La reine vierge et la catin : Marie Stuart, de Schiller

Cate Blanchett joue Elisabeth Ière dans le film de Shekhar Kapur (1998)

Nous sommes à la fin du XVIe siècle, sombre période de guerres de religion en France. La Saint-Barthélemy a ensanglanté Paris quelques années plus tôt, en 1572. En Angleterre, les tensions religieuses sont à fleur de peau. Elisabeth Ière, la reine vierge (qui n’a jamais daigné accepter de mari) craint que sa légitimité sur le trône soit remise en cause par sa cousine Marie Stuart, reine d’Ecosse et de France.

Son inquiétude est loin d’être infondée. Lors de son accession au trône de France en 1559, Marie Stuart ne trouve rien de mieux que de se déclarer « reine de France, d’Angleterre et d’Ecosse ». Rien de tel pour apaiser les tensions familiales… Car si Marie est effectivement reine d’Ecosse par son père et de France par son mariage avec François II, elle n’a, en théorie, aucun droit de revendiquer le trône d’Angleterre. D’ailleurs, il est déjà occupé depuis un an par Elisabeth Ière, fille d’Henri VIII et d’Anne Boleyn.

Le problème, c’est que Marie Stuart a tout de même quelques raisons de prétendre à ce trône : Elisabeth Ière est une bâtarde, née d’un mariage que Rome ne reconnaît pas. Sa place à la tête de l’Angleterre est donc une imposture au regard des catholiques qui condamnent la séparation avec le pape.

 Des amants et des assassinats

Tout ce beau petit monde aurait pu continuer à se détester cordialement pendant un bon bout de temps sans que ça dégénère. Malheureusement, François II passe de vie à trépas au bout d’un an et demi de règne. Marie Stuart n’a pas le choix : elle doit revenir en Ecosse.

Dès lors, rien ne va plus : elle épouse un aristocrate, Lord Darnley, mais elle tombe amoureuse de l’italien Rizzio, qui devient son amant. Fou de rage, Darnley fait assassiner Rizzio. C’est alors que le comte de Bothwell, le nouvel amant de la reine, fait assassiner Darnley avec la complicité de Marie Stuart. Dangereux Bothwell qui exerce une réelle fascination sur la reine d’Ecosse au point de la pousser à faire assassiner son propre mari. Pas joli joli mais c’est surtout un prétexte en or pour Elisabeth Ière qui trouve ainsi le moyen d’éliminer une dangereuse rivale.

La tragédie de Schiller s’ouvre sur une scène entre la nourrice de Marie Stuart et son geôlier : la reine d’Ecosse est déjà retenue par les sbires d’Elisabeth Ière au château de Fotheringhay. Complicités, trahisons, complots : la pièce est riche en rebondissements et coups de théâtre. Bien sûr l’Histoire est réécrite, bien sûr il y a des approximations, des romances qui n’ont jamais existé, de fausses intentions. Mais l’ensemble reflète bien les derniers jours de cette reine insouciante et victime de puissantes raisons d’Etat que fut Marie Stuart. Surtout, la pièce donne un aperçu du climat de suspicions et de paranoïa qui a entouré Elisabeth pendant les 45 années de son règne.

En condamnant à mort sa propre cousine, la reine d’Angleterre prouve une fois de plus, comme elle l’a déclaré elle-même à ses troupes à Tilbury, qu’elle a « le cœur et l’estomac d’un roi ».

Bon dimanche et à la semaine prochaine !

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