« C’est pas très lounge ici. »  Non, Alex, le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas très lounge l’International. C’est plutôt sombre. Forcément plein, ou presque. Des murs gris, par endroits recouverts de nombreuses affiches de musique. Au fond, un grand escalier descend vers la cave où trône la scène. Deuxième bar, plus de monde. Et la musique.

Haut-lieu des nuits parisiennes, le principe de l’International est simple : un bar, des concerts gratuits tous les soirs, plusieurs par soir, suivis en général d’un DJ jusqu’à deux heures du matin. A ce rythme là et à ce prix  là, tout ne se vaut pas. Mais, dixit Corentin, c’est toujours au moins drôle.

Quand nous descendions dans le cave pour rejoindre la scène samedi soir, c’était effectivement plus drôle que bon. Je ne sais même pas le nom du groupe (il n’est pas sur le programme…) qui finissait son set, mais il avait « de la gueule ». Trois gus en combi intégrale rose moulante (du latex ?). Très moulante (trop, Juliette ?). Derrière leurs masques, ils secouent frénétiquement leurs cheveux longs et le reste de leur corps. Très drôle. Pour le reste, je suis incapable de décrire leur son. Il ne m’a pas marqué, je me souviens seulement que je n’étais pas emballé. Mais au moins, ça bougeait bien. C’est déjà ça.

Après un court entracte et une pinte d’Affligem (7€, quand même, les concerts sont gratuits, mais pas les consos…), un nouveau groupe débarque. Silvouplay. Ils sont deux. Un roux, barbu, avec de belles lunettes rouges (qui m’ont rappelé le grand Peter). Et un chauve entièrement rouge, pantalon, t-shirt et chapeau. Une myriade de claviers, une guitare et quelques autres outils électroniques.

Silvouplay @ Divan du Monde | 04.04.09

Silvouplay au Divan du Monde, avril 2009 (photo : Vivien Fossez)

C’est plein, c’est puissant. Le premier morceau me fait un peu penser à Justice (pas D.A.N.C.E., le reste de l’album), la guitare en plus. Après, ils tentent quelques incrustations un peu plus rock, sur cette base purement électro. Un mélange plutôt réussi et en tout cas très efficace. Le chapeau rouge chante même un peu, mais là je crois qu’il ferait mieux de s’abstenir. Il n’apporte grand-chose à une musique suffisamment riche en elle-même et sa voix est assez banale. Côté du public, le plaisir est palpable. Dans le sous-sol peuplé de l’International, ça hurle, ça siffle. Et surtout, ça danse. Beaucoup. Il fait chaud, on sue. Et on continue. On bouge, on se bouscule. Il fait soif, on reboit. Une demi-seconde pour ingérer mon demi-litre de jus de mangue (oui, je sais…) et c’est reparti !

Cette fois, ce n’était pas que drôle. C’était surtout bon.

PS : Silvouplay fait aussi des clips. Si vous n’êtes pas épileptique, vous pouvez les regarder (il y en a quelques autres sur Myspace).

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Par hasard, rue du faubourg du Temple, à la source du canal Saint-Martin. Dimanche après-midi. Nous avions le choix entre nous balader au fil de l’eau et poser nos fesses dans le premier café venu. Vu depuis l’autre côté du square Frédérick Lemaître, ça avait l’air sympa. Le Phare du Canal. Un coin entre deux rues, des grandes vitres, quelques tables en terrasse. A l’intérieur, une déco bien comme il faut pour me plaire : un bel escalier métallique en colimaçon, des murs couverts de bouquins. Alors le canal fut vaincu. Une table pour deux, un chocolat chaud et une orange pressée.

Surtout que dedans, il y avait de la musique. Une bonne surprise. Je ne sais pas qui c’était, je n’ai pas demandé. Mais c’était Cool. Pas cool comme je me l’exclame tout le temps (avec une variante très rousse = coolos…) pour dire tout et n’importe quoi. Non, vraiment Cool. Dans le vrai sens du terme quand on parle de jazz. J’ai découvert le jazz avec Stan Getz. Quand ce mec souffle dans son saxo, il peut jouer aussi vite qu’il veut, ça aura toujours l’air simple, doux, facile, berceur. Ce qui n’empêche pas des mélodies riches et des impros tortueuses mais laisse un impression de sérénité appréciable. Tiens, va écouter Lover come back to me, par exemple : n’est-ce pas trop Cool ?

