La Guerre est déclarée : regardez comme on est trop super !

Encensé par une presse unanime et dithyrambique, le film autobiographique de Valérie Donzelli mérite-t-il un tel ramdam médiatique ? Loin d’être  la bombe annoncée, la guerre est  déclarée  fait pschitt…Attention imposture flagrante.

Miroir, mon beau miroir...

Film à deux balles ou cinéma grand luxe ?

Premier jour à la rédaction de Marianne. Tout le monde en parle… Du retour de DSK ? Des derniers rebondissements dans l’affaire Bettencourt ? Non… de la Guerre est déclarée, le film évènement de cette rentrée, plébiscité par toute la presse. Pour une fois, même chez Marianne, le film fait consensus. Enfin presque…Une journaliste ose affirmer haut et fort qu’elle a détesté . Incompréhension générale, blasphème ! C’est  pire que si elle avait dit qu’elle votait Sarkozy. Chez Marianne aussi, la guerre est déclarée ! Je décide d’aller voir le film pour me faire ma propre opinion.

Alors, a-t-on le droit de ne pas aimer? Peut-on s’opposer au déferlement de louanges qui s’abat sur le film ? A vrai dire, on se demande surtout comment un spectacle aussi racoleur a pu susciter  autant d’enthousiasme. Le conformisme de la critique parisienne est parfois désespérant. Le  deuxième long métrage de Valérie Donzelli, qui s’inspire de sa propre expérience, aborde un sujet grave et sensible : la maladie d’un tout jeune enfant. On aimerait avoir la gorge serrée, être dévasté par l’émotion. Pourtant on reste de marbre, incapable d’éprouver la moindre empathie pour les personnages.

Il faut dire que très vite le gamin passe au second plan, oublié dans sa chambre d’hôpital. Valérie Donzelli préfère filmer ses états d’âme amoureux avec une complaisance narcissique qui frise l’exhibitionnisme. Bienvenue dans le monde merveilleux d’un couple de bobos parisiens. Notre enfant a une tumeur au cerveau, mais pas de souci, la vie est belle ! On ne  s’engueule jamais, on reste uni et fort en toutes circonstances. On prend même le temps d’entretenir son look soigneusement négligé et d’aller faire la fête dans des soirées branchée. On est méga-cool et c’est pour ça qu’on a gagné la guerre !Le film vire à l’exercice d’autopromotion un brin obscène.

En tenant le drame à distance, Valérie Donzelli a sans doute voulu signifier que la vie et l’espoir pouvaient être plus forts que la mort. Mais l’ennui, c’est qu’on n’y croit pas une seconde. D’autant plus que la forme est aussi maladroite que le fond. La réalisatrice confond inventivité visuelle et esthétisme tape à l’œil. Voix off irritante qui nous décrit ce qu’on est  en train de voir à l’écran, intermède chanté et longues plages musicales pour masquer la pauvreté des dialogues, La guerre est déclaré ressemble à un long clip publicitaire.

A la fin, la fameuse voix off nous apprend que l’épreuve a brisé le couple. Quoi de plus normal finalement. C’est peut-être ce film là qu’on aurait aimé voir, plutôt que ce trip nombriliste qui tient moins de l’œuvre d’art que de la télé réalité un peu snob pour people de Saint-Germain des Prés.

Tarif critique: Il y a l’exception culturelle française, qu’il faut défendre, et l’exceptionnelle connerie française, qui consiste à confondre art et auteurisme à deux balles. Malheureusement, le film de Valérie Donzelli appartient à la seconde catégorie. Prix maximum conseillé: 2 €
Alexandre Devecchio

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Spielberg et aliens au crible de tarif critique

Le papa d’E.T s’y connaît mieux que personne en rencontres du troisième type. Il le prouve une nouvelle fois en produisant Cowboys et Envahisseurs dans lequel des aliens débarquent au Far-West. L’occasion de revenir sur les films d’extra-terrestres réalisés ou produits par Steven Spielberg.


