Par hasard, rue du faubourg du Temple, à la source du canal Saint-Martin. Dimanche après-midi. Nous avions le choix entre nous balader au fil de l’eau et poser nos fesses dans le premier café venu. Vu depuis l’autre côté du square Frédérick Lemaître, ça avait l’air sympa. Le Phare du Canal. Un coin entre deux rues, des grandes vitres, quelques tables en terrasse. A l’intérieur, une déco bien comme il faut pour me plaire : un bel escalier métallique en colimaçon, des murs couverts de bouquins. Alors le canal fut vaincu. Une table pour deux, un chocolat chaud et une orange pressée.

Surtout que dedans, il y avait de la musique. Une bonne surprise. Je ne sais pas qui c’était, je n’ai pas demandé. Mais c’était Cool. Pas cool comme je me l’exclame tout le temps (avec une variante très rousse = coolos…) pour dire tout et n’importe quoi. Non, vraiment Cool. Dans le vrai sens du terme quand on parle de jazz. J’ai découvert le jazz avec Stan Getz. Quand ce mec souffle dans son saxo, il peut jouer aussi vite qu’il veut, ça aura toujours l’air simple, doux, facile, berceur. Ce qui n’empêche pas des mélodies riches et des impros tortueuses mais laisse un impression de sérénité appréciable. Tiens, va écouter Lover come back to me, par exemple : n’est-ce pas trop Cool ?

Bon, les deux gars du Phare n’étaient pas Stan Getz non plus, même si je crois bien avoir entendu quelques thèmes qu’il joue sur Stan Getz Plays (pour les incultes : un disque à écouter en boucle). Leur formation me rappelait aussi un autre musicien que j’adore : Chick Corea (oui, je sais, c’est un putain de scientologue). Un synthé et une flute évoquant Return to forever (pour les incultes : un disque à écouter en boucle), avec le même genre de sonorités : clavier version « fender rhodes » et flute ronde et chaude. Comme disait feue la flutiste qui m’accompagnait ce jour-là : « je trouve très belle sa façon de jouer, très suave ». Un son qui traîne, qui vibre dans les graves. Le genre de jeu qui me réconcilie avec cet instrument. (Ce qui nétait pas gagné…)

Évidemment, on n’était pas au niveau de génie de Chick Corea. Rien de nouveau dans ce qu’ils jouaient. Mais c’était bon. Agréable à écouter. Ça m’a bien plus emballé qu’Angelo Debarre la semaine dernière… Alors si vous habitez dans le Xe ou le XIe et ne savait pas quoi faire d’un dimanche après-midi, je crois que ça peut valoir le coup d’aller traîner vos guêtres au Phare du Canal. En plus ils servent à manger. Je n’ai pas testé, mais en louchant dans l’assiette des voisins, ça semblait pas déguéu.

En cadeau puisque je n’ai même pas été foutu de faire des photos dimanche, une « jolie » vidéo de Stan Getz jouant Out of nowhere :

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Donc, je suis allé écouter Angelo Debarre à la Taverne de Cluny. Et c’était « sympathique ».

Angelo Debarre« Sympathique » parce que ce n’est jamais déplaisant d’entendre des musiciens jouer du bon jazz manouche. C’est un genre qui offre des mélodies toujours agréables, avec quelques accords mineurs ou augmentés, juste là où il faut pour flatter l’oreille. Les rythmes sont entraînants et en descendant mon demi de Leffe, j’ai constamment la jambe gauche ou la main droite qui bat la pulsation. Cette musique a le don d’être vraiment là, présente dans l’esprit et le corps du spectateur, même quand il n’écoute pas vraiment.

« Sympathique » ? Une parfaite musique d’ambiance, donc. Pour l’essentiel, ça s’arrête là. La faute aux musiciens ou la faute au spectateur ? Peu importe. Rapidement, je me contente de me laisser bercer sans réellement écouter et la discussion avec les copains devient plus prenante que le son des guitares.

Car Angelo Debarre et ses compères ne surprennent pas vraiment. Ils donnent un peu l’impression d’être en mode « automatique ». En train de jouer des morceaux qu’ils ont déjà interprétés des dizaines de fois ensemble. Avec une formation routinière : contrebasse, guitare rythmique et guitare soliste. Ils n’ont pas l’air de s’amuser et jouent sans complicité particulière, ni entre eux, ni avec le public. Tout est rodé, bien rodé, trop rodé.

Angelo Debarre

Cette description pourrait également être celle de la Taverne elle-même. Quelques boiseries chaleureuses, une lumière tamisée et des photos de musiciens de jazz sur les murs. Une pièce spacieuse, des grands miroirs et pas mal de gens. L’ambiance est policée et les consommateurs, propres sur eux discutent gentiment en partageant leur verre ou leur repas. Il n’y a pas d’éclats de voix, seulement quelques rires et applaudissements pour ponctuer chaque morceau.

C’est à peine si l’atmosphère change pendant l’entracte… On ne peut pas dire qu’on s’y sente mal, c’est tout le contraire. Mais, il me manque quelque chose. Peut-être est-ce trop « juste comme il faut » : une soirée parfaitement gentillette pour écouter quelques cordes swinguer. Certains soirs, la Taverne de Cluny passe du rock plutôt que du jazz manouche. Une métamorphose ? Je suis curieux.

Maintenant que je suis de retour en France, je vais en profiter pour me remettre à parcourir les bars en quête de bonne musique. En feuilletant le Lylo du moment, je suis tombé sur un concert incontournable : Angelo Debarre à la Taverne de Cluny. C’est jeudi soir à 21h, et comme toujours à la Taverne, on ne paie que la conso (pas donnée, nous sommes d’accord, mais au moins, ils ont quelques bonnes bières en bouteille).

Angelo Debarre

Pour ceux qui ne connaissent pas déjà, Angelo Debarre est une de figure majeure du jazz manouche contemporain. Je l’ai déjà croisé à l’automne au festival Jazz en Touraine, à Montlouis. Il avait su s’entourer de musiciens exceptionnels : Ludovic Beier à l’accordéon, Marius Apostol au violon et, last but not least, Dorado Schmitt à la guitare. C’était assez génial, même si j’avoue que c’était surtout Beier qui m’avait emballé. Cette fois, il sera la seule star sur scène, avec son trio. Ça devrait donner quand même.

Angelo Debarre

Clairement, c’est un musicien impressionnant. Une technique de fou, des impros parfaitement maîtrisées. Un vrai voyage. Je n’ai qu’un reproche à lui faire, celui que j’adresse en général au jazz manouche aujourd’hui : il n’y a pas que Django dans la vie ! Quand j’entends de la musique manouche, j’ai rarement l’impression d’entendre autre chose que du Reinhardt sans les grésillements des vieux enregistrements. Si ma mémoire est bonne, c’était un peu le cas avec Debarre en septembre. Mais c’est un peu parce que je suis un gros blasé et que j’ai beaucoup écouté ce genre de musique dans une vie antérieure. Il reste néanmoins que c’est un grand artiste et que je sais déjà que je passerai une très bonne soirée jeudi prochain. J’espère que je ne serai pas le seul !

(Photos : Angelo Debarre sur la scène de Jazz en Touraine à Montlouis, le 11/09/2010)