinaison de la Terre, les variations de son orbite, comptent parmi les phénomènes essentiels expliquant les grandes variations climatiques, comme les cycles glaciaires-interglaciaires rythmant la Terre tous les 100.000 ans. Un argument récurrent des climato-sceptiques consiste à dire que ces évènements astronomiques expliquent à eux seuls le réchauffement actuel, rendant la responsabilité de l’homme tout à fait négligeable.

C’est faux pour plusieurs raisons. D’une part, les modèles des scientifiques étudiant les causes anthropiques du réchauffement climatique prennent en compte ces différents phénomènes, qui à eux seuls n’expliquent pas les évolutions constatées. On pourrait d’autre part leur retourner l’argument : l’activité solaire étant actuellement très faible, comment expliquer, si l’on exclue l’influence des émissions de GES, que la planète ne ce soit pas refroidie depuis une dizaine d’années ? La décennie écoulée est au contraire la plus chaude jamais enregistrée, même s’il est vrai que l’on constate également une stagnation des températures depuis lors. Mais cette interruption du réchauffement n’est pas une preuve de l’inexistence de celui-ci ni de l’absence de rôle joué par les GES.
Au contraire, si l’on ne tenait compte que de l’activité solaire et des phénomènes climatiques habituels, comme le phénomène océanique El Nino, la tendance « naturelle » du climat serait clairement au refroidissement. Paradoxalement, cette stagnation est la preuve d’un réchauffement climatique persistant sur le long terme, causé par un élément annihilant en partie le rôle refroidissant des autres facteurs influençant le climat : en l’occurrence, les gaz à effet de serre émis par l’homme.

En clair :

De nombreuses données, fiables et précises, référencées au fil de ce post, permettent de conclure que : la Terre se réchauffe, à une vitesse brutale et inédite ; ce réchauffement est pour partie dû aux activités humaines, émettrices de gaz à effet de serre.

Ce phénomène est contesté par certains scientifiques, blogueurs, journalistes et autres personnes climato-sceptiques. Beaucoup de leurs arguments sont contredits et trouvent des réponses logiques. Face aux polémiques incessantes, l’Académie des sciences a elle-même pris position en octobre 2010, sur demande de la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, et a conclu à la réalité d’un réchauffement climatique anthropique.

Il serait vain d’attendre, pour agir, d’obtenir un consensus sur le changement climatique et sur ses causes, de la part de l’ensemble des scientifiques ou spécialistes auto-déclarés. Aucune décision, dans l’histoire de l’humanité, n’a jamais été prise sur la base d’une vérité absolue et reconnue comme telle par l’intégralité des membres d’une communauté. Nous disposons cependant aujourd’hui du recul, d’informations et d’arguments suffisants pour tenter légitimement de lutter contre le réchauffement du climat et sa part anthropique, en s’affranchissant des doutes distillés par les climato-sceptiques.


Hervé Le Treut, Influences humaines sur le… par les_ernest

Publié dans Climat | Laisser un commentaire

Yamuna, le fleuve mourant de Delhi

Enquête-reportage sur la pollution dramatique du fleuve traversant la capitale de l’Inde, à lire ici.

Ambiance :


Yamuna, le fleuve mourant de Delhi par vincentlucchese

Publié dans Reportage | Marqué avec , , , , | 2 commentaires

Vade Retro, Créationnisme !

droits réservés : www.nioutaik.fr

Parler ou débattre d’écologie nécessite au minimum de s’exprimer dans le même langage, de partager un socle de sens commun. Les assauts croissants du créationnisme, jusque dans la communauté scientifique, remettent en cause ce socle. Comment parler de biodiversité ou du fragile équilibre de l’écosystème avec des gens qui considèrent que tout, dans la nature, est figé et immuable, ainsi que l’a voulu le « Créateur » ? En plus d’être une insulte à l’intelligence humaine, le créationnisme est un danger pour la science et l’avancée des connaissances. Aussi, avant de parler d’écologie faut-il se protéger clairement contre de telles aberrations et leurs défenseurs.

« Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas », aurait prophétisé en son temps André Malraux. De nombreux hommes politiques et religieux aiment aujourd’hui à fleurir leurs discours de cette citation.

D’abord, André Malraux n’a en réalité jamais rien affirmé de tel. Ensuite, s’il s’avérait exact que nous assistons, dans notre époque aux multiples crises anxiogènes, à une recrudescence de la demande de spiritualité, ce ne serait toujours pas une raison pour accepter que les religions nous reviennent avec leurs vieux relents de stupidité arrogante et leur armada d’absurdités prosélytiques.