Rencontre du 3ième type (1977): Sans doute l’une des œuvres les plus surestimées de Steven Spielberg. La scène finale, dans laquelle les ovnis illuminent le ciel étoilé, appartient pour toujours à l’histoire du cinéma. Mais si la virtuosité et le sens du merveilleux du réalisateur éclatent dans la dernière demie heure, la mise en place est extrêmement lente et l’ensemble souffre d’un vrai problème de rythme. Le film repose entièrement sur la scène de la fameuse »rencontre » et celle-ci tarde un peu à venir. Le quatrième long-métrage  de Steven Spielberg n’en demeure pas moins intéressant de par son approche originale et réaliste du genre. Pour la première fois au cinéma, les extra-terrestres ne sont pas perçus comme une menace. Le contact avec ces êtres venus d’ailleurs, qui communiquent ici grâce à la musique, est totalement pacifique. Le film résonne ainsi comme une invitation au voyage et à la découverte de l’autre. Un message d’espoir et de tolérance quasi messianique: les visiteurs viennent du ciel et sont entourés d’une lumière éblouissante… Dans l’imaginaire de Spielberg, les extra-terrestres remplacent Dieu !

Tarif critique du DVD: Rencontre du troisième peut rebuter par sa longueur et son manque de rythme. Mais le film occupe une place à part dans l’histoire de la SF et la scène finale vaut à elle seule le détour. Prix maximum conseillé: 15 €

E. T, l’extraterrestre (1982): On garde une tendresse particulière pour les films qu’on a découvert enfant. Avec Indiana Jones, E.T a sans doute été mon premier grand choc cinématographique. Je me souviens avoir été terrifié par les yeux globuleux et le corps difforme de la créature imaginée par Spielberg. Et, en même temps, j’étais émerveillé par certaines scènes qui sont restées gravées dans mon imaginaire, ainsi que dans l’imaginaire collectif : le doigt lumineux d’E.T pointé vers le ciel, les scientifiques en scaphandre, le vélo qui s’envole dans les aires…                                                                                                               E.T est sans doute l’œuvre la plus personnelle de Spielperg. Le réalisateur n’a jamais caché qu’il considérait son film comme une métaphore du divorce de ses parents. Elliot, le petit garçons d’E.T, s’invente un ami imaginaire pour oublier l’abandon de son père. Pourtant, paradoxalement, au-delà de son caractère intimiste, le film a touché le monde entier. Comme les meilleurs contes de fées, E.T est une œuvre totalement universelle et intemporelle. Mieux que personne, Spielberg a su capter la solitude de l’enfance. Mieux  que personne, il a su insufflé de la magie dans le quotidien. 30 ans après sa sortie en salle, le film n’a rien perdu, ni de sa poésie, ni de son pouvoir d’émotion, et continu d’émerveiller les nouvelles générations. E.T se paie même le luxe de ringardiser les nouvelles productions qui tentent en vain de l’imiter. A commencer par Super 8 pourtant produit par Spielberg lui-même.

Tarif critique: Gamin, j’avais acheté une figurine d’E.T à la kermesse de l’école. J’avais payé quelque chose comme 5 ou 10 Francs. La mère d’une élève de ma classe, visiblement fan, voulait absolument me la racheter pour sa fille. Elle a fait monter les enchères très haut. j’ai refusé de céder et  aujourd’hui, j’ai toujours ma figurine. Et oui, madame…Il y a certaines choses qui ne s’achètent pas! Prix maximum conseillé: E.T doit figurer dans toutes les bonnes DVDthèques, peu importe le prix.

Men in Blak (1997): Avec Men in Black (réalisé par Barry Sonnenfeld), Steven Spielberg revient au film d’extra-terrestres, mais cette fois en tant que producteur. L’occasion pour le réalisateur de s’auto-parodier. Les fameux « hommes en noir » dépendent de la la sixième division des services de l’immigration. Ils font tout pour que les humains ne remarquent pas avec qui ils partagent leur planète et veillent à ce que les « immigré interstellaires » se comportent bien. Ces derniers ont d’ailleurs un permis de séjour qui leur permet de résider dans telle ou telle partie du monde. On apprend ainsi que Michael Jackson est, en fait, un extra-terrestre. Steven Spielberg lui-même vient d’une autre planète !

Tarif critique du DVD: Hommage loufoque au vieux films de série B, Men in Black est un divertissement efficace qui a le mérite de ne jamais se prendre au sérieux. On retient la qualité des maquillages et des effets spéciaux. Le bestiaire inter-galactique est particulièrement réjouissant. Le tandem Tommy Lee Jones /Will Smith fonctionne à merveille. Le premier est aussi laconique et taciturne que le second est volubile et extraverti. Prix maximum conseillé: On en a pour son argent, 10€

