La piel que habito: un Almodovar qui colle à la peau

Derrière le thriller machiavélique, le cinéaste ibérique nous entraîne une nouvelle fois dans son labyrinthe des passions. On ne s’en lasse pas.

Film à 2 balles ou cinéma grand luxe?

Toujours pas de Palme d’or pour Pedro Almodovar. Le festival de Cannes le snobe systématiquement. La critique commence, elle aussi, a faire la fine bouche. On peut lire partout la même formule toute faite: « Almodovar ne se renouvelle pas beaucoup »… A  chaque film, le réalisateur nous entraîne pourtant sur des terrains différents, imaginant des histoires toujours plus tortueuses.

Ce qui ne change pas, en revanche, c’est son style inimitable, reconnaissable dès le premier plan. Sur le fond, La piel que habito est peut-être son oeuvre la plus noire et la plus froide. Mais sur la forme, les couleurs sont toujours aussi flamboyantes. Même sous le glace, Almodovar reste le cinéaste des passions.

Plus tarabiscotée que jamais, l’intrigue repose en partie sur un rebondissement tiré par les cheveux. C’est un peu la limite du film…Mais comme toujours, le réalisateur parvient à trouver un équilibre miraculeux. On se laisse emporter malgré les invraisemblances.

Cela tient à la sophistication de sa mise en scène qui flirte en permanence avec le mauvais goût et le kitsch, sans jamais y sombrer (la villa-clinique, dans laquelle Banderas séquestre sa victime, ressemble à un musée pop-art). Cela tient aussi à la complexité de la narration qui enchevêtre habilement les flashbacks (le scénario ressemble à un puzzle).

Par-dessus tout, cela tient à l’incroyable empathie avec laquelle il filme des personnages en apparences monstrueux. Avec leur psychologie torturée et leur sexualité trouble, ces derniers passeraient pour des « dégénérés », voir des « psychopathes » sous la caméra de n’importe quel autre réalisateur. Sans jamais les juger, Almodovar leur confère une grande humanité. Si bien que  les victimes et les bourreaux se confondent, et que le spectateur, bousculé dans ses certitudes, finit par éprouver de la compassion pour chacun d’entre eux. Le thriller laisse alors la place à une histoire d’amour tordue et dérangeante entre un docteur Frankestein des temps modernes et la créature qu’il a engendrée.

Le film peut aussi être vu comme une mise en abyme du cinéma. Le chirurgien incarné par Antonio Banderas apparaît comme le double d’Almodovar, tandis que sa victime est  peut-être l’incarnation de la femme idéale pour le réalisateur. Pedro Almodovar définit d’ailleurs ainsi son art: « Un bon cinéaste, c’est un écrivain frustré, un peintre frustré, un musicien frustré, un amant frustré. Et quoi d’autre? Un dictateur frustré. » Il y a un peu de ça dans La piel que habito. Espérons juste que le réalisateur espagnol continue encore longtemps de se nourrir de ses frustrations.

Tarif critique: Almodovar a encore été snobé à Cannes. Son dernier film, La piel que habito ne méritait pas de repartir bredouille. En dépit de son apparente froideur, on lui décerne volontiers la palme du cœur. Prix maximum conseillé: tarif plein, 8 €
Alexandre Devecchio

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Une réponse à La piel que habito: un Almodovar qui colle à la peau

  1. salut.
    je te remercie de ta visite sur mon blog,et de m’avoir inscrit dans tes favoris.je tâcherais de faire de même car très sympa le tien,ainsi que le principe de tarification.
    je compte changer de blog pour ma part (mais pas de suite);c’est à la condition que je trouve une interface de blog assez pratique et variée.je te tiendrais donc au courant le cas échéant.si tu es sur allociné,n’hésite pas,je porte le pseudo lepinpin.
    à plus.

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