Ménage à Troie


Hélène sur les remparts de Troie, par Gustave Moreau

Au commencement était le choix de la pièce… Vingt comédiens en quête d’auteur. Vingt comédiens qui veulent interpréter des classiques mais de façon originale ! La Guerre de Troie n’aura pas lieu apparaît comme la pièce idéale : une bonne dose d’humour alliée aux grands mythes de la tragédie, des personnages grotesques et d’autres proches du sublime. Toute la pièce repose sur un trio de vaudeville : le mari (Ménélas, le cocu), l’épouse (Hélène, la femme fatale) et l’amant (Pâris, l’éphèbe). Pourtant l’enjeu nous éloigne de Feydeau et de ses coups de théâtre rocambolesques car c’est la guerre qui se profile à l’horizon de la pièce. Et lorsque Jean Giraudoux s’attaque à ce grand mythe de l’Iliade, la deuxième guerre mondiale approche à grands pas. Ce ménage à Troie est donc moins l’essence d’une comédie que la naissance d’une tragédie.

« Avec ses vêtements ondoyants et nacrés »

Avec ses vêtements ondoyants et nacrés,
Même quand elle marche on croirait qu’elle danse,
Comme ces longs serpents que les jongleurs sacrés
Au bout de leurs bâtons agitent en cadence.

Comme le sable morne et l’azur des déserts,
Insensibles tous deux à l’humaine souffrance
Comme les longs réseaux de la houle des mers
Elle se développe avec indifférence.

Ses yeux polis sont faits de minéraux charmants,
Et dans cette nature étrange et symbolique
Où l’ange inviolé se mêle au sphinx antique,

Où tout n’est qu’or, acier, lumière et diamants,
Resplendit à jamais, comme un astre inutile,
La froide majesté de la femme stérile.

Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire (1857)

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