A.I. Intelligence artificielle (2001): Les extra-terrestres débarquent à la fin du film et on se demande vraiment ce qu’ils viennent faire là. A l’origine, A. I. devait être un film de Stanley Kubrick. Après la mort du réalisateur de 2001, l’Odysée de l’espace, Spielberg a repris le flambeau. Le  thème de la déshumanisation d l’homme et de l’humanisation de la machine était passionnant. Mais le film, totalement bancal et boursoufflé, est un échec esthétique spectaculaire. La fusion entre le style de Kubrick, froid et épuré, et celui de Spielberg, plus sensible, n’opère jamais. C’est finalement la première partie très kubrickienne qui fonctionne le mieux. Dans la seconde partie, Spielberg semble s’auto-caricaturer, multipliant les références inutiles à E.T. Reste quelques scènes techniquement impressionnantes et la performance hallucinante d’H.J. Osment , le gamin de Sixième Sens. Pour la première fois, les Cahiers du cinéma ont encensé le réalisateur. C’est toujours mauvais signe… Tarif critique du DVD: L’union entre Spielberg et Kubrick était peut-être contre-nature. Complètement perdu, le réalisateur de Rencontre du  3ième type convoque E.T lors d’une dernière scène totalement hors-sujet. Prix maximum conseillé: Achetez plutôt le DVD de Blade Runner…

La Guerre des Mondes (2005): Pour la premières fois Spielberg présentent les extra-terrestres comme une menace. Cette fois, les petits hommes verts sont venus pour exterminer l’espèce humaine. Spielberg se complaît dans sa noirceur et son nihilisme et semble presque se renier. Sa vision pacifiste et humaniste des extra-terrestres était finalement beaucoup moins conformiste. Surtout, le réalisateur n’ a, ici, pas grand chose à raconter. La Guerre des Mondes se résume à un enchaînement de scènes spectaculaires et ressemble à un grand best-of de la carrière de Spielberg. Les Tripods évoquent le tyrannosaure de Jurassic Park. On pense aussi au Soldat Ryan ou à la Liste de Schindler. L’extermination de la race humaine est présentée comme un génocide. Mais cette fois, Spielberg met son indéniable virtuosité au service du vide, et réalise son premier blockbuster sans âme.

Tarif critique du DVD: Des centaines de millions de dollars investis…pour un vrai film à 2 balles. Prix maximum conseillé: 2€

Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal (2008) : A la fin du film, Indy fait une drôle de rencontre avec E.T. Comme dans A.I., on se demande vraiment ce que les extra-terrestres viennent faire là et si Steven Spielberg et George Lucas n’ont pas abusé de substances illicites! Spielberg semble désormais convoquer les extra-terrestres à chaque fois qu’il manque d’inspiration. Cet ultime opus d’Indiana Jones n’est pas seulement un ratage, c’est une trahison. Un mythe s’effondre, une part de notre enfance est massacrée Impardonnable.

Tarif critique du DVD: Le coffret de la trilogie originel est indispensable, mais évitez de venir le polluer avec ce quatrième épisode. Si Le crâne de cristal doit avoir une place sur votre étagère, c’est au côté de Benjamin Gates et Allan Quaterman, en aucun cas avec Indy. Prix maximum conseillé:  1€ …pour la musique de John Williams.



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La piel que habito: un Almodovar qui colle à la peau

Derrière le thriller machiavélique, le cinéaste ibérique nous entraîne une nouvelle fois dans son labyrinthe des passions. On ne s’en lasse pas.

Film à 2 balles ou cinéma grand luxe?

Toujours pas de Palme d’or pour Pedro Almodovar. Le festival de Cannes le snobe systématiquement. La critique commence, elle aussi, a faire la fine bouche. On peut lire partout la même formule toute faite: « Almodovar ne se renouvelle pas beaucoup »… A  chaque film, le réalisateur nous entraîne pourtant sur des terrains différents, imaginant des histoires toujours plus tortueuses.

Ce qui ne change pas, en revanche, c’est son style inimitable, reconnaissable dès le premier plan. Sur le fond, La piel que habito est peut-être son oeuvre la plus noire et la plus froide. Mais sur la forme, les couleurs sont toujours aussi flamboyantes. Même sous le glace, Almodovar reste le cinéaste des passions.

Plus tarabiscotée que jamais, l’intrigue repose en partie sur un rebondissement tiré par les cheveux. C’est un peu la limite du film…Mais comme toujours, le réalisateur parvient à trouver un équilibre miraculeux. On se laisse emporter malgré les invraisemblances.

Cela tient à la sophistication de sa mise en scène qui flirte en permanence avec le mauvais goût et le kitsch, sans jamais y sombrer (la villa-clinique, dans laquelle Banderas séquestre sa victime, ressemble à un musée pop-art). Cela tient aussi à la complexité de la narration qui enchevêtre habilement les flashbacks (le scénario ressemble à un puzzle).

