juil 042011

Image de prévisualisation YouTube

Une voix qui sauve

Aaah le samedi soir, la fièvre ou l’angoisse de n’avoir rien de prévu (« merde, mec, c’est samedi et on a rien de prévu ce soir ?? On va quand même pas s’mater un film et se faire une soirée pédicure ?! »)… en l’occurrence, samedi dernier, j’étais à deux doigts de la soirée pédicure quand finalement j’apprends la présence de La P’tite Equipe à la dame de Canton, avec Dehlia Black en première partie. Bon, ce n’est pas franchement mon style de référence, d’habitude je suis plus friand d’infrabasses, mais c’est aussi l’occasion de mettre enfin un pied dans ce bateau improbable devant lequel je passe tous les jours. Arrivée à la fin de Dehlia Black, j’entrevois, oups, pardon, j’entre-entends une magnifique voix, envoutante, puissante mais réservée. Une voix qui sait s’envoler, mais n’est pas pressée de le faire. Seule à la guitare, face au public qui commence à se constituer, la chanteuse s’affirme avec force, malgré ses balades mélodieuses et douces, à l’écriture plutôt simple et franchement pas révolutionnaire. Puisant ses ressources dans le blues, le reggae, le folk ou la soul, l’enchaînement des quatre bouts de morceaux présents sur son myspace paraît décousu, et l’on a du mal à saisir une cohérence, une unité. Deux choses qu’elle trouve aisément seule à la guitare, ses morceaux étant musicalement épurés et tenant grâce à sa seule voix, l’ambiance de Dehlia Black se construit au fil des ballades, une ambiance dans laquelle ses influences transparaissent plus subtilement. Et puis, avouons, plus prosaïquement, elle a quand même réussi à me faire apprécier trois chansons de suite chant/guitare, ça c’est une prouesse. Un peu comme faire aimer Daniel Mermet à un 8-10 ans qui ne vit que pour Naruto sur Game One. Disons.

Une voix qui foire

La P’tite Equipe est fin prête, serrée au fond de la Dame, mais le chanteur s’active encore tout autour du public à mettre en route ses caméras. Trois secondes plus tard, c’est parti avec Narcisse et les Autres, le ton est donné. Guitare-basse-batterie et la « section cuivre », rythme groovy, l’intro est entraînante, on commence machinalement à tapoter du pied, le son est un peu crade, mais bon, on est dans une jonque tout de même, faut pas trop en demander. Et puis… patatra, le chanteur balance ses textes, aïe aïe aïe. Aïe. Non, désolé, je ne peux pas, la voix m’irrite et les textes sont… pauvres. Bon, soyons sympa, disons… simplistes. Effectivement, c’était annoncé, le groupe ne se prend pas au sérieux, festif, simplicité, thèmes accrocheurs, tout ça tout ça. Mais bon, j’ai vu des groupes pas sérieux qui étaient quand même bien plus fins que ça. Les textes et l’énergie de la P’tite Equipe me rappellent un peu les débuts de Java, par les thèmes surtout : l’alcool, l’argent, la fiesta, les hommes et leurs vanités… thèmes ô combien ressassés par nombre d’artistes, et donc nécessitant à mon avis une approche d’autant plus fine et délicate pour espérer créer quelque chose de novateur. Et là, en l’occurrence, novateur, ça ne l’est pas. Quel dommage, vraiment, car j’ai l’impression d’un décalage énorme entre la qualité des compos et celle des textes et du chant… musicalement, c’est impeccable, le groupe touille avec truculence ses influences variées (hip-hop, funk, chanson française, fanfare) et arrive à en sortir quelque chose de bien rodé, de bien cohérent, parfois délicieusement mélancolique grâce aux magnifiques envolées de la flûte (ouais ouais, j’ai un faible pour la flûte), tantôt efficacement énervé, servi par des cuivres bien présents mais pas omniprésents, un bassiste impressionnant, et une guitare qui sait s’effacer sans être invisible. D’autant plus que c’est un groupe qui laisse s’exprimer et exploite totalement chaque instrument, tout le monde a sa place et surtout quelque chose à apporter. Franchement, ça met la patate. Mais le chanteur est clairement en dessous. Les textes slamés (Persona non grata) passent mieux, si l’on essaie de ne pas trop comprendre ce qui se dit et si l’on oublie les refrains. Autrement, la voix est commune, plate, et son égo envahit toute la scène, ne supportant pas plus que 20 secondes instrumentales sans voix. Cette manie d’intervenir à tout bout de chant est insupportable, tout comme le scratch vocal franchement pas glorieux. Honnêtement, dommage, car musicalement, le groupe est très bon, et crée quelque chose de vraiment sympathique… j’en suis ressorti globalement rassasié, réussissant par moment à mettre la voix de côté, en se concentrant sur la musique. Si vous tombez sur la P’tite Equipe, au détour d’un festival ou d’une soirée, ne la boudez pas : tâtez voir, ça pourrait vous réveiller un coup.