Ou pour faire dans le concret : ce n’est pas parce que des Chrétiens ont absolument le droit de croire au récit de la Bible si ça leur chante qu’il faut pour autant rester les bras croisés face à la progression des thèses du créationnisme.

Une enquête parue fin janvier dans Science et relayée par le blog de Sylvestre Huet, révèle que plus de la moitié des professeurs américains de biologie n’enseignent pas la théorie de l’évolution ou la présentent à égalité avec le créationnisme.

Le phénomène parait certes être bien moins virulent en dehors du territoire américain. Mais il n’est pas rare que des idées et évolutions outre-Atlantique préfigurent leur arrivée en Europe quelques années, voire décennies plus tard. D’inquiétantes incursions des thèses de ces fondamentalistes religieux sur le Vieux Continent se sont par ailleurs multipliées ces dernières années.

La théorie de l’évolution, présentée par Charles Darwin en 1859 dans son ouvrage, De l’origine des espèces, reste une théorie. Elle connait des variantes, subit des critiques et fait l’objet de débats qu’il ne s’agit pas de proscrire. Tant que ces débats restent dans le champs scientifique !

Un vaccin s’impose donc, en prévention d’une éventuelle contamination à grande échelle de notre société par les thèses dangereusement stupides de quelques fanatiques et autres illuminés de l’Eden.

Une mise au point efficace, drôle, accessible et pertinente existe déjà ici. Une piqure de rappel salvatrice pour ne pas finir comme ces pauvres biologistes américains.

Darwin bless America !

Publié dans biodiversité | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Produits laitiers : l’élixir devenu poison ?

Le début de l’année 2011 s’annonce déstabilisant pour les gros consommateurs de produits laitiers. D’un côté, le renouvellement  des recommandations officielles devrait confirmer leur place de premier choix dans l’alimentation. De l’autre, deux cancérologues sortent dans les jours à venir un ouvrage mettant notamment en cause la surconsommation de laitages dans l’épidémie actuelle de cancers de la prostate. Un livre qui s’inscrit dans un mouvement de fronde croissant de professionnels de la santé dénonçant les vertus infondées accordées à ces aliments particuliers…

Un pavé de plus dans le bol des promoteurs de produits laitiers. C’est ce que risque de devenir le livre « Cancer de la Prostate : enrayer l’Epidémie et les récidives », écrit par Henri Joyeux, professeur de cancérologie et chirurgie digestive à la faculté de médecine de Montpellier et son collègue, le Dr Meng Huor Hay, également cancérologue.

Dans cet ouvrage à paraître fin janvier, les deux médecins cherchent notamment à comprendre pourquoi le nombre de cancers de la prostate a explosé en quelques décennies. Il s’agit aujourd’hui du cancer le plus fréquent chez l’homme, responsable en France de 10 000 décès par an. Et comme facteur parmi d’autres pouvant expliquer ce fléau mystérieux : les produits laitiers. Ou plutôt leur consommation excessive.

Pour relayer cette hypothèse, les deux cancérologues s’appuient sur une série d’études troublantes, réalisées par des chercheurs européens et américains, notamment de l’Ecole de Médecine de Harvard. Conclusions convergentes de ces études : parmi les hommes étudiés, les plus gros consommateurs de produits laitiers présentent un risque accru de développer un cancer de la prostate. Une étude française, publiée en 2006, va même plus loin. Portant sur le suivi de 2776 hommes pendant 8 ans, elle conclue que le risque de cancer augmenterait de 60 % chaque fois que l’on consomme un yaourt de plus au quotidien !

« En 1975, on comptait 7.000 nouveaux cas de cancer de la prostate par an. En 2010, nous sommes passés à 70.000 nouveaux cas annuels », déplore le Pr Joyeux. Mais quel rôle le lait peut-il bien jouer dans cette évolution ? Pour comprendre ce qui est mis en cause dans le lait animal (celui qui est concerné par ces études), il faut revenir à ses origines et aux raisons ayant présidé à sa conception. Chez tous les mammifères sans exception, le lait des femelles n’a qu’une raison d’être : permettre à leur progéniture de se développer suivant un schéma physiologique propre à leur espèce.