Par-dessus tout, cela tient à l’incroyable empathie avec laquelle il filme des personnages en apparences monstrueux. Avec leur psychologie torturée et leur sexualité trouble, ces derniers passeraient pour des « dégénérés », voir des « psychopathes » sous la caméra de n’importe quel autre réalisateur. Sans jamais les juger, Almodovar leur confère une grande humanité. Si bien que  les victimes et les bourreaux se confondent, et que le spectateur, bousculé dans ses certitudes, finit par éprouver de la compassion pour chacun d’entre eux. Le thriller laisse alors la place à une histoire d’amour tordue et dérangeante entre un docteur Frankestein des temps modernes et la créature qu’il a engendrée.

Le film peut aussi être vu comme une mise en abyme du cinéma. Le chirurgien incarné par Antonio Banderas apparaît comme le double d’Almodovar, tandis que sa victime est  peut-être l’incarnation de la femme idéale pour le réalisateur. Pedro Almodovar définit d’ailleurs ainsi son art: « Un bon cinéaste, c’est un écrivain frustré, un peintre frustré, un musicien frustré, un amant frustré. Et quoi d’autre? Un dictateur frustré. » Il y a un peu de ça dans La piel que habito. Espérons juste que le réalisateur espagnol continue encore longtemps de se nourrir de ses frustrations.

Tarif critique: Almodovar a encore été snobé à Cannes. Son dernier film, La piel que habito ne méritait pas de repartir bredouille. En dépit de son apparente froideur, on lui décerne volontiers la palme du cœur. Prix maximum conseillé: tarif plein, 8 €
Alexandre Devecchio

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Cowboys et envahisseurs : Rencontre du troisième type

James Bond et Indiana Jones réunis pour dézinguer des aliens. Un fantasme de gosse devenu réalité. (N’oubliez pas de donner votre propre Tarif critique tout en bas à gauche.)

Film à 2 balles ou cinéma grand luxe?

Souvenez-vous de  la fin d’Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal : Indy faisait une drôle de rencontre avec E .T ! Steven  Spielberg et George Lucas semblaient avoir un peu trop fumé la moquette… En découvrant Harrison Ford dans  Cowboys et Envahisseur produit par Spielberg, on se dit que l’idée n’était finalement pas si mauvaise. La rencontre improbable entre Far West et science-fiction aurait pu très vite sombrer dans le ridicule. Pourtant, le mélange entre les deux univers fonctionne parfaitement.

Malgré son titre un peu fou, Cowboys et Envahisseurs ne verse jamais dans la parodie. L’aspect western est pris très au sérieux et  tous les codes du genre sont scrupuleusement respectés. Saloon, hors la loi solitaire, shérif, demoiselle en détresse, indiens, grands espaces et chevauchées fantastiques, c’est avec un réel plaisir que l’on retrouve toutes ces figures imposées. John Favreau a d’ailleurs préféré tourner le film en 2D pour rester le plus fidèle possible à la mythologie de l’Ouest. Durant les dix premières minutes, le héros (Daniel Craig), amnésique, ne prononce pas un seul mot.  On pense au mutique « Homme sans nom » incarné par Eastwood dans la trilogie du dollar de Sergio Leone.

L’influence du producteur Steven Spielberg est également palpable. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce dernier mêle SF et Western. Dans un registre plus léger, Retour vers la futur 3 réalisé par Zemeckis et produit par Spielberg, réussissait déjà le pari. La présence d’Harrison Ford, qui porte toujours aussi bien le chapeau, renvoie aux Aventuriers de l’Arche perdue. Mais surtout, de Rencontre du troisième type à La Guerre des mondes, Cowboys et envahisseurs revisite les nombreux films d’extraterrestres du papa d’E.T. Ceux qui ont grandi avec les œuvres du  réalisateur seront heureux de se replonger dans son univers, et de retrouver certaines images qui ont marqué l’imaginaire collectif.

En ressuscitant un genre sacré, tout en rendant hommage à la  SF spielbergienne des années 80, Cowboys et envahisseurs joue à fond la carte de la nostalgie et ressemble à un fantasme de gosse devenu réalité. Faute de personnages et d’enjeux dramatique forts, le film n’est pas toujours à la hauteur de ses références. L’ensemble demeure, toutefois, assez divertissant pour que l’on retombe volontiers en enfance.