juin 132011

Ad Noiseam, ce label allemand (comme s’il eut fallu confirmer l’importance pour l’électro de la scène berlinoise…) au doux nom, fêtait ses dix ans mercredi dernier au Batofar. Ad Noiseam, que, j’avoue mon incultance (l’immenserie en dépasse l’entendure, c’est entendu), je ne connaissais point, est donc le label, entre autres, d’Igorrr, et d’autres joyeusetés comme Bong-Ra (tout est dit), Broken Note, Detritus, Exillon… Il va sans dire que je me suis jeté sur le Batofar comme la peste sur le pauvre monde, surtout pour Igorrr, ne connaissant pas les autres artistes (Raoul Sinier de 00h15 à 1h15, Igorrr jusqu’à 2h15, Matta jusqu’à 3h15, Balkansky& Loop Stepwalker jusqu’à 4h15, Niveau Zéro jusqu’à 5h15, Nicolas Chevreux jusqu’à 6h15).

Bon, il faut préciser ici que le Batofar tient sa réputation de salle-branchée-de-l’underground-parisien, et peut-être même en joue-t-il un peu trop… Arrivé sur les lieux à minuit moins le quart, histoire d’être « un peu en avance » (aha.), je me retrouve face à une file de joyeux lurons d’une diversité vestimentaire étonnante mais emplis d’une même envie primale qu’on pourrait aisément traduire par « RRaaaahh du breakcooore ». On ne sait pas trop ce qui se passe, parait-il qu’une autre soirée nous précède, qu’on attend que les gens sortent… Après avoir réprimé courageusement  6 fois l’envie de me barrer fissa pendant deux heures dehors, quelques échauffourées entre les vigiles et un punk et une fouille régulière, j’accède enfin à la passerelle rouge. La billetterie est moyennement bien organisée, ce qui explique l’entrée au compte-goutte et qui rend d’autant plus frustrantes les 2 minutes 47 secondes d’Igorrr loupées mais entendue lors de l’achat du billet. Même pas un coup d’œil au bar, je me rue dans les escaliers qui mènent aux tréfonds du bateau, Igorrr a déjà bien entamé son set, sous les LEDs du plafond bas. Tant pis pour Raoul Sinier, je vous laisse vous faire votre avis.