Un cocktail laitier potentiellement explosif

Or, un veau n’a pas exactement les mêmes besoins de croissance qu’un nouveau né humain. « Un nourrisson va prendre environ 5 kg dans sa première année, explique le Pr Joyeux. Dans le même temps, le veau peut prendre jusqu’à 300 kg. C’est la raison pour laquelle le lait de vache contient trois fois plus de calcium que le lait maternel. »

Autre spécificité du lait : il contient des facteurs de croissance, c’est-à-dire des molécules pouvant favoriser la multiplication des cellules et jouant un rôle dans le développement de l’organisme. L’un de ces facteurs de croissance en particulier, l’IGF-1, est en tout point identique chez l’homme et chez la vache et est présent en très fortes quantités dans le lait bovin. Des études récentes tendraient à prouver que cet IGF-1 laitier serait en partie absorbé par l’organisme humain, augmentant de manière significative le taux d’IGF-1 des gros consommateurs de lait.

Le problème est que ce facteur de croissance ne fait pas la distinction entre les cellules saines et malades et stimule également la prolifération des cellules cancéreuses et précancéreuses. Des chercheurs ont trouvé que les hommes ayant le plus fort taux d’IGF-1 avaient un risque plus élevé de développer un cancer de la prostate. « Les nouveaux traitements contre le cancer sont d’ailleurs des anti facteurs de croissance très puissants », rappelle le Pr Joyeux.

Et c’est là que le cocktail explosif contenu dans le lait prendrait toute son ampleur. Car le calcium, s’il est présent en trop grande quantité dans l’organisme, réduit l’activité de la vitamine D. Laquelle vitamine D a précisément, parmi ses nombreux rôles, ceux d’inhiber la prolifération cellulaire et donc de lutter contre le cancer d’une part, et de réguler le taux d’IGF-1 d’autre part.

Lorsque l’on consomme trop de produits laitiers, très riches en calcium et en IGF-1, il se passerait donc les évènements suivants : un taux excessif de calcium dans l’organisme maintiendrait le taux de vitamine D active durablement bas, laissant le champs libre à l’IGF-1 pour stimuler la multiplication des cellules. Cela favoriserait le développement de cancers. D’où la corrélation, maintes fois observée, entre consommation de produits laitiers et fréquence du cancer de la prostate.

Droits réservés (source : Thierry Souccar, "Lait, mensonges et propagande", 2008)

Les partisans de cette explication s’appuient sur de nombreuses études scientifiques, mentionnées par le Pr Joyeux et le Dr Meng Huor Hay dans leur ouvrage à venir. Beaucoup de ces recherches médicales furent également répertoriées par Thierry Souccar, journaliste scientifique, et cette théorie mise en avant dans son livre « Lait, mensonges et propagande » (éd. 2008).

Un titre évocateur, témoin du mouvement de plus en plus ample de contestation des recommandations sanitaires officielles concernant les produits laitiers. Le livre du Pr Joyeux et du Dr Meng Huor Hay va rejoindre la série s’étoffant chaque année d’avantage, des publications de leurs confrères soupçonnant le lait d’être responsable de maladies les plus diverses. Ainsi en 2010 sont notamment parus l’ouvrage du Dr Jean-Pierre Poinsignon, « Rhumatismes, et si votre alimentation était coupable » (édition François-Xavier de Guibert) et celui du Dr Nicolas Le Berre, « Les laitages, une sacrée vacherie ! » (éditions Charles Corlet).

« Même une vache ne boit pas de lait de vache »

Tous ont forgé leurs convictions sur les mêmes éléments : le constat empirique, sur eux-mêmes et leurs patients, des bienfaits d’un régime alimentaire sans produits laitiers, l’accumulation d’arguments biologiques et scientifiques convaincants et l’existence d’études allant dans leur sens.

Le constat du Dr Poinsignon est sans appel : « J’étais il y a encore sept ans un gros consommateur de fromage. J’ai constaté  les premiers bienfaits sur mon organisme en le supprimant totalement : 
arrêt total des brûlures d’estomac, amélioration  de mon rhume des foins, perte de quatre kilos de masse corporelle sans aucune restriction ni régime, énergie et élan vital multipliés, même le soir après une journée de travail. » Avec ses patients, le rhumatologue obtient des résultats tout aussi probants : « Amélioration des symptômes inflammatoires, et notamment diminution de la dose des médicaments nécessaires pour diminuer la douleur et l’inflammation. Guérison des tendinites rebelles aux infiltrations de cortisone. »

Le Dr Le Berre raconte également avoir prescrit un régime sans produits laitiers pour soigner, avec succès, des maux aussi divers que des troubles du sommeil, des douleurs articulaires, des migraines, des dépressions ou des bronchites chroniques.