Tarif critique : Le mélange improbable de SF et de western fonctionne parfaitement dans un divertissement original et empreint de nostalgie. Prix maximum conseillé : Tarif plein, 8€.

Alexandre Devecchio

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Captain America: un charme rétro

Dans le match qui oppose Marvel à DC Comics, Captain America met Green Lantern K.O. Après Thor et surtout X-men: le commencement, le studio démontre une nouvelle fois tout son savoir-faire.

C’est désormais la nouvelle mode à Hollywood: jouer la carte de la nostalgie et faire du neuf avec du vieux. Après Super 8 de J.J Abrams qui revisitait le cinéma des années 80 et en attendant Cowboys et envahisseurs de John Favreau qui ressuscite le western, Captain America nous replonge dans les années 40-50 et le cinéma américain de l’âge d’or. Avec ses méchants nazis en quête de pouvoirs surnaturels, le film de Joe Johnston évoque également Les Aventuriers de l’Arche perdue, sur lequel le réalisateur a débuté en tant que superviseur des effets spéciaux, et qui était déjà un hommage aux vieux mythes hollywoodien.

Mais, tandis qu’ Abrams et Favreau tombent parfois dans le piège  du copier-coller, Johnston, lui, ne semble jamais encombré par ses références. Peut-être parce que contrairement à ses collègues, le réalisateur n’a pas oublié le sens des mots « mise-en-scène ». Si les inévitables écrans verts étaient sans doute présents sur le tournage de Captain America, il y avait aussi des décors, des costumes, et des figurants en pagailles. Fort d’une reconstitution d’époque fastueuse et flamboyante, Captain America possède un charme artisanal décalé dans l’univers industriel et standardisé des blockbusters.

Le personnage tient également toutes ses promesses. On pouvait redouter le patriotisme  du Captaine. Incarné par un Chris Evans plutôt convaincant, celui-ci se révèle moins bourrin que prévu. Avant de devenir le symbole de l’Amérique triomphante, le Captaine était un gamin chétif et complexé de Brooklyn qui se faisait tabasser par les brutes du quartier. Transformé en « Monsieur Muscles » par la magie de la science, il servira à l’armée de bête de propagande.  Avec une certaine auto-dérision, le film se permet même de  ridiculiser le costume du Captaine à la gloire du drapeau américain. Les scénaristes de Marvel ont définitivement compris que les meilleurs superhéros étaient, en fait, les antihéros.

Tarif critique: Le scénario replace astucieusement le Captain dans son contexte originel, la  Seconde Guerre mondiale. Mélange réussit de film de superhéros et de film d’époque, Captain America se distingue des autres blockbusters estivaux par son côté rétro rafraîchissant. On en a pour notre argent. Prix maximum conseillé: tarif plein, 8€

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Green Lantern: le vert est has-been

Le film de superhéros de DC Comics est le bide public et critique de l’été. Pas facile de passer après Batman, Iron man ou X-men

Film à deux balles ou cinéma grand luxe?

Inspiré d’un héros DC Comics, Green Lantern devait rivaliser avec les meilleurs productions Marvel. Accueilli de manière glaciale aussi bien par la critique que par le publique outre-atlantique, le film de Martin Campbell est sans doute l’un des échecs les plus cinglants de ces derniers mois pour une superproduction hollywoodienne. Green Lantern méritait-t-il un tel lynchage ?

Jason Bourne avec Casino Royale, a, cette fois, totalement loupé les virages amorcés par Bryan Singer et Christopher Nolan avec X-men et The Dark Knight. On se croirait revenu dans les années 90 à l’époque de la série téle Lois et Clark.

La grande réussite des derniers succès du genre était de transformer les superhéros en antihéros, facilitant ainsi l’identification pour le spectateur. Les X-men sont des marginaux qui n’arrivent pas à s’intégrer et vivent leurs pouvoirs comme un handicap; Spider-man est un ado un peu looser qui n’artrive pas à séduire les filles; le Batman de Nolan est un schizophrène obsédé par l’assassinat de ses parents et adepte de la justice expéditive; enfin, Iron man est un marchand d’arme alcoolique et cynique en quête de rédemption. Tous ces personnages sont des outsiders  bourrés de failles, ce qui les rends profondément  attachants.

A l’inverse, Green Lantern est beaucoup trop lisse. En plus d’acquérir des supers pouvoirs, il est pilote de chasse, a un physique de mannequin, et sort avec la bombe Blake Lively, copine de Léonardo Dicaprio dans la vie. Bref, on a très envie de lui coller des claques. Comme Ben Affleck après Daredevil, Ryan Reynolds et son brushing toujours impeccable,  devrait avoir du mal à se débarrasser de sa réputation d’endive.

