Tragiques Retrouvailles avec Adamov

Louise (Soazig Oligo) et Edgar (Stanislas Roquette) dans la mise en scène de Gabriel Garran

Artiste méconnu, pièce oubliée … le projet de monter Les Retrouvailles d’Adamov laissait présager un accueil mitigé de la part du public, voire une désertion totale de la petite salle de la Tempête (Cartoucherie). Ce ne fut pas le cas. Gabriel Garran et ses quatre-vingts printemps ont eu du nez…

L’histoire : Edgar, jeune étudiant, rate le train qui devait le ramener chez sa mère et son autoritaire fiancée. Il trouve consolation chez une couturière qui l’accueille chez elle et se retrouve « prisonnier d’un huis clos onirique » où la réalité devient mouvante et la femme idéale, inaccessible et lunaire.

Louise (Soazig Oligo) et la Mère (Marie-Armelle Deguy)

La prestation des acteurs a joué pour beaucoup. Servis par une mise en scène rythmée, au son du chemin de fer tonitruant et du tic tac de la machine à coudre, les comédiens ont révélé une gestuelle entraînante et un texte plus intéressant que sa mise au ban pouvait le laisser supposer. 

Celui que la critique a rangé aux côté de Beckett et d’Ionesco ne met qu’un seul pied dans le théâtre de l’absurde. La cohérence prévaut à l’orée de la pièce mais peu à peu, les personnages se confondent et le sens se perd. Est-ce la réalité, est-ce un rêve éveillé ? Adamov suggère mais n’explique jamais. Le sens n’est pas de ces substances que l’on emprisonne une fois pour toute. Au spectateur d’imaginer l’ampleur de ce désarroi qui s’empare d’Edgar à mesure que la conscience des êtres et des choses qui l’entourent lui échappe.

Un nom à retenir : Soazig Oligo, impressionnante de vérité dans le rôle de Louise, la pétillante secrétaire qui devient l’amante d’Edgar.

« Je suis séparé. Ce dont je suis séparé, je ne sais pas le nommer. Autrefois, cela s’appelait Dieu. Maintenant il n’y a plus de nom… Je suis séparé. » (Arthur Adamov)

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