Où l’on est tout de même satisfait d’avoir attendu deux heures

Igorrr

Visuellement, l’ambiance est au futuro-industrialo-post-apocalyptique (traduisez vous-même), sculptures avec les vieilles pièces d’acier du bateau, aquarium improbable, les fameuses LEDs, les recoins, la magnifique carte des boissons (on comprend les prix maintenant, faut rembourser le designer). Sur le côté de la salle, deux écrans passent en boucle des clips des artistes d’Ad Noiseam : animés cheaps, bimbos et gros guns ou bordel épileptique indescriptible, c’est selon. Pendant que je contemple l’endroit, et essaie vaguement de comprendre comment on fait entrer autant de monde dans un si petit bateau, Igorrr déroule, implacable. Si à force d’écoutes, ses albums laissent transparaître une organisation millimétrée et une cohérence, une unité (au moins à l’échelle de la piste), en live, le magicien prend un malin plaisir à tout mélanger. A peine reconnait-on un morceau qu’il passe, grâce à une transition brutale, à un autre. On a beau connaître ses morceaux, leurs moindres recoins, Igorrr nous surprend encore en hachant menu et touillant ses créations dans sa platine-marmite devant le public un peu surpris, mais qui en redemande. D’un point de vue scénique, la prestation du bonhomme se limite à souligner les passages « core » (dirons-nous) d’une face torturée et d’un doigt vengeur pointé vers le ciel et asséné en rythme (souvent parkinsonien), lui donnant une image de prédicateur (ajoutons à cela ces décidément délicieuses LEDs, vous avez l’explication du « post-apocalyptique » sus-nommé). Effet garanti. Avec Igorrr, pas de final grandiose, pas de rappel, pas de jeu, ça s’arrête comme ça commence, brutalement. Point. Seule petite fantaisie, la version complète des 12 secondes de country rodéo barrée de la fin de « Tendon » (sur l’album « Nostril »), on sent qu’il en est fier. Ovation. Je me permettrai tout de même une petite observation scientifique : étant donné la gentillesse du garçon lorsqu’il n’est pas aux platines, mon avis est qu’il est deux dans sa tête. Au moins.

Où l’on s’aperçoit qu’Ad Noiseam, ça n’est pas qu’Igorrr

Pas le temps de comprendre dans quel état nous laisse Igorrr que le duo britannique Matta s’installe. L’ambiance change radicalement, on oublie les beats acerbes et les rythmes endiablés du Baroquecore pour sombrer dans un dubstep efficace. Les rythmes sont bien connus, souvent identiques et le procédé reste le même chez la majorité des amateurs de dubstep et gorestep. Rythmes plutôt lents (généralement 120-140 bpm), les wobble bass habituels et la petite phrase de quelques notes répétés inlassablement et distordus à souhait, beat steppé et répétitif, rarement breaké. La recette est connue, tout se joue sur les épices. Je ne le sais pas encore, mais Igorrr fait figure d’extraterrestre avec sa musique surbreakée dans cette soirée dominée par le dubstep/gorestep. Chez Matta, la spécificité se fait sur l’ajout de petites nuances empruntées à la drum’n’bass, comme quelques petits samples d’ambiance qui introduisent souvent les morceaux des djs comme Chase And Status ou High Contrast, ou l’intervention d’un MC. Quelques petites fantaisies, comme des voies lointaines aigües, ou des violons à peine perceptibles, qui sont minimes, mais qui enrobent leur dubstep d’une légère couche de vernis rendant la chose artificiellement un peu plus solennelle. Le duo est très efficace, la musique passe très bien sur scène, on en arrive presque à oublier l’acoustique un peu pauvre du bateau. Mais leur enrobage me gêne et m’empêche d’apprécier pleinement.

Où l’on met des petits diamants crômeugnons sur de la musique de barbares

S’ensuit Balkansky vs. Loop Stepwalker. Les deux DJs sont bien énervés, on a pu les voir sauter partout pendant Matta, on sent qu’ils ont envie d’en découdre. Les deux se succèdent aux platines chacun leur tour en mode versus. Ça n’est pas spécialement impressionnant et leur musique est trop similaire pour que l’on puisse vraiment apprécier particulièrement l’un ou l’autre. La stratégie adoptée par Matta est ici poussée à son paroxysme. Le dubstep n’est déjà pas connu pour être une musique finaude, mais là, la réputation est à la hauteur de ce que j’entends. Rarement vu une musique répétitive aussi primale. Le côté gras et répétitif n’est pas forcément en cause, Matta l’était aussi bien, mais d’ici se dégage une impression de bestialité décadente gratuite. La cohérence pourrait se trouver là-dedans, si ce n’était les enrobages, encore une fois, complètement hors de propos, et les associations plus que douteuses. Pourquoi reprendre System of a Down quand on fait du dubstep ? Reprendre des morceaux hors de propos pour les assaisonner à la mode dubstep est le dada des Zed’s Dead, et ce n’est déjà pas toujours une franche réussite… Pourquoi commencer ses morceaux tout en solennité et avec des clochettes électroniques (c’est une expression, hein) pour tomber aussi sec dans un mitraillage de wahwah infrabassiques sans aucune finesse ? Autant écouter une AK-47 et un triangle. En ce qui me concerne, Balkansky vs Loop Stepwalker resteront donc au dubstep ce que High Contrast est à la Drum’n’Bass : la gentrification d’une musique underground.