L’ensemble a, néanmoins, le mérite d’être parfaitement rythmé et de ne jamais se prendre au sérieux. Les plus indulgents se prendront donc peut-être d’affection pour ce superhéros has-been avant l’heure.

Tarif critique: Il y des classiques instantanés et des films instantanément démodés. Avec son héros ringard et ses effets spéciaux kitchissimes, le nouveau long-métrage de Martin Campbell appartient malheureusement à la seconde catégorie. Face à Batman ou Iron man, Green Lantern se prend une bonne raclée. Les détenteurs de cartes UGC peuvent s’accorder un plaisir coupable, les autres n’ont plus qu’à attendre la sortie de Captaine America. Prix maximum conseillé: 3€

Alexandre Devecchio

 

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Melancholia: Apocalypse Suicide

Film à deux balles ou cinéma grand luxe ?

Vincent Van Gogh ne peignait pas des paysages, il peignait ses tourmentes. Il en va de même pour Lars Von Trier. Dans Melancholia, la fin du monde n’est qu’un prétexte. Le réalisateur ne filme pas l’apocalypse, il filme ses propres démons, la dépression.

La présence de la virginale Kirsten Dunst, lumineuse même dans la noirceur la plus totale, rappelle le spleen des films de Sofia Coppola. Mais contrairement à la réalisatrice fashion victim de Lost in Translation, Lars Von Trier n’a rien d’un poseur maniéré.

Chez lui, le cinéma semble presque être une question de survie. Ses films sont marqués par une sincérité brute qui fait souvent l’effet d’un coup de poing dans l’estomac. Il y a dans son cinéma une vraie densité, quelque chose de durable, d’incorruptible. Melancholia est un drame intimiste à petit budget et dégage, néanmoins,  la puissance d’un grand opéra.

Pas de doute, malgré les controverses, Von Trier est un grand cinéaste (il l’avait déjà prouvé avec Breaking the Wave et surtout le sublime Dancer in the Dark). Pour autant, on n’est pas sûr d’avoir envie de le suivre dans les abîmes de sa mélancolie. Dès les premières images, Melancholia se révèle à la fois fascinant et déroutant. Le prologue, succession de tableaux apocalyptiques sublimés par la musique de Wagner, subjugue par sa fulgurante beauté tout autant qu’il déconcerte par son caractère figé et son absence de propos.

Le reste du film, tout aussi soigné esthétiquement, est long, parfois ennuyeux, et surtout particulièrement dérangeant. Malgré sa beauté, sa réussite sociale et professionnelle, des proches aimants, et un mariage de princesse, Justine, véritable alter-ego de Lars Von Trier,  reste enfermée dans ses pulsions de mort. Seule la disparition de notre monde bassement matérialiste et hypocrite parvient finalement à la réjouir. « La vie sur terre est mauvaise. Elle ne manquera à personne » explique-t-elle. Peut-être… mais on ne va pas au cinéma pour entendre des truc pareils, à moins d’être un peu maso ! On sort de la projection de Melancholia, les yeux hagards, un goût de cendre dans la bouche.

Si Von Trier ne s’est pas encore coupé l’oreille, il s’est tiré une belle balle dans le pied. Sa conférence de presse à Cannes était un suicide médiatique. Son film, un magnifique suicide artistique.

Tarif critique : Donner  un avis objectif sur un film est parfois un exercice difficile. A-t-on le droit de ne pas aimer un chef-d’œuvre ? Oui Melancholia est un grand film. C’est aussi un film très chiant et déprimant, surtout en été. Prix Maximum conseillé: Je suis sorti de la salle en me disant que j’avais vu  un film unique, qui n’avait pas de prix. Et en même temps, j’avais envie de me tirer une balle dans la tête et donc de crier « remboursez! ».

Alexandre Devecchio


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La planète des singes: les origines, le début de la fin?

Un relecture de la saga mythique qui ne tient pas toutes ses promesses. Si vous voulez savoir pourquoi Charlton Heston se retrouve à genoux devant la statue de la liberté, il faudra attendre la suite…ou pas.

César, le chimpanzé qui mène la révolte est le vrai héros du film. Derrière son masque numérique, Andy Serkis parvient à lui donner une âme.

Film à 2 balles ou cinéma grand luxe?

