L’autre éloge de la folie : Le Roi Lear, de Shakespeare

Michel Piccoli (Lear) et Julie-Marie Parmentier (Cordélia) dans une mise en scène d'André Engel (2006)

Lear est un vieux roi un peu sénile. La vieillesse l’a rendu paresseux, il ne veut plus administrer son royaume. Il décide de le partager entre ses trois filles mais pour pimenter un peu les choses, il choisit d’accorder terres et richesses en fonction de l’amour que ses filles lui auront exprimé. Bien entendu, les deux filles les plus sournoises, Gonéril et Régane, rivalisent d’éloquence et couvrent leur père de mots doux et de serments d’amour. Mais Cordélia se refuse à dévoyer son affection et reste mutique. Blessé par l’indifférence de celle qui était sa préférée, le roi la déshérite et la bannit du royaume d’Angleterre : on ne badine pas avec l’amour.

Cordélia a de la chance dans son malheur : le roi de France accepte de l’épouser sans dot et la voilà reine. Mais pendant ce temps, ses deux fourbes de soeurs révèlent leur vraie nature : refusant d’assumer les caprices de leur père et toutes les bizarreries que l’âge devrait excuser, elles finissent par le mettre dehors alors qu’une tempête menace d’éclater.

Fou de chagrin, le roi Lear perd la raison… et révèle dans sa folie une immense sagesse. Lear le sénile devient le porte-parole de l’extraordinaire clairvoyance de Shakespeare. Le dramaturge reprend à son compte un thème cher à la Renaissance ; on considérait alors la folie comme la preuve du génie, l’échappatoire réservée aux seuls esprits éminents. Avec Le Roi Lear, Erasme n’a plus qu’à se rhabiller, son Eloge de la folie est (presque) devenu has been.

Petit rappel historique

Le Roi Lear, jouée pour la première fois en 1606, est la première tragédie représentée par Shakespeare depuis l’avènement de Jacques Ier d’Ecosse, fils de Marie Stuart. La pièce illustre cette terreur de la division du royaume à l’heure où un roi d’Ecosse monte sur le trône d’Angleterre. La folie de Lear serait en fait la conséquence d’une grave erreur politique : le partage de son royaume entre ses trois filles, source de jalousies et de guerres. Au contraire, Jacques Ier cherche à réunir Ecosse et Angleterre en un seul royaume en ce début du 17°siècle.

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2 réponses à L’autre éloge de la folie : Le Roi Lear, de Shakespeare

  1. La brute dit :

    Et la fin alors ? Tu nous laisses en plan la !!!

    • tiphainederocquigny dit :

      Ah la la… la fin… C’est une vraie hécatombe : les deux soeurs dénaturées s’entretuent dans leur jalousie, la dernière met fin à ses jours dans sa cellule et son père, le vieux Lear, en meurt de chagrin. Gai.