Où l’on se fait finir par un vrai artiste du sacrifice de tympans

Niveau Zéro

4h15. Débarque sur scène une créature improbable du nom de Niveau Zero. M’étant légèrement mis en retrait (oui, oui, je sais) pour laisser passer la tempête Balkansky vs. Loop Stepwalker, je me rends compte en regardant par les hublots que le dancefloor du Batofar se situe au dessous du niveau de la Seine. Contrairement aux précédents, Niveau Zero déroule un dubstep dépourvu des petites parures précieuses qui siéent mal à la nature grasse et amère des wobble bass. Le résultat est corrosif, noir, il vous agresse sans prévenir, sans fioritures. Niveau Zero est brutal mais pas dépourvu de structure. Sa brutalité n’est aucunement gratuite. Elle distille un univers bien particulier, résolument sombre, et en est totalement crédibilisée. Les origines metalleuses de l’artiste sont bien perceptibles. Le dubstep de Niveau Zero est bien plus qu’une simple musique de soirée underground à déhanchements et headbangs furieux, c’est une musique pleine, qui raconte une histoire, qui créée autre chose que de la simple distraction. C’est une musique méchante, mais intelligemment faite, dont la bestialité apparente cache un design travaillé. J’oserai la comparaison avec l’ambiance que dégagent les albums d’High Tone. Si si. Peut-être n’est-ce d’ailleurs pas un hasard si Ben Sharpa est entendu sur « Law of the Universe »… ou si nous avons pu apprécier « Spank », du dernier album « Outback » d’High Tone, repris à la sauce dubstep… Ajoutons à cela les ondulations hypnotiques de la crinière du monsieur en chemise-cravate et les lents et délicieux roulis du bateau emmené par le fleuve secoué par le vent, la rapide pensée que nous sommes sous l’eau, l’ambiance est parfaite. Pour un peu, on se croirait presque à braver une tempête à coup de dubstep corrosif. Mais n’exagérons rien, le Batofar est et restera bien amarré au quai, la petite brise parisienne ne soulève que des vaguelettes sur le fleuve dompté.

Je quitte le bateau en feu au petit matin, repus et trop éreinté pour affronter le patron Nicolas Chevreux. Ad Noiseam a donc dix ans, et on l’a senti passer. Merci, pour votre lavage de cerveau et d’estomac. Maintenant, une petite sieste et un gros smecta s’imposent.

(A lire : la même soirée, vue par les Chroniques Electroniques)

Dubstep Sub-aquatique

Ad Noiseam (http://www.adnoiseam.net/), ce label allemand (comme s’il eut fallu confirmer l’importance pour l’électro de la scène berlinoise…) au doux nom, fêtait ses dix ans mercredi dernier au Batofar (http://www.batofar.org/). Ad Noiseam, que, j’avoue mon incultance (l’immenserie en dépasse l’entendure, c’est entendu), je ne connaissais point, est donc le label, entre autres, d’Igorrr (dont M.A.E (http://cfj65.pressebook.fr/musiqueaemporter/2011/05/23/des-pates-au-nutella/) vous a parlé il y a peu), et d’autres joyeusetés comme Bong-Ra (http://www.bong-ra.com/) (tout est dit), Broken Note (http://www.myspace.com/brokennoteuk), Detritus (http://www.myspace.com/detritusdave), Exillon (http://www.myspace.com/exillon)… Il va sans dire que je me suis jeté sur le Batofar comme la peste sur le pauvre monde, surtout pour Igorrr, ne connaissant pas les autres artistes (Raoul Sinier de 00h15 à 1h15, Igorrr jusqu’à 2h15, Matta jusqu’à 3h15, Balkansky& Loop Stepwalker jusqu’à 4h15, Niveau Zéro jusqu’à 5h15, Nicolas Chevreux jusqu’à 6h15).