J’ai découvert le film en projection de presse du matin. Et pour être honnête, je n’avais pas beaucoup dormi la nuit précédente. Je n’ai même pas eu le temps de prendre un café avant de me glisser dans la salle et j’ai donc passé la projection à lutter contre le sommeil. Dans ces  conditions, difficile de porter un jugement objectif. Mais même après une nuit blanche, si un film ne parvient pas à me tenir un minimum éveillé, c’est franchement qu’il ne doit pas être très excitant. Après tout, comme le disait George Cukor, grand réalisateur de l’âge d’or, «  le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même ! ».

Échaudé par le naufrage de la version de Tim Burton, l’idée de réactiver la saga La Planète des singes ne m’enthousiasmait pas vraiment. Mais porter par une campagne marketing astucieuse et une bande-annonce terriblement efficace, ce prologue avait fini par susciter ma curiosité. Malheureusement, tout est dans la bande-annonce. La révolution attendue débouche sur une petite révolte avec trois chimpanzés et un Oran outang. Le film manque d’ampleur et de consistance. Les thèmes abordés (les dérives de la science et la déshumanisation d’une humanité en plein déclin) sont passionnants, mais ils auraient mérités d’être beaucoup plus développés. De même, malgré tout le talent de James Franco et Freida Pinto, les personnages humains sont complètement transparents.

Paradoxalement, les singes ont beaucoup plus de chaire et sont les vrais héros du film. Sur ce plan, le pari est réussi. Une fois n’est pas coutume, les effets spéciaux numériques sont impressionnants de réalisme et confère une grande vraisemblance à l’histoire. Andy Serkis qui incarne César, le chimpanzé surdoué à l’origine de la révolte, s’impose définitivement comme le Robert De Niro de la performance capture. Après avoir interpréter Gollum et King Kong dans les films de Peter Jackson, l’acteur parvient une nouvelle fois à donner une âme à son personnage en image de synthèse.

Toutefois, en dépit de ses qualités techniques, le film ne parvient jamais vraiment à décoller. C’est d’autant plus frustrant que le potentiel était là. Les pistes scénaristiques esquissées par l’intrigue, et l’ampleur des moyens déployés, laissaient espérer un résultat beaucoup plus spectaculaire et captivant. En l’état, La Planète des singes : les origines, ressemble à une longue mise en place. Mais a-t-on vraiment envie de connaître la suite ?

Tarif critique : Sans être déshonorant, ce Jurassic Park du pauvre  peine à convaincre, faute d’exploiter pleinement son potentiel. Les meilleurs scènes sont dans la bande-annonce qui résume l’essentiel. Du coup, on se demande si La planète des singes : les origines mérite vraiment le déplacement. Prix maximum conseillé : tarif réduit, 5€

Alexandre Devecchio


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Super 8: Retour vers le Futur

J.J Abrams rend hommage aux productions Spielberg des années 80. Mais la magie de l’époque a un peu disparu.

Des personnages aveuglés par la lumière d'un vaisseau extraterrestre... ça ne vous rappelle rien?

Film à 2 balles ou cinéma grand luxe ?

Dans les années 80, Steven Spielberg était le maître incontesté du cinéma spectacle grâce à ses réalisations (Rencontre du troisième type, E.T, Indiana Jones), mais aussi grâce à ses productions (Les Goonies, Gremlims, Retour vers le Futur). Puis dans le années 90, le réalisateur s’est peu à peu détourné du cinéma de pur divertissement pour s’atteler à des projets prétendument plus sérieux. Mais cet été, Spielberg semble décidé à renouer une dernière fois avec ses premiers amours, et peut-être à passer définitivement la main, en confiant ses nouvelles productions à de jeunes réalisateurs prometteurs.

Avec Super 8, c’est J.J Abrams qui tente de reprendre le flambeau. Abrams, qui a baigné toute son adolescence dans les films de Spielberg, s’en sort avec les honneurs, appliquant à la lettre les recettes du maître. Tout est là: la bande de copains intrépides des Goonies ou de E.T, la lumière bleue chromé de Rencontre du troisième type, les scènes de panique dans la petite ville de banlieue. Le créateur de Lost pousse même le mimétisme jusqu’à reproduire à l’identique certains plans typiquement Spielbergien. Un travelling avant de nuit sur une ville qui se dessine en traits lumineux, des personnages aveuglés par la lumière d’un vaisseau extraterrestre…ça ne vous rappelle rien?

