Melancholia: Apocalypse Suicide

Film à deux balles ou cinéma grand luxe ?

Vincent Van Gogh ne peignait pas des paysages, il peignait ses tourmentes. Il en va de même pour Lars Von Trier. Dans Melancholia, la fin du monde n’est qu’un prétexte. Le réalisateur ne filme pas l’apocalypse, il filme ses propres démons, la dépression.

La présence de la virginale Kirsten Dunst, lumineuse même dans la noirceur la plus totale, rappelle le spleen des films de Sofia Coppola. Mais contrairement à la réalisatrice fashion victim de Lost in Translation, Lars Von Trier n’a rien d’un poseur maniéré.

Chez lui, le cinéma semble presque être une question de survie. Ses films sont marqués par une sincérité brute qui fait souvent l’effet d’un coup de poing dans l’estomac. Il y a dans son cinéma une vraie densité, quelque chose de durable, d’incorruptible. Melancholia est un drame intimiste à petit budget et dégage, néanmoins,  la puissance d’un grand opéra.

Pas de doute, malgré les controverses, Von Trier est un grand cinéaste (il l’avait déjà prouvé avec Breaking the Wave et surtout le sublime Dancer in the Dark). Pour autant, on n’est pas sûr d’avoir envie de le suivre dans les abîmes de sa mélancolie. Dès les premières images, Melancholia se révèle à la fois fascinant et déroutant. Le prologue, succession de tableaux apocalyptiques sublimés par la musique de Wagner, subjugue par sa fulgurante beauté tout autant qu’il déconcerte par son caractère figé et son absence de propos.

Le reste du film, tout aussi soigné esthétiquement, est long, parfois ennuyeux, et surtout particulièrement dérangeant. Malgré sa beauté, sa réussite sociale et professionnelle, des proches aimants, et un mariage de princesse, Justine, véritable alter-ego de Lars Von Trier,  reste enfermée dans ses pulsions de mort. Seule la disparition de notre monde bassement matérialiste et hypocrite parvient finalement à la réjouir. « La vie sur terre est mauvaise. Elle ne manquera à personne » explique-t-elle. Peut-être… mais on ne va pas au cinéma pour entendre des truc pareils, à moins d’être un peu maso ! On sort de la projection de Melancholia, les yeux hagards, un goût de cendre dans la bouche.

Si Von Trier ne s’est pas encore coupé l’oreille, il s’est tiré une belle balle dans le pied. Sa conférence de presse à Cannes était un suicide médiatique. Son film, un magnifique suicide artistique.

Tarif critique : Donner  un avis objectif sur un film est parfois un exercice difficile. A-t-on le droit de ne pas aimer un chef-d’œuvre ? Oui Melancholia est un grand film. C’est aussi un film très chiant et déprimant, surtout en été. Prix Maximum conseillé: Je suis sorti de la salle en me disant que j’avais vu  un film unique, qui n’avait pas de prix. Et en même temps, j’avais envie de me tirer une balle dans la tête et donc de crier « remboursez! ».

Alexandre Devecchio


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Une réponse à Melancholia: Apocalypse Suicide

  1. jeffffffff dit :

    Melancholia de Lars von Trier

    Menuet fatal

    Le traitement de la fin du monde par Lars von Trier ne laisse pas indifférent. S’éloignant des blockbusters, il traite le sujet en lui donnant le goût d’une fable poétique et dramatique.
    Après une introduction exhalant un romantisme teinté de morbide, l’humeur de notre héroïne, Kirsten Dunst, se délite au fur et à mesure que la menace se précise. Elle tente bien de donner le change devant les invités de son propre mariage mais finalement la dépression la submerge. Le couple naissant n’y résiste pas et le flot de sa douleur emporte le bonheur convenu. La dépression est la plus forte comme cette planète, Melancholia, qui exécute un dangereux pas de deux avec la terre.
    Mais la terre n’est pas la seule victime, la raison aussi sort vaincue de ce menuet. Le gendre, scientifique aux certitudes bien campées, et qui incarne ici la raison, fini par être vaincu dans cette danse lascive entre les planètes. L’intuition de sa belle-sœur est bien plus clairvoyante que les certitudes du monde scientifique. Il est vrai que le réalisateur fait dire à l’héroïne qu’il n’y a rien attendre de la vie car « ici tout est mauvais ».
    Le film est subtilement rythmé par un montage prenant le partie d’une caméra alternant des plans fixes ou à l’épaule, suggérant la quiétude ou la menace.
    Dans ce monde ou les faux semblants alternent avec le désespoir, le malheur comme le bonheur bégaient. Le refuge se trouve alors dans le règne du monde animal, incarné par des chevaux, qui a l’approche du dénouement final s’apaisent, et dans la nature – apparemment paisible – mais tout aussi inquiétante. On peut évidemment être gêné par le nihilisme apocalyptique de l’auteur. Ame sensible s’abstenir.
    L’attitude de la mariée, « insensée » aux yeux de notre scientifique, préfigure en fait le destin de tous. En nous confrontant à l’expérience d’une mort certaine, il fait appel à notre humanité, et nous invite à livrer les clés de la vie.
    Mais pour Lars von Trier, il semble qu’elle n’ait pas d’issue, au final : le manoir est un linceul d’où personne ne peut s’échapper (ni à cheval ni en voiture). Malgré quelques sursauts, la fatalité d’un destin tragique domine. Et dans le plan final, à la beauté cruelle et frappante, il finit d’achever sa démonstration d’un cinéma dans la pleine puissance de ses moyens et dans le constat désabusé du monde. Beau film à la beauté vénéneuse.

    http://www.jeanboye.fr/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=22&Itemid=57

    Melancholia
    Date de sortie cinéma : 10 août 2011
    Réalisé par Lars von Trier
    Avec John Hurt, Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg
    Long-métrage français, danois, suédois, allemand.
    Genre : Science-fiction, Drame
    Durée : 02h10min
    Prix d’interprétation féminine : Festival de Cannes 2011
    Synopsis : À l’occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la soeur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre…

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