Bon, il faut préciser ici que le Batofar tient sa réputation de salle-branchée-de-l’underground-parisien, et peut-être même en joue-t-il un peu trop… Arrivé sur les lieux à minuit moins le quart, histoire d’être « un peu en avance » (aha.), je me retrouve face à une file de joyeux lurons d’une diversité vestimentaire étonnante mais emplis d’une même envie primale qu’on pourrait aisément traduire par « RRaaaahh du breakcooore ». On ne sait pas trop ce qui se passe, parait-il qu’une autre soirée nous précède, qu’on attend que les gens sortent… Après avoir réprimé courageusement 6 fois l’envie de me barrer fissa pendant deux heures dehors, quelques échauffourées entre les vigiles et un punk et une fouille régulière, j’accède enfin à la passerelle rouge. La billetterie est moyennement bien organisée, ce qui explique l’entrée au compte-goutte et qui rend d’autant plus frustrantes les 2 minutes 47 secondes d’Igorrr loupées mais entendue lors de l’achat du billet. Même pas un coup d’œil au bar, je me rue dans les escaliers qui mènent aux tréfonds du bateau, Igorrr a déjà bien entamé son set, sous les LEDs du plafond bas. Tant pis pour Raoul Sinier (http://www.raoulsinier.com/), je vous laisse vous faire votre avis.

Où l’on est tout de même satisfait d’avoir attendu deux heures

Visuellement, l’ambiance est au futuro-industrialo-post-apocalyptique (traduisez vous-même), sculptures avec les vieilles pièces d’acier du bateau, aquarium improbable, les fameuses LEDs, les recoins, la magnifique carte des boissons (on comprend les prix maintenant, faut rembourser le designer). Sur le côté de la salle, deux écrans passent en boucle des clips des artistes d’Ad Noiseam : animés cheaps, bimbos et gros guns ou bordel épileptique indescriptible, c’est selon. Pendant que je contemple l’endroit, et essaie vaguement de comprendre comment on fait entrer autant de monde dans un si petit bateau, Igorrr déroule, implacable. Si à force d’écoutes, ses albums laissent transparaître une organisation millimétrée et une cohérence, une unité (au moins à l’échelle de la piste), en live, le magicien prend un malin plaisir à tout mélanger. A peine reconnait-on un morceau qu’il passe, grâce à une transition brutale, à un autre. On a beau connaître ses morceaux, leurs moindres recoins, Igorrr nous surprend encore en hachant menu et touillant ses créations dans sa platine-marmite devant le public un peu surpris, mais qui en redemande. D’un point de vue scénique, la prestation du bonhomme se limite à souligner les passages « core » (dirons-nous) d’une face torturée et d’un doigt vengeur pointé vers le ciel et asséné en rythme (souvent parkinsonien), lui donnant une image de prédicateur (ajoutons à cela ces décidément délicieuses LEDs, vous avez l’explication du « post-apocalyptique » sus-nommé). Effet garanti. Avec Igorrr, pas de final grandiose, pas de rappel, pas de jeu, ça s’arrête comme ça commence, brutalement. Point. Seule petite fantaisie, la version complète des 12 secondes de country rodéo barrée de la fin de « Tendon » (sur l’album « Nostril »), on sent qu’il en est fier. Ovation. Je me permettrai tout de même une petite observation scientifique : étant donné la gentillesse du garçon lorsqu’il n’est pas aux platines, mon avis est qu’il est deux dans sa tête. Au moins.