Tout comme Cowboys et Envahisseurs, qui sort ce mois-ci et qui est également produit par Spielberg, Super 8 joue à fond la carte de la nostalgie et de l’effet miroir. Tandis qu’Abrams revisite le cinéma de son enfance, le spectateur se revoit gamin, découvrant les yeux écarquillés les créatures mystérieuses et pacifiques inventés par le créateur de E.T. Pourtant, la magie n’opère pas aussi bien qu’à l’époque. Est-ce nous qui avons perdu notre capacité d’émerveillement en grandissant?

Peut-être pas… ça a l’odeur du Spielberg, le goût du Spielberg, mais ce n’est pas du Spielberg. S’il demeure un élève doué, J. J. Abrams ne parvient jamais à égaler le maître.  Ses deux premiers films, M:i:III et Star Trek étaient des suites d’adaptations de séries TV.  La réussite était incontestablement au rendez-vous, mais avait un petit air de copier-coller. Super 8 souffre du même défaut.  Abrams recycle le cinéma de Spielberg, sans parvenir à le réinventer. Comme Quentin Tarantino, dans un registre très différent, Abrams est un cinéaste-cinéphile brillant,  capable de se réapproprier l’univers des autres, mais qui peine à trouver sa propre identité.

Tarif critique: Super 8 ressemble à un vieux tube qu’on voudrait remettre à la mode. Dans ces cas là, on préfère toujours réécouter l’original. On regrettera  éternellement E.T et Les Goonies… Mais s’il souffre de la comparaison avec ses prestigieux modèles, le film de J.J Abrams reste un divertissement estival et familial tout à fait recommandable.                                                                          Prix maximum conseillé: Tarif plein, 8€

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Harry Potter 7.2: immortel

Harry Potter et les reliques de la mort-2e partie vient clore en beauté la saga. La  fin d’une époque ? Oui et non…

Film à 2 balles ou cinéma grand luxe?

Les derniers épisodes se perdaient dans des digressions parfois inutiles. Cet ultime volet est, au contraire, entièrement tendu vers l’action, concentré sur l’affrontement final entre les forces du bien et du mal. Harry Potter et les reliques de la mort-2epartie se distingue par son intensité et sa violence sans concession pour un divertissement familial.

Du coup, la série acquiert enfin  une véritable dimension épique et rejoint deux autres sagas cultes dans l’histoire du cinéma : Le Seigneur des Anneaux et Star Wars. Le siège de Poudlard avec ses milliers de figurants et ses créatures numériques rivalise avec les meilleurs scènes de bataille de la trilogie de Peter Jackson.  Le face à face entre Harry et Voldemort  à coups de baguette magique rappelle le duel au sabre laser entre Dark Vador et Luke Skywalker dans le Retour du Jedi.

Certes, tout n’est pas encore parfait. Certains personnages secondaires sont sacrifiés sur l’hôtel de l’efficacité. On regrettera également que les enjeux politiques des livres soient à peine survolés (Où sont passés les moldus ?). Mais, au-delà de ses qualités et de ses défauts, cette cérémonie des adieux se révèle profondément émouvante.

Lors d’une scène de flash-back, on revoit des images du premier film alors que Daniel Radcliffe était tout jeune.  On se souvient alors qu’on a vu les acteurs grandir en direct et qu’on a grandi avec eux. On se remémore certaines scènes des différents films et on se retrouve dans la salle au moment où on les a découvertes. Cet ultime opus nous interroge sur notre propre rapport au temps et à l’enfance. Depuis 10 ans, on attendait chaque année, le nouvel épisode d’Harry Potter. Désormais, quelque chose va peut-être nous manquer.

Mais l’épilogue en forme de happy end, que certains jugent pourtant inutile, s’avère réconfortant. On se surprend a rêver de redécouvrir un jour la saga avec nos propres enfants, comme un rite de passage qu’on se transmettrait de génération en génération. « C’est ici que tout s’arrête » annonce l’affiche américaine. Non, c’est ici que tout commence. La saga s’achève, mais Harry Potter entre définitivement dans la l’imaginaire collectif, dans la culture populaire. Comme le Roi Arthur, Robin des Bois ou Luke Skywalker…

Tarif critique : Qu’on aime ou qu’on déteste, la saga a désormais sa place dans la légende du septième art (et peut être dans la légende tout court), quelque part entre Star Wars et Le Seigneur des Anneaux. Prix maximum conseillé : Il faut voir cet ultime épisode, quitte à braquer la banque Gringotts pour payer son ticket d’entrée.

Alexandre Devecchio

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