Pour ces médecins, au-delà des études en tout genre, l’explication de ces résultats est d’abord une question de bon sens. Le lait de vache est destiné au veau, pas à l’être humain. Et encore moins à un adulte qui, comme tous les mammifères, n’est pas censé consommer de lait après le sevrage. « Même une vache ne boit pas de lait de vache », relève le Dr Le Berre.

Lobbying et conflits d’intérêt

De fait, cette habitude ne va pas de soi pour tout le monde : seule une minorité d’êtres humains consomment aujourd’hui du lait animal sur la planète, principalement en Occident. Cette habitude remonte au néolithique et aux premiers troupeaux d’animaux domestiqués par nos ancêtres, il y a près de 10.000 ans. A l’échelle de l’histoire de l’humanité, c’est un temps très court. Reporté à l’échelle d’une année, sur laquelle notre espèce serait apparue le 1er janvier, nous ne boirions du lait animal que depuis l’après-midi du 31 décembre. Biologiquement et génétiquement, dix millénaires sont un temps trop court pour nous adapter à un produit créé et destiné à une autre espèce, selon ce qu’affirment ces médecins prônant une réduction de la consommation de produits laitiers.

Mais quid, dans ce cas, des recommandations officielles ? Pour couvrir nos besoins en calcium, les autorités sanitaires françaises préconisent la consommation de « 3 à 4 produits laitiers par jour ». « C’est de la folie pure et simple ! rétorque le Dr Le Berre. Un laitage par jour est amplement suffisant. Et encore, quand on n’y est pas intolérant ! ».

Un conseil intéressant. Mais c’est sans compter sur l’industrie laitière, qui emploie directement 180.000 personnes en France et représente 20% du chiffre d’affaire de l’industrie agroalimentaire nationale. Choix politiques, lobbying et financement d’une grande partie des études par l’industrie laitière expliquent, selon Thierry Souccar, le Dr Poinsignon comme le Pr Joyeux, que l’on continue, sans avoir la moindre preuve d’une quelconque action bénéfique sur la santé, de recommander la consommation de 3 à 4 produits laitiers par jour et de 900 mg/j de calcium pour un adulte. Sans compter les conflits d’intérêts, qu’ils dénoncent à l’unisson, de beaucoup d’experts et médecins travaillant pour l’ANSES (agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) ou le PNNS (Programme national nutrition santé) tout en étant rémunérés pour des travaux auprès de Danone, Nestlé et autres groupes de l’agro-business laitier. Comparaison révélatrice, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) préconise la consommation de 500 mg/j de calcium, près de deux fois moins que les recommandations françaises.

« Faites l’expérience vous-même, vous verrez bien ! »

« Nous sommes un comité de 30 scientifiques. à moins de considérer que tous sont corrompus, notre travail collectif annihile les éventuels conflits d’intérêt », assure le Pr Serge Hercberg, président du comité de pilotage du PNNS. « Le problème du lait est plus complexe qu’on ne le pensait, admet-il toutefois. Il y a d’éventuelles associations entre les produits laitiers et certains cancers mais il existe beaucoup d’études contradictoires. Le principe de précaution nous fait donc dire qu’il faut pour l’instant en consommer ni trop ni trop peu. »

Reste à définir ce que signifie « trop peu ». Selon le Dr Michel Chauliac, membre du comité d’élaboration du PNNS 3 (couvrant les recommandations et actions nutritionnelles françaises pour la période 2011-2015) qui devrait être dévoilé dans les semaines à venir, les doses conseillées de produits laitiers resteront a priori les mêmes.

« Dès qu’une étude sort à propos d’éventuels dangers des produits laitiers, trois ou quatre sortent dans la foulée, financées par l’industrie laitière, pour dire l’inverse ! dénonce le Dr Le Berre. On peut assister indéfiniment à cette bataille d’études contradictoires, ou décider de faire soi-même l’expérience. On trouve du calcium partout, il n’y a absolument aucun risque à arrêter de consommer des laitages. L’expérience est le meilleur des juges : trois mois sans aucun produit laitier ne présente absolument aucun risque et peut avoir des résultats inattendus et inespérés. La seule vérité est celle-là, conclut-il. Faites l’expérience vous-mêmes, et vous verrez bien ! »

Publié dans Stéthoscope santé | Marqué avec , , , | 2 commentaires