Où l’on s’aperçoit qu’Ad Noiseam, ça n’est pas qu’Igorrr

Pas le temps de comprendre dans quel état nous laisse Igorrr que le duo britannique Matta (http://www.myspace.com/mattamusicuk) s’installe. L’ambiance change radicalement, on oublie les beats acerbes et les rythmes endiablés du Baroquecore pour sombrer dans un dubstep efficace. Les rythmes sont bien connus, souvent identiques et le procédé reste le même chez la majorité des amateurs de dubstep et gorestep. Rythmes plutôt lents (généralement 120-140 bpm), les wobble bass habituels et la petite phrase de quelques notes répétés inlassablement et distordus à souhait, beat steppé et répétitif, rarement breaké. La recette est connue, tout se joue sur les épices. Je ne le sais pas encore, mais Igorrr fait figure d’extraterrestre avec sa musique surbreakée dans cette soirée dominée par le dubstep/gorestep. Chez Matta, la spécificité se fait sur l’ajout de petites nuances empruntées à la drum’n’bass, comme quelques petits samples d’ambiance qui introduisent souvent les morceaux des djs comme Chase And Status (http://www.chaseandstatus.co.uk/) ou High Contrast (www.myspace.com/highcontrastuk), ou l’intervention d’un MC. Quelques petites fantaisies, comme des voies lointaines aigües, ou des violons à peine perceptibles, qui sont minimes, mais qui enrobent leur dubstep d’une légère couche de vernis rendant la chose artificiellement un peu plus solennelle. Le duo est très efficace, la musique passe très bien sur scène, on en arrive presque à oublier l’acoustique un peu pauvre du bateau. Mais leur enrobage me gêne et m’empêche d’apprécier pleinement.

Où l’on met des petits diamants crômeugnons sur de la musique de barbares

S’ensuit Balkansky vs. Loop Stepwalker (http://www.adnoiseam.net/adn142). Les deux DJs sont bien énervés, on a pu les voir sauter partout pendant Matta, on sent qu’ils ont envie d’en découdre. Les deux se succèdent aux platines chacun leur tour en mode versus. Ça n’est pas spécialement impressionnant et leur musique est trop similaire pour que l’on puisse vraiment apprécier particulièrement l’un ou l’autre. La stratégie adoptée par Matta est ici poussée à son paroxysme. Le dubstep n’est déjà pas connu pour être une musique finaude, mais là, la réputation est à la hauteur de ce que j’entends. Rarement vu une musique répétitive aussi primale. Le côté gras et répétitif n’est pas forcément en cause, Matta l’était aussi bien, mais d’ici se dégage une impression de bestialité décadente gratuite. La cohérence pourrait se trouver là-dedans, si ce n’était les enrobages, encore une fois, complètement hors de propos, et les associations plus que douteuses. Pourquoi reprendre System of a Down quand on fait du dubstep ? Reprendre des morceaux hors de propos pour les assaisonner à la mode dubstep est le dada des Zed’s Dead (http://www.youtube.com/watch?v=dBajJ7sdNhk&feature=related), et ce n’est déjà pas toujours une franche réussite… Pourquoi commencer ses morceaux tout en solennité et avec des clochettes électroniques (c’est une expression, hein) pour tomber aussi sec dans un mitraillage de wahwah infrabassiques sans aucune finesse ? Autant écouter une AK-47 et un triangle. En ce qui me concerne, Balkansky vs Loop Stepwalker resteront donc au dubstep ce que High Contrast est à la Drum’n’Bass : la gentrification d’une musique underground.

Où l’on se fait finir par un vrai artiste du sacrifice de tympans

4h15. Débarque sur scène une créature improbable du nom de Niveau Zero. M’étant légèrement mis en retrait (oui, oui, je sais) pour laisser passer la tempête Balkansky vs. Loop Stepwalker, je me rends compte en regardant par les hublots que le dancefloor du Batofar se situe au dessous du niveau de la Seine. Contrairement aux précédents, Niveau Zero déroule un dubstep dépourvu des petites parures précieuses qui siéent mal à la nature grasse et amère des wobble bass. Le résultat est corrosif, noir, il vous agresse sans prévenir, sans fioritures. Niveau Zero est brutal mais pas dépourvu de structure. Sa brutalité n’est aucunement gratuite. Elle distille un univers bien particulier, résolument sombre, et en est totalement crédibilisée. Les origines metalleuses de l’artiste sont bien perceptibles. Le dubstep de Niveau Zero est bien plus qu’une simple musique de soirée underground à déhanchements et headbangs furieux, c’est une musique pleine, qui raconte une histoire, qui créée autre chose que de la simple distraction. C’est une musique méchante, mais intelligemment faite, dont la bestialité apparente cache un design travaillé. J’oserai la comparaison avec l’ambiance que dégagent les albums d’High Tone. Si si. Peut-être n’est-ce d’ailleurs pas un hasard si Ben Sharpa est entendu sur « Law of the Universe »… ou si nous avons pu apprécier « Spank », du dernier album « Outback » d’High Tone, repris à la sauce dubstep… Ajoutons à cela les ondulations hypnotiques de la crinière du monsieur en chemise-cravate (http://www.bassmusic.fr/blog/2011/02/bmm5-interview-de-niveau-zero/) et les lents et délicieux roulis du bateau emmené par le fleuve secoué par le vent, la rapide pensée que nous sommes sous l’eau, l’ambiance est parfaite. Pour un peu, on se croirait presque à braver une tempête à coup de dubstep corrosif. Mais n’exagérons rien, le Batofar est et restera bien amarré au quai, la petite brise parisienne ne soulève que des vaguelettes sur le fleuve dompté.

