Marina Tsvetaeva s’invite au théâtre

La comédienne Stéphanie Schwartzbrod dans la mise en scène de Nicolas Struve

On ne connaît bien les gens que par leurs proches. Le dicton trouve sa vérité chez les plus grands poètes. Marina Tsvetaeva comptait parmi ses amis les écrivains les plus prestigieux de son temps : Boris Pasternak, Rainer Maria Rilke, Ossip Mandelstam. Des noms qui sont restés gravés dans la mémoire collective. Pasternak pour son monumental Docteur Jivago, Rilke pour ses inoubliables Lettres à un jeune poète, et Mandelstam pour… (Ok, on ne va pas se mentir, je ne connaissais pas Mandelstam). Marina Tsvetaeva, elle, n’a été reconnue que dans les années 1960 comme une référence absolue de la poésie russe. Vingt ans après son suicide en 1941.

Laissons de côté la longue et fastidieuse biographie que je vous avais préparée… (si ça vous intéresse, c’est ici). J’ai déjà perdu votre attention au troisième mot du titre (ce nom est imprononçable) alors résumons en quelques mots 49 ans d’existence. Marina Tsvetaeva était un poète en exil, écrivain partout mais heureuse nulle part. Berlin, Prague, Paris, elle a vécu dans le sentiment d’être à part, toujours. Loin de sa terre d’enfance, loin de ses proches, isolée dans l’univers parallèle de la création. Elle publie ses premiers poèmes à Moscou à l’âge de seize ans. Toute sa vie, elle refuse de s’associer à l’aventure du communisme en URSS comme à celle de ses opposants. Une indépendance affichée qui la met à l’écart de la plupart des cercles littéraires.

Stéphanie Schwartzbrod donne une intensité extraordinaire aux lettres de Marina Tsvetaeva.

Nicolas Struve, qui a mis en scène ce mois-ci des extraits de l’œuvre de Marina Tsvetaeva à la Maison de la Poésie, n’a retenu qu’une seule date : 1923. C’est l’année de la tumultueuse relation de Marina avec un officier de l’Armée rouge, Konstantin Rodzevitch. Pendant quelques mois, les deux amants s’échangent des lettres exaltées, empreintes de lyrisme et de sensualité. L’émotion jaillit à chaque mot : c’est tantôt la violence de la passion qui étreint la jeune poète, tantôt la douceur d’un bonheur qui lui est étranger.

La comédienne Stéphanie Schwartzbrod est éblouissante et sa prestation force le respect. Pendant 1h30, elle égrène sans faillir les mots de la passion et exprime avec un ton juste la douleur du manque. Elle semble transportée par la puissance de cette poésie du chaos et nous emmène avec elle dans un univers où la cessation de la vie est l’espoir absolu. Stéphanie Schwartzbrod donne à chaque mot une intensité unique et tire sa révérence sur ce refus de l’existence ; celui-là même qui mènera Marina Tsvetaeva au suicide deux ans après son retour en Russie.

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