Ils sont au fond de la toile, et on comprend pourquoi. Voici ma petite sélection de sites et vidéos qui n’auraient jamais dû être mis en ligne. N’hésitez pas à compléter cette liste dans la partie commentaires.

  • Quand Christine Bravo passait à la télé, on avait envie de sortir la boîte à claques. Quand elle se met au web, l’envie décuple. C’est moche, gras, ça sent le chewing-gum. Beurk !

  • Au fin fond de Youtube, dans le cercle très fermé des vidéos à 0 vue, on trouve beaucoup de vidéos inutiles de ce genre, où les lol cats ont cédé la place à des lol cocks. Forcément, depuis que le site Zeroviews, spécialisé dans les rebuts de Youtube, l’a mise en lumière, sa visibilité a augmenté. Notez qu’il est écrit Part 1 dans le titre. Vivement la suite des aventures haletantes de notre poulailler.
  • Youtube toujours. Des études montrent que le webspectateur moyen est indulgent sur la qualité de l’image, mais intransigeant sur le son. Pour être regardé, il faut un son propre. Ce conseiller financier 2.0 a dû zapper ces études lorsqu’il a enregistré son playback depuis un scaphandre. Nominé aux parodiques Craypion d’or 2010, dans la catégorie « où sera récompensée la vidéo illustrant au mieux les atouts et l’identité d’une entreprise, contribuant ainsi au développement économique de la France« , il n’a pas tout perdu.

A vous maintenant de faire remonter vos rebuts du web, si possible avec du gif dessus !

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Retour d’Inde, on reprend les bonnes habitudes : bonne bouffe en terrasse, bars et ciné. Le 23 mars, j’en ai pas encore fini des relents de tikka masala que j’apprends la sortie de Wasteland, un docu sur le pendant brésilien de ce que j’ai vu à Ghazipur. Remember. Le photographe Vik Muniz a suivi des catadores, des ramasseurs d’ordures en marge de la société. Le résultat, filmé par l’Anglaise Lucy Walker, est traité sous une dimension esthétique.

Le Majestic Bastille le programme, mais j’hésite à y aller. J’en ai déjà pris plein la vue (et le nez) à New Delhi, question décharge. On me dit que je n’ai pas à craindre le pathos, que l’angle artistique choisi par Vik Muniz est tenu. C’est décidé, ce soir, j’y vais !


Waste Land – Bande annonce VF par _Caprice_

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Me voilà de retour après deux semaines de reportage en Inde. Vous vous doutez bien que je m’étais réservé un sujet « rebuts ». Malade, mais motivé par les gravats qui m’entouraient en permanence, je suis allé, caméra à la main, sur une décharge à ciel ouvert. Avec mes camarades de reportage, on l’avait affectueusement surnommée la « garbage mountain » (à prononcer Garrrbage mountain, à l’indienne). Gros choc une fois sur place, à Ghazipur (banlieue nord-est de New Delhi). Regardez les images satellite.

Paysage lunaire à Ghazipur (Google map)

Au niveau du sol, nouvelle claque. Un bidonville pestilentiel, des gens heureux malgré tout, et un constat : sans le marché informel organisé ici par les ramasseurs d’ordures, clandestins pour la plupart, la ville serait un tas d’immondices. Et là une rencontre, avec le membre d’une association qui s’occupe de ces gens, qui tente de veiller sur leur santé.

Visite de la décharge de Ghazipur et de son bidonville, commentée par S. Kajichew de l’association environnementale Chintan. (Sébastien MILLARD)

Sacrée expérience !

Sébastien MILLARD (avec Juliette DROZ et Kilian FICHOU)

A lire, l’article adossé à la vidéo.

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Vous vous en souvenez sans doute, fin 2010, la Hongrie connaissait la plus grave catastrophe industrielle de son histoire (en vidéo ici). Le 4 octobre, la digue de deux réservoirs d’une usine d’aluminium située à Ajka rompait. Ce furent alors 700.000 mètres cubes de rebuts boueux toxiques qui se déversèrent sur les villages alentour. Imaginez un peu, 700.000 mètres cubes qui coulent implacablement vers vous : c’est comme si 233 piscines olympiques de 50m sur 25 se vidaient sous vos yeux.