Je quitte le bateau en feu au petit matin, repus et trop éreinté pour affronter le patron Nicolas Chevreux (http://www.chroniqueselectroniques.net/article-interview-de-nicolas-chevreux-ad-noiseam-au-maschinenfest-60628369.html). Ad Noiseam a donc dix ans, et on l’a senti passer. Merci, pour votre lavage de cerveau et d’estomac. Maintenant, une petite sieste et un gros smecta s’imposent.

Lien pour l’article des Chroniques Electroniques sur le même sujet : http://www.chroniqueselectroniques.net/article-retour-sur-les-10-ans-d-ad-noiseam-au-batofar-75794565.html

Quelques images pour où tu veux si tu veux :

http://www.fixtstore.com/img/graphics/labels/adnoiseam.png (logo Ad Noiseam)

http://www.lefest.org/wp-content/uploads/2011/05/NiveauZeroInsectes-300×225.jpg (Niveau Zero)

http://www.a-l-arrache.net/_/rsrc/1287307126685/home/interwiews/nicolas-chevreux-ad-noiseam/nico%20chevreux.jpg?height=211&width=320 (Nicolas Chevreux)

http://userserve-ak.last.fm/serve/252/37133363.jpg (Igorrr)

(Désormais, Musique à emporter s’ouvre un peu et laisse la place à quelques contributeurs extérieurs. Ehoarn, découvreur de pépites et colocataire de son état, pourra ainsi nous faire profiter de ses trouvailles musicales. D’autres suivront…)

Sauriez-vous seulement imaginer un morceau portant le doux nom d’« Œsophage de tourterelle » ? Ou de « Sueur de caniche » ? Ou « Half a pony » ? Moi non. C’est d’ailleurs un peu ce qui titille la curiosité lorsque l’on tombe sur un album d’Igorrr. Igorrr, alias Gautier Serre, co-fondateur de Whourkr, « un groupe de death metal / électronica / Breakcore ». Ok, ça promet. Effectivement, c’est à la hauteur de ses promesses. Noir, brutal, gras.

Lorsque l’on prend son courage à deux mains, et que l’on essaie enfin de savoir ce qui se cache derrière le « Petit Prélude Périmé » (parce que avouons que ça a de quoi titiller), d’abord, on prend une belle claque, mais pas dans le sens figuré, hein, dans le sens de l’impact relativement violent qui s’abat sur visage, et qui fait esquisser un mouvement de recul, automatisme proportionnel à l’énergie cinétique de la claque, et dû aussi à une fuite instinctive face à la douleur. Une claque quoi. Mais lors de cette minute 57 secondes, l’on a beau ne pas vraiment avoir compris ce qu’il se passait, on a quand même saisi une chose : c’est bien un chant de piaf qu’Igorrr s’amuse à distordre affreusement, sur fond de clavecin et de beats plus efficaces que trois cuillères à soupe de café soluble dégueulasse par tasse pour se réveiller le matin. Et pendant 4 ou 5 secondes, c’était quand même assez rigolo. Non pardon, je reformule : c’était quand même assez écoutable pour que l’on trouve cela rigolo.

