Edward Bond : Le Crime (du XXIe siècle) était loin d’être parfait

Grace Kelly dans Le Crime était presque parfait, d'Alfred Hitchcock (1954)

Edward Bond est-il un auteur de science-fiction ? Le crime du XXIe siècle entre au moins dans le « théâtre d’anticipation ». Lorsque le dramaturge écrit la pièce en 1999, il vit encore à l’aube de ce siècle assassin. Lui qui a connu l’horreur des camps nazis annonce d’emblée que le siècle futur sera plus coupable que le précédent.

Dans la lignée des déserts existentiels de Beckett, le britannique crée un espace de non-sens et de vide, un paysage lunaire, dévasté : ce sont les ruines qui ont subsisté après l’apocalypse. Le monde est détruit, la vie humaine n’existe plus et les prisons sont remplies de morts.

Hoxton est une femme d’une cinquantaine d’années, qui vit seule dans une « cellule » au cœur d’une zone entièrement rasée. Un homme âgé, Grig, arrive chez elle et lui demande de l’eau. Elle le rejette violemment mais lui ouvre finalement sa porte et son lit. Un second homme se présente : il est jeune, en fuite, et lui aussi convoite la couche d’Hoxton.

La ronde des hommes s’achève avec la venue de la jeune Grace. Malgré son nom, elle n’apporte ni consolation, ni rédemption. Elle va au contraire déclencher une série de meurtres et de catastrophes qui précipitent les individus vers leur fin. Il n’y a plus d’instinct maternel, plus de sentiment amoureux, seulement une pulsion meurtrière incontrôlable, celle de Sweden, le second jeune homme, dont les militaires ont crevé les yeux l’un après l’autre avant de l’amputer des deux pieds.

Comme le dit Edward Bond, « nous inversons la réalité : nous jouons à être humains et nous tuons pour de vrai ». Son théâtre, qui se veut porteur d’une signification sociale, met en valeur la disparition de l’homme dans le monde moderne et la banalisation du crime.

L’auteur s’excuse pour le retard de cette chronique qui se tient normalement le dimanche. Il n’a par ailleurs que de mauvaises raisons, qu’il s’abstient d’évoquer ici pour d’évidentes questions de décence.

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Une réponse à Edward Bond : Le Crime (du XXIe siècle) était loin d’être parfait

  1. de vimal dit :

    ah bah bravo c’est du joli!!!!!!!!!!!