Pour sa défense, l’entreprise exploitante MAL affirmait immédiatement que « la boue de décantation était stockée dans des réservoirs conformes aux normes, sécurisés et munis d’écrans de surveillance » et laissait entendre que la responsabilité de ce désastre était imputable à la météo, notamment aux grosses pluies de la saison précédente. Peu crédible, la pluviométrie dans la région des Carpates n’étant pas des plus imprévisibles. Un dirigeant de la société a été arrêté dans la foulée, soupçonné d’avoir permis la surcharge des réservoirs.

Alors quatre mois après, que reste-t-il de cet épisode ? Le bilan humain d’abord, est de 10 morts et près de 150 blessés. Sans compter tous ceux, secouristes compris, qui ont respiré les émanations nocives pour les poumons. Dans les villages touchés, la colère n’est pas retombée. Hautement corrosive, la coulée record a également dévasté les trois villages de Kolontár, Devecser et Somlóvásárhely, aujourd’hui villages morts.

A 160km de Budapest, l'usine de bauxite aluminium (visible en rouge) dont la digue a cédé, et les trois villages dévastés.
A 160km de Budapest, l’usine de bauxite aluminium (visible en rouge oranger) dont la digue a cédé, et les trois villages dévastés.

Une industrie vieillissante et peu productive

Mais au-delà des bilans humains et matériels, c’est l’environnement qui a payé le plus lourd tribut de la catastrophe. Le ph des cours d’eau de la région, Danube y compris, est monté en flèche, la faune et la flore du coin ont largement subi les conséquences de l’accident industriel. On estime aujourd’hui que les terres sont inexploitables jusqu’à l’été prochain au moins.

Il y a deux semaines, Greenpeace interpellait la Commission européenne et dénonçait la persistance des pollutions. Voici un extrait de leur communiqué : « MAL (l’entreprise exploitante donc) continue de déverser dans les eaux naturelles des matériaux hautement polluant d’une façon continue en provenance de ses réservoirs de boue rouge. La teneur en arsenic, aluminium et carbone organique de l’eau dans le ruisseau Torna, près de l’usine, dépasse de beaucoup les limites (…) en dépit de la neutralisation par du plâtre et de l’acide ». L’ONG fonde sa thèse sur les analyses de deux laboratoires hongrois. Selon elle, MAL ne dispose pas de suffisamment d’entrepôts pour stocker ses polluants, et utilise les eaux naturelles comme « système de drainage illégal ».

Derrière cette catastrophe, c’est aussi un modèle de société qui est pointé du doigt. Dans le journal indépendant Hirszerzo, Robert Braun fustige les conséquences d’une économie pré-capitaliste hongroise, qui aurait dû, selon lui, abandonner la fabrication d’aluminium à la chute du communisme plutôt que d’entretenir une industrie vieillissante et peu productive. « L’aluminium hongrois est de mauvaise qualité, son extraction coûte cher, il n’est pas compétitif sur le marché », écrivait-il dix jours après la catastrophe. Ou plutôt si, il reste artificiellement compétitif, mais au détriment des normes d’hygiène élémentaires.

A quoi l’avenir va-t-il ressembler pour cette région du sud-est de la Hongrie ? Dans l’immédiat, c’est toujours l’état d’urgence, celui qui avait été décrété au moment des faits, en vigueur jusqu’à la fin du mois prochain. Ensuite, il faut espérer que les pressions des organisations environnementales et de l’UE déboucheront sur des mesures protectrices pour la population locale et son habitat. Voilà, je terminerai comme Robert Braun, en espérant que cette crise et ses sacrifices humains, matériels et environnementaux feront réfléchir les entrepreneurs et les décideurs hongrois, marquant l’avènement d’un management durable et responsable.

 


Il a bien fallu justifier un blog sur les gravats. Dans ces cas-là on cherche des complices, on se rassure en se disant qu’on n’est pas le seul. Bonne nouvelle, d’autres ont ce goût pour l’urbanisme à l’envers, celui qui détruit. Certains le poussent très loin, comme le prouve cette déclaration d’amour aux gravats de Beyrouth. Ouf, je ne suis pas (complètement) fou!