Bon, passons à la deuxième chanson. « Mastication Numérique ». Où notre amuseur se plaît à habiller une gentille ginguette de beats, d’abord très sympathiques, puis le devenant beaucoup moins lorsque intervient un borborygme purement métalleux, puis un improbable accord de guitare bien grasse. Mais pourquoi ? Pourquoi diantre diable, Igorrr, t’amuses-tu  à saborder ce qui aurait pu être un petit air bien agréable ? Pourquoi ? Parce qu’Igorrr ne veut pas être gentil. Igorrr veut être brutal, Igorrr va dans l’extrême. Et de là pourra naître autre chose. C’est très simplement la leçon de « Tartines de contrebasse ». Lorsqu’on le croit se perdre dans une surenchère de beats plus rapides, plus distordus et plus énervés que ce que nos pauvres petits organes peinent déjà à supporter (on en est qu’à la troisième chanson de l’album…), et bien non, il se rattrape, et nous avec, avec une contrebasse salvatrice sortie de nulle part. Mais qu’est-ce qu’il fabrique, tudjuu ?

A l’écoute de l’album, Igorrr nous apparaît comme un vague sorcier musical, qui, tour à tour, nous agresse et nous berce. Le plaisir des moments doux est angoissé, dans l’attente de l’orage qui peut arriver à n’importe quel moment. L’écoute est difficile, toujours sur la corde raide, toujours les nerfs à vifs, on prend avidement le plaisir que nous offrent quelques secondes par-ci par-là, en courbant l’échine pour laisser passer les intempéries. Et puis forcément, on y revient, pour ces quelques moments de franche rigolade lorsqu’il mélange clavecin, religion, scatologie et baguette bien cuite. Alors on reprend finalement quand même un peu de sa tambouille, qu’on apprend à décrypter, petit à petit. A force, la compréhension se fait, et puis, quand on sait à quel moment les tympans vont piquer, ça permet de l’attendre plus sereinement et de savoir apprécier le reste.

Comme les brebis du Génie des Alpages dans un film de Robert Rodriguez

Il apparaît alors qu’Igorrr prend un plaisir malin à mélanger du baroque avec du breakcore (il paraît que cela porte le doux nom de Baroquecore), des cantatrices et des raclements issus des plus sombres recoins de la gorge d’un barbare métalleux, et à habiller le tout de noms de morceaux plus improbables les uns que les autres, et de visuels d’albums pour le moins dérangeants. Le tout apparaissant comme un grand foutage de gueule, un simple amusement vers la recherche du plus inécoutable.

Non point. A force d’écoute, sa recette s’éclaircit, les ingrédients une fois identifiés, le tout devient plus digeste, et la précision millimétrique de l’artiste apparaît au grand jour. Derrière cet indicible et inaudible bordel apparaît une structure et une finesse dont peu d’artistes de Breakcore peuvent se targuer. Derrière ce qui semblait une ignoble tambouille, un mélange écoeurant et déstabilisant, apparaît désormais une originalité certes déconcertante, mais la façon dont elle bouscule se mue petit à petit en plaisir non dissimulé. Il est alors possible d’entr’apercevoir, derrière la forme peu ragoûtante, les nuances de ton, les humeurs changeantes et hésitantes d’Igorrr, passant sans prévenir d’un registre que je qualifierais de « n’importe quoi festif et absurde» (un peu comme si on mettait les brebis du Génie des Alpages dans un film de Robert Rodriguez, si vous voyez) à quelque chose de beaucoup plus noir, acerbe, amer, corrosif, et ce parfois au sein d’un même morceau (« Brutal Swing », « Excessive Funeral »).

Et lorsqu’enfin on se sent assez cuirassé et courageux pour suivre le sorcier dans ses humeurs délirantes, il est alors possible d’apprécier pleinement la noirceur de « Phasme Obèse » (si, si.) autant que de se faire détruire les oreilles par « Tendon », ou de rire sans honte de l’improbable « Dieu est-il un être ».

Si je ne devais donner qu’une image, je dirais qu’Igorrr, c’est comme un plat de pâtes au Nutella. Au début ça écoeure, et puis passé le rejet instinctif que cette association douteuse nous provoque, on se rend compte qu’on fait c’est très bon. Et que ça cale.

Vous reprendrez bien une moitié de poney ou un peu de Chopin 2.0 ?

Ehoarn Bidault