Bon, les deux gars du Phare n’étaient pas Stan Getz non plus, même si je crois bien avoir entendu quelques thèmes qu’il joue sur Stan Getz Plays (pour les incultes : un disque à écouter en boucle). Leur formation me rappelait aussi un autre musicien que j’adore : Chick Corea (oui, je sais, c’est un putain de scientologue). Un synthé et une flute évoquant Return to forever (pour les incultes : un disque à écouter en boucle), avec le même genre de sonorités : clavier version « fender rhodes » et flute ronde et chaude. Comme disait feue la flutiste qui m’accompagnait ce jour-là : « je trouve très belle sa façon de jouer, très suave ». Un son qui traîne, qui vibre dans les graves. Le genre de jeu qui me réconcilie avec cet instrument. (Ce qui nétait pas gagné…)

Évidemment, on n’était pas au niveau de génie de Chick Corea. Rien de nouveau dans ce qu’ils jouaient. Mais c’était bon. Agréable à écouter. Ça m’a bien plus emballé qu’Angelo Debarre la semaine dernière… Alors si vous habitez dans le Xe ou le XIe et ne savait pas quoi faire d’un dimanche après-midi, je crois que ça peut valoir le coup d’aller traîner vos guêtres au Phare du Canal. En plus ils servent à manger. Je n’ai pas testé, mais en louchant dans l’assiette des voisins, ça semblait pas déguéu.

En cadeau puisque je n’ai même pas été foutu de faire des photos dimanche, une « jolie » vidéo de Stan Getz jouant Out of nowhere :

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Sur la Seine, face à la BNF, mouille une salle de concert. Le Batofar. Je sais, c’est loin d’être la seule salle de concert flottante de la capitale. Mais quand on débarque de Caen comme moi, c’est toujours nouveau : rien de tel sur l’Orne… En longeant le quai François Mauriac, ou en traversant Simone de Beauvoir, on peut difficilement le manquer le Batofar : un bateau rouge surmonté d’un phare. Un ancien « bateau-feu » venu d’Irlande, retapé, pour être amarré ici.

Batofar

C’est peut-être parce que je suis un affreux bobo, mais de prime abord le lieu m’enchante plus que la Coulée douce. Au « rez-de-chaussée », c’est restau. A l’étage, c’est bar. 5 euros le demi dans un verre en plastique, même avec des olives, ça fait un peu cher. Mais l’endroit vaut bien ça : déco et ambiance coolos. Et puis, il faut bien payer les artistes : le concert est gratuit. Seul souci au mois de février ça pèle grave.

Au fond, une table de mixage et un écran. C’est la soirée mensuelle de Videosampleur. Derrière ce nom se cachent trois artistes, Zit, Bac et Y-Na. Mojito à la main, ils balancent leurs mashups. « Le mashup vidéo, consiste à superposer des échantillons d’œuvres audiovisuelles et/ou cinématographiques avec une ou plusieurs œuvres musicales », expliquent-t-ils doctement sur leur site internet.

Musicalement, je ne suis pas très convaincu. A tout mixer, du rock à l’électro en passant par la variété, forcément, on ne fait pas que des heureux. Mais c’est vraiment dans l’interaction avec l’image  que ça fonctionne. C’est surprenant. Des mélanges d’images inattendus, avec des sons qu’on n’attendrait pas là. Souvent drôles, parfois non. Même quelque fois engagés (et plutôt efficaces).

Bref, si le résultat est inégal, je trouve la démarche vachement intéressante et souvent concluante. En tout cas, ça mérite d’y retourner. Ca tombe bien : « VSP » au Batofar, c’est le premier mardi de chaque mois. Et en attendant, ça vaut aussi le coup d’aller fouiller leur compte sur Viméo.

PS : ils font même quelques petites choses très engagées, comme ce montage sur le thème des « émeutes de banlieues » de 2005 :

crédit photo : c